| Citoyen Goursat | ||
| De la vertu d'un révolutionnaire | ||
| Je te salue, citoyen Saint Just!
Citoyen Goursat (serait-ce Gorsas? Mais enfin, peu m’importe), Ce recueil étrange de belles phrases qu’est ta lettre est étonnant; je dirais par moment que tu me cites, ce qui serait surprenant de la part d’un proche de Condorcet. Mais malgré tes belles tournures, nous n’avons certes par le même amour de la liberté. Jamais je ne parlerais de la «dictature» de la République! La République n’opprime point, elle incarne au contraire la volonté du peuple souverain dont elle est l’ouvrage; si elle se doit d’écraser la minorité monarchique qui lui fait la guerre, elle défend par cet acte même la souveraineté du peuple contre ceux qui osent se rebeller contre lui. Un dictateur, lui, est un rebelle qui usurpe ladite souveraineté et s’ impose face à la nation entière. Pourquoi donc vouloir confondre le peuple et une poignée de ses ennemis pour cette formule aussi sophistiquée que fausse? N’est-ce point une manière de cacher ses vices et ses faiblesses, ou pire encore; n’est-ce point que l’on attribue des «défauts inavouables» aux autres parce que l’on n’ose point révéler les siens propres, sa lâcheté ou sa traîtrise? Je suis surpris, tant par ton audace de me faire savoir que tu ne daigneras pas me tuer (avais-tu pensé que j’aurai une crainte de parler franchement?) alors que l’assemblée avait mis hors la loi tes amis brissotins, que par tes paroles, car tu n’ignores point que je ne sers aucune faction quelle qu’elle soit, et que j’ai toujours combattu tout intérêt particulier, pour que le bien public triomphe, et aucune complaisance pour tes amis ne peut certes te fermer les yeux à cette vérité. On ne peut point être assez ou pas assez vertueux; on l’est ou on ne l’est point. Je dirai, pour ma part, que jamais je n’ai commis une action allant contre l’intérêt général et donc contre la loi, et je te mets au défi de prouver le contraire. La liberté ou la mort! L. A. Saint-Just |
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