Sainteté |
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| Que penses-tu de ta canonisation? Penses-tu la mériter?
Si oui, pourquoi? Moi, je la considère comme un acte politique de la papauté...
Réponds-moi et défends-toi. O.L. |
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| Ce n'est pas à moi de juger de mon mérite. Évidement,
je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour atteindre une certaine perfection en
ce qui concerne ma vie religieuse. Je fais ce qu'il faut pour être une bonne
chrétienne. Il est vrai que j'ai toujours été très pieuse.
Mes camarades se sont souvent ri de moi à ce sujet. Souvent, quand j'étais
encore à la maison de mon père, j'étais à la messe alors
que mes parents me croyaient dans les champs. Chaque samedi, ma soeur et moi, ainsi
que d'autres filles, allions à l'ermitage de Notre-Dame de Bermont pour porter
des cierges. Je me confesse fréquemment et vais à la messe aussi souvent
que Dieu me le permet. Je veille à ce que mes compagnons d'armes fassent aussi
cet effort. Je fais volontiers tout ce que j'ai à faire et je me soumets volontiers
à la volonté de Notre Seigneur. C'est ce à quoi je m'applique. J'avoue que mes visions font de moi une personne différente des autres et peut-être aussi privilégiée. C'est un point que j'ai en commun avec plusieurs saints et saintes. Cela ne fait pas de moi une meilleure personne. C'est ce que je fais de ces voix qui doit avoir une influence sur le jugement de Dieu. Il m'a choisie pour mener une juste mission en Son nom. Je dois m'en montrer digne et m'efforce de l'être. Il m'a choisie, oui, mais je n'en suis pas moins humaine et, donc, vulnérable. L'erreur est humaine. Je ne suis que la messagère. C'est de par moi que Dieu fait entendre sa volonté. Dois-je être canonisée? Si Dieu a voulu que je sois nommée sainte, je le serai et accepterai cet hommage avec grande joie et grande fierté, mais je ne compte pas sur cela pour accomplir ma mission. Cette mission est ce qui est juste et bien et elle m'est commandée de par Dieu. Voilà tout ce qu'il me faut savoir pour la mener à bien. Si c'est sa volonté que de me voir recevoir cet hommage suprême, alors qu'il en soit ainsi. Sinon, j'aurai tout aussi grand plaisir à voir mon peuple festoyer après que nous sera accordée la victoire. Explique-moi, je te prie, comment l'expression de la volonté divine pourrait être un acte politique. Le Saint Père n'est-il pas le digne représentant de Dieu sur terre? Encore une fois, je le répète. Dois-je être nommée sainte? Dieu est seul juge. Jehanne la Pucelle |
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| Salut, Merci de m'avoir répondu, mais toutefois je ne comprends pas comment quelqu'un qui a causé la mort de tant d'innocents peut être une sainte que tout chrétien doit honorer. Jésus a dit aux hommes «aimez-vous les uns les autres», puisque tu es une sainte et donc une représentante de l'Église, tu aurais dû apporter un message d'amour et de paix, à la place de cela tu as exhorté les Français au combat... C'est donc contraire aux enseignements de Jésus, le fils de Dieu... À mon avis, pour être canonisée, tu aurais dû régler cette guerre pacifiquement... Enfin, je pense que ta canonisation a été politique car le pape de l'époque, qui n'est pas intervenu pour dénoncer les méfaits de la guerre menée par les nazis, a essayé de se faire pardonner par le peuple français... Voilà des précisions au sujet de ma précédente question. O.L. |
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| Tout d'abord, je ne représente pas l'Église en
tant que telle. Je m'en rapporte à Notre Seigneur, qui m'a envoyée,
à Notre Dame et à tous les benoîts saints et saintes du Paradis.
Il m'est avis que Notre Seigneur et l'Église ne font qu'un et qu'on n'en doit
point faire de difficulté. J'apporte donc le message que Dieu m'a chargée
d'apporter, rien de plus, rien de moins. Je n'ai pas à discuter du message.
Il est vrai que j'ai exhorté les Français au combat. Tel était
Son commandement. Je ne demande pas aux hommes et aux femmes de m'honorer, je ne suis pas Dieu, ni le père ni la mère de ces hommes et ces femmes. Je ne demande pas non plus l'acceptation. Je sais ce qu'il me faut accomplir. Cela me suffit. Je me bats pour l'amour et la paix. Pour qu'il y ait la paix, il faut que la guerre cesse. Je dois laisser le peuple souffrir, est-ce ce que tu me dis? Je le répète, la paix et l'amour ne trouveront prise en France que lorsque le peuple pourra se préoccuper d'autre chose que de sa survie. À ce moment, ils pourront penser à l'amour et à préserver la paix. Plusieurs Français ne connaissent que cette guerre. Ils y sont nés et y ont vécu. Pour qu'ils souhaitent la paix, il faut qu'ils puissent y goûter. Je m'y applique. Régler le conflit pacifiquement? Voilà mon plus cher désir. Et ce désir est chose possible à la condition que les Anglais le veuillent aussi. Mais si ce n'est pas le cas? Comment arrêter les armes des Anglais, sinon par les armes? Je n'ai pas envahi leur pays, ils ont envahi le mien. Je n'ai pas commandé la guerre. Je tente d'y mettre fin, mais surtout je veille à ce que la fin de cette guerre soit à l'image de ce qu'avait prévu Notre Père. Il est arrivé qu'un conflit prenne fin sans qu'il y ait de morts. Je leur ai dis de partir et c'est ce qu'ils ont fait. C'est parce qu'ils se sont résignés qu'ils ont eu la vie sauve. Tous ceux qui sont morts auraient pu être épargnés. Cela ne dépend pas de moi. De plus, les hommes que mon armée rencontre ne se trouvent pas devant nous innocemment: j'y veille personnellement et j'ai souvent insisté là-dessus. Je laisse toujours une chance à mes ennemis de se retirer en paix. Je laisse le soin à Dieu de décider de ceux qui doivent vivre et ceux qui doivent mourir. Je ne sais si Dieu aime ou hait les Anglais, je ne sais ce qu'il fera de leurs âmes, mais je sais qu'ils quitteront la France et que ceux qui ne la quitteront pas y mourront. Ce que je fais ne peut être contraire à Dieu puisque j'agis selon Sa volonté. Comment peux-tu contester cela en disant que c'était contraire aux enseignements de Jésus, le fils de Dieu? Le Pater Noster dit clairement que seule la volonté de Dieu importe. Le fils de Dieu a dit qu'il ne suffisait pas de dire Son nom pour entrer au royaume des cieux, mais qu'il fallait faire la volonté de Notre Père qui est aux cieux. Il m'a fait entendre Sa volonté et cette volonté est que j'aille en France pour faire sacrer Charles à Reims et que je libère Orléans assiégée, ce que j'ai fait. Ne crois pas que je trouve grand plaisir à voir des gens mourir, que ce soit ceux de mon peuple ou que ce soit mes ennemis. Je souhaite ardemment que ma mission soit de courte durée et que les Anglais entendent raison rapidement. Ne crois pas non plus que j'ignore le message de paix que nous a apporté le fils de Dieu. Tout comme il l'a enseigné aux hommes, je prie souvent pour mes ennemis. Il a cependant été clair à ce sujet: les Anglais quitteront la France avant qu'il soit sept ans et ceux qui ne la quitteront y mourront. Notre Sire premier servi, Jehanne la Pucelle |