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Citoyen représentant, Tu ne pourras que sourire de me voir t'assaillir de
courrier quand tu connaîtras l'objet de celui-ci.
J'y viens donc.
Toi dont le laconisme n'est plus à vanter, comment comptes-tu l'imposer à
nouveau en un temps où les circonvolutions formelles et les litanies creuses
tiennent le haut du pavé?
Plus largement, tant sur le plan de la forme que du fond, peut-on être sans
concession alors même qu'aujourd'hui toute réussite suppose une prostitution
de l'âme?
Les temps sont-ils mûrs pour un nouveau 93 ou bien sommes-nous encore dans
les limbes pré-révolutionnaires d'une décadence à la
Louis XV?
Nous sommes deux à t'écrire et, à titre d'exemple des désordres
du temps, nous nous sommes vus refuser le mariage républicain par deux mairies
ainsi que le baptême républicain pour notre enfant. Sais-tu comment
y porter le fer?
Salut et fraternité.
Citoyens Aude&David.
Citoyens Aude et David,
Certes, le magistrat coquin qui enfreint les lois de la République
mérite d'être expédié à la Conciergerie.
Mais, au risque de vous décevoir, je tiens à répéter
que je n'ai point le pouvoir d'imposer quoique ce soit dans votre époque
puisque je n'y vis point. Il vous appartient à vous, nos descendants,
de maintenir le feu sacré que la Révolution avait allumé
ou de l'éteindre pour toujours.
Il est faux d'imaginer qu'il y eut un temps où une âme
pure et vertueuse fut à l'abri de la corruption et de l'avilissement.
C'est à l'homme de choisir de rester sobre et fidèle à
la vertu et aux principes et se contenter du bonheur frugal de la Grèce,
ou de leur préférer l'hypocrisie de la cour et de la luxure
perverse de Persépolis.
En réponse à vos préoccupations, je vous dis que
ceux qui s'aiment sont époux et n'ont nul besoin d'afficher leurs
engagements; s'ils ont un enfant, ils sont tenus de déclarer
simplement leur union au magistrat. Il n'y a point besoin des rites
compliqués et artificiels là où le coeur et la
nature ont parlé.
Acceptez, Citoyens, mes fraternelles salutations,
Louis Antoine Saint-Just
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