Pucelle d'Orléans, oui mais |
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| Chère Jehanne, N'en avez-vous pas assez d'être manipulée ainsi par tous les factieux qui souhaitent se servir de votre image? Puisque j'ai la chance de pouvoir communiquer avec vous ici, je voudrais vous faire savoir que l'orléanais que je suis est horrifié de l'usage que l'on a fait (et que l'on fait encore) de votre personne et de la légende qui s'est construite autour... Tout d'abord, je passe sur le fait que l'Église ait pris cinq siècles de réflexion pour vous déclarer sainte, juste au moment où la France avait besoin d'un emblême pour se relever de la «Grande Guerre»! Mais, ainsi que vous le signalez en réponse à d'autres correspondants, ce nom de «d'Arc» resta inconnu de vous puisqu'il ne vous fut attribué que des années après votre disparition. Jusqu'à votre ascension du bûcher, vous fûtes dénommée «La pucelle d'Orléans», et une question me taraude: faut-il comprendre le mot pucelle au sens moderne de jeune fille vierge, ou au sens de l'époque: «fille»?... Car l'interprétation et la manipulation des mots contribuent à la manipulation des foules! Si l'on prend le sens de l'époque, vous étiez la fille d'Orléans. - non d'Orléans la ville, une ville n'a jamais engrossé personne, mais bel et bien d'Orléans Louis (frère du roi Charles VI et beau-frère d'Isabeau), qui pour sa part était très connu pour cela! - Concernant votre compagnon d'armes Jehan (Jehan, tiens tiens!..), dit de son côté «le bâtard d'Orléans» comme l'on dit de vous «la pucelle», avant de devenir Jehan Dunois, on est sûr de son origine génétique. C'est beaucoup plus flou concernant votre propre origine puisque beaucoup de chercheurs tombent d'accord pour faire de vous la fille adultérine d'Isabeau de Bavière et de Louis d'Orléans, ce qui éclairerait votre action d'un jour très différent, mais l'Université dirigée depuis des siècles par les tenants de l'obscurantisme a toujours prêché le contraire et soutenu la thèse miraculeuse officielle... L'autre expliquerait quand même mieux pourquoi aucun signe de Dieu ne s'éleva pendant un siècle avant qu'on ne menaça précisement Orléans, fleuron du royaume de France. Car c'est bien pour «délivrer Orléans» que vous fûtes missionnée n'est-ce pas? Pourquoi spécialement cette ville alors que tant d'autres étaient aux mains des anglois? Dieu est-il si mauvais stratège ou ses archanges étaient-ils en congés jusque là pour qu'il attende la dernière minute? Moi j'en ai marre de croire aux voix! Déjà de nos jours il est souvent difficile de croire à celles qui sortent des urnes, pour une fois (pour une foi?) j'aimerais croire à celle qui s'élèverait des cendres (pardon)! Vous seule détenez la réponse à ces questions. Je vous en prie, puisque vous êtes désormais sainte, éclairez-moi! Beauparlant |
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| Beauparlant, Quel usage fait-on de moi? De quoi suis-je donc l'image sinon l'image de la volonté de Dieu livrée aux Hommes, de l'espoir pour le peuple qui perd confiance et de l'assurance pour lui d'une grande victoire? Je suis on ne peut plus consciente de cette image et de ses conséquences et, même, c'est pour cela que j'ai été envoyée. J'ai mené le peuple de France à la bataille, bataille qu'il n'avait plus le courage de livrer, et à de nombreuses victoires. J'ai redonné espoir et assurance aux Hommes afin qu'ils se joignent à la volonté de Notre Seigneur et qu'elle soit faite sur la Terre comme au Ciel. Si c'est de cet usage dont tu parles, je ne peux que m'en réjouir. Il en va de même si je suis un emblème pour la France et si je lui suis d'un quelconque secours. Si je suis manipulée, et je le suis, c'est par Dieu et par Lui seul. En tout temps, en tout lieu et en toute circonstance, je m'en remets à Dieu et Lui obéis volontiers, même si, par ce choix, je dois faire bien des sacrifices. Mes actions et réactions me sont commandées de par Dieu et je suis heureuse qu'il en soit ainsi. Je sais, par exemple, que je serai prise à Compiègne. J'irai et y serai prise, telle est la volonté de Dieu. Ce ne sera pas aux Hommes que j'obéirai alors, ce ne sont pas les Hommes qui auront à célébrer, mais Dieu. Je ne serai donc pas une victime et ce ne sont pas mes ennemis qui m'auront manipulée en me tendant un piège, c'est Dieu qui aura fait se concrétiser sa volonté. Si je savais l'heure à laquelle je dois être prise, je n'irais pas volontiers. Mais mes voix m'ont dit que je devais être prise. J'obéirai. Il en est de même chaque jour depuis que je suis à Son service. Je m'efforce de surmonter mes craintes et mes peines. C'est grâce à la foi que cela est possible. Pour l'instant, ma personne ne compte pas. Je dois voir plus loin. Ces petits maux sont nécessaires à la réalisation de la mission qui m'a été confiée. Si je devais mourir pour notre juste cause, pour Lui, je le ferais. J'obéis à Dieu et non aux Hommes. Pour ce qui est de ce nom que je me suis donnée, celui de Jehanne la Pucelle, tu auras ta réponse. J'ai fait voeu de chasteté sans que cela ne me soit demandé. J'ai fait cette promesse à sainte Catherine, saint Michel et sainte Marguerite, en réponse à la mission que m'a confiée Notre Seigneur. Bien entendu, je suis aussi «Jehanne la fille», comme tu le dis. Mais je suis la fille de Jacques d'Arc et d'Isabeau. Tels sont les noms de mes père et mère. Orléans n'est pas la seule ville que nous ayons libérée. Jargeau, Meung, Beaugency, Patay, Troyes, Auxerre et Châlon ont aussi été remises à Charles. Orléans était la première, j'en conviens. Seulement, ce n'est pas pour Orléans que j'ai été envoyée, mais pour le Dauphin. Il fallait que Charles ait sa couronne avant qu'elle ne tombe dans des mains ennemies. Orléans était une preuve de l'intervention divine. J'avais prédit que je lèverais le siège à Poitiers. Je savais que Dieu garantissait cette victoire. C'est la preuve que Charles attendait pour se décider à faire le voyage jusqu'à Reims. Il savait que Dieu ne nous laisserait pas tomber. Il a fallu Orléans pour qu'il y ait Reims. Voilà tout. Pour ce qui est de tous les blasphèmes que contient ta lettre, je veux bien passer outre. Je vois bien que la foi ne t'habite pas. Tu ne peux donc que rire de ce que tu ne comprends pas. C'est beaucoup plus simple. Mais ce que je ne peux pardonner, c'est ton ingratitude. N'es-tu reconnaissant d'aucun bienfait? Je prierai pour toi. Jehanne la Pucelle |