Alexandre
écrit à

   



Jeanne d'Arc

     
   

Fanatisme et La Hire

   
Chère Jeanne,

Je suis enchanté de vous écrire cette missive. Mon nom est Alexandre et j'ai le jeune âge de quinze ans, entre la douceur de l'enfance et la maturité de l'âge adulte.

En voyant vos lettres, vous m'avez l'air d'une femme enracinée dans la fièvre du Moyen-Âge (c'est la longue époque où vous vous trouvez) mais qui sait parfois être ouverte aux autres époques.

Bien que je ne vous connaisse que par les recherches et les leçons au collège, j'aurais des questions à vous poser.

J'ai vu une vidéo (pardonnez-moi si je ne vous explique point ce que c'est) du film de Luc Besson mais je ne regarderai pas ce film. Pour une raison: le fanatisme. Ne vous offusquez pas s'il vous plait mais le trop-plein de foi me met mal à l'aise car selon moi elle mène à l'intolérance et à la folie.

Je préfère la conception de la foi des gens de mon époque (le peu que j'ai vu d'eux, j'admire assez soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre) que celle des gens de la vôtre. Pour moi, trop c'est trop et j'espère que la Jeanne du film ne vous ressemble guère car elle a l'air de hurler tout le temps.

Qu'en pensez-vous et croyez-vous que Saint Louis possède des moyens extrêmistes et violents?

En parlant de ce film, je me rappelle avoir vu un passage en cours d'histoire-géographie et je trouve, qu'à ce passage seul, le film a l'air mauvais.

Dans un jeu (dans un sens différent que vous connaissez) que je possède, on découvre certaines choses sur un de vos compagnons d'armes: La Hire. Pouvez-vous me parler de lui? Que ressentez-vous lorsque vous êtes en sa présence? Je suis sûr que je serais très mal à l'aise face à lui car il m'a l'air d'être «brut de décoffrage».

Que pensez-vous de William Wallace? Étant donné que les Écossais n'étaient pas non plus amis-amis avec les Anglais, pensez-vous qu'ils pouvaient être des alliés des Français, si ce n'est déjà fait?

Merci bien de vos réponses.

Bien à vous,

Alexandre



Cher Alexandre,

Je suis très heureuse de ta lettre (tu permets que je te tutoie, je n'ai que quatre ans de plus que toi?).

Tout d'abord, je tiens à te dire que, personnellement, je ne me sens pas fanatique. Je crois en Dieu, ce qui n'est pas la même chose, car il m'a montré le chemin que je devais prendre et la mission pour laquelle j'étais faite. Je ne connais pas les deux personnes que tu me cites, mais ce doit être de belles personnes d'après ce que tu m'en dis.

Saint Louis, a, paraît-il, usé de moyens expéditifs (surtout en croisade) mais c'était avant tout un juste; je ne l'ai pas connu, évidemment.

Pour ce qui est de moi, j'espère ne pas hurler. Cela n'est pas nécessaire et ne sert à rien, si ce n'est à énerver à mauvais escient mes hommes. Ce n'est pas un moyen efficace de se faire entendre, au contraire! Il suffit d'entraîner par l'exemple mes hommes qui ont déjà un grand courage (ils continuent sans moi, maintenant, puisque je suis en prison).

Tu me parles de La Hire: c'est un homme qui jure, c'est vrai, mais qui a un grand coeur et un immense courage. Jamais il n'a reculé devant l'ennemi. Sais-tu que son véritable nom est Etienne de Vignolles? Il vient d'une famille noble.

Quant à William Wallace, je ne l'ai pas connu non plus; il est mort il y a un siècle. Mais les Écossais sont nos amis et ont combattu à nos côtés contre les Anglais.

J'espère avoir répondu à tes questions? En tout cas je reste à ta disposition.

Toutes mes amitiés,

Jehanne



 
Chère Jeanne (sache que j'aime beaucoup la forme médiévale de ton prénom, d'ailleurs j'ai envie d'appeler Jehan un chevalier de mon roman),
 
Je te remercie de ta belle réponse. Tu n'as pas à être gênée de me tutoyer, je préfère d'ailleurs cela. Pour moi, le tutoiement, bien que cela puisse être employé pour insulter une personne, est affectueux et je pense aussi que le vouvoiement peut symboliser aussi bien le dédain que le respect. En fin de compte, à quoi sert le vouvoiement s'il n'y a pas une once de respect ou encore le tutoiement, s'il n'y a pas un peu d'affection? Et celà va me faire bizarre quand j'aurais l'âge qu'on me vouvoie définitivement, ça me le fait un peu ces temps-ci.
 
J'apprécie ta lettre et la bonté qui s'en dégage, je pense que si tout le monde pensait comme toi à ton époque, le Moyen-Âge sortirait un peu de son statut d'«époque d'arrêt du progrès». Rassure-toi, je ne le pense pas (c'est plutôt d'autres personnes) car cela me paraît quelque peu apocalytique que ton époque ne soit caractérisée que par ce terme. Il devait y avoir des faits et des éléments fabuleux. Tout comme de mon temps, beaucoup se plaignent du réchauffement climatique et de maladies comme la grippe aviaire ou le sida et considèrent mon époque comme «pourrie», mais je suis certain que si elle était aussi pourrie que ça, plus de la moitié de la population mourrait de suicide.

Au fait, que penses-tu, après renseignements auprès des grands seigneurs et gentes dames (j'espère que cette formule -qu'on utilise à propos de ton temps- ne t'offusquera pas) de Dialogus, de mon époque?
 
Pour conclure cette lettre, j'ai une question: que pensent tes parents de ton entrée dans l'armée?
 
Bien à toi,
 
Alexandre


 
Bonjour Alexandre,

Ah! tu écris un roman, c'est intéressant cela! Vas-tu le publier?

Tu me demandes ce que pensent mes parents de mon entrée à l'armée.... À vrai dire, pas tellement de bien! D'ailleurs mon père avait tout fait pour que je renonce à ma mission (ma mère, quant à elle, était très triste) et il avait même demandé à mon oncle d'essayer de m'en dissuader. Peine perdue, car ce n'était pas une idée qui venait de moi, mais du ciel. Alors comment aurais-je pu ne pas y répondre?

Depuis, je pense qu'ils ont dû être fiers de leur fille, du moins je l'espère car je ne les ai pas revus depuis mon départ. J'espère les revoir à ma sortie de prison.

Je te souhaite beaucoup de succès avec ton roman.

Dieu premier servi!

Jehanne d'Arc