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Olivier 
écrit à
Jeanne
Jeanne d'Arc


Es-tu bien celle que l'on croit?


    Ma chère Jehanne,

Ma famille vient d’un petit village à une lieue de Domrémy, qui à ton époque s’appelait Liffou. On peut dire que les gens du pays ne jurent que par toi, à tel point que tu as ta propre statue au milieu du bourg de Neufchâteau (à Nancy aussi, où tu es bien plus admirée que ces vieux ducs dégénérés) et que les familles du coin s’enorgueillissent d’un lien de parenté avec toi, la mienne ne faisant pas exception, chère cousine!

Mais là n’est pas la question. Depuis quelque temps une rumeur court: il paraît que tu n’es pas celle que l’on croit, remettant en question nos liens de parenté, aussi importants pour nous que supposés. Ainsi, tu ne serais pas la fille de tes parents: tu aurais été confiée par la mère du dauphin aux Arcs, qui t’auraient ensuite élevée dans la tranquillité lorraine. Qu’en sais-tu? Les mêmes gens affirment de surcroît que tu t’es enfuie car les Anglais auront été soudoyés pour qu’on t’échange avec une autre sur le bûcher. Par la suite tu serais rentrée en Lorraine et tu aurais épousé un noble du coin. Cette famille affirme être ta descendante directe. Je te demande donc de rétablir la vérité, chère cousine.

Je t’enverrais bien une tarte à la mirabelle pour agrémenter ta détention mais je crains qu’elle ne poussât pas ici à ton époque…


Rouen, le 10 mai 1431

Bien-aimé cousin Olivier,

Je suis très heureuse de notre parenté que j'ignorais, d'ailleurs! Je dis bien "notre parenté" car je suis bien la fille de Jacques et d'Ysabelle d'Arc, pas de doute là-dessus, il ne faut pas croire tout ce que l'on raconte! Tous ces gens bien informés ne le sont, parfois, pas du tout...

Quant à cette histoire de bûcher, je ne puis rien en dire puisque je suis toujours vivante à ce jour, dans mon cachot de Rouen, d'où j'espère bien sortir un jour.

Un grand merci pour la tarte aux mirabelles (que je ne connais pas, effectivement).

Je t'embrasse,

Cousine Jehanne


Olivier

Chère cousine,
 
Je te remercie d'avoir répondu si promptement à ma missive ; si cela ne tenait qu'à moi, je ramenèrais quelques cousins et je te sortirais de ton cachot.

J'ai encore une question pour toi: un ami possède une épée de ton époque (qui sert de décoration murale); je l'ai donc prise en main. Je suis un jeune homme de vingt ans et ce n'est qu'à grand-peine que je la tiens à une main; il m'est impossible de la tenir horizontalement plus d'une minute. Donc moi, je t'imagine sur ton cheval chargeant l'Anglais: tu es forcement obligée de tenir la bride de ton canasson. Comment une gamine de dix-neuf ans (avec tout mon respect) peut-elle la tenir et hâcher du piéton?
 
En te remerciant par avance,
 
Olivier


Rouen, le 11 mai 1431

Bien-aimé cousin,

Tu sais, les filles de la campagne comme moi, habituées toutes jeunes à des travaux assez durs (j'aidais très souvent mon père aux travaux des champs, entre autres), sont très fortes, mes parents m'ont élevée dans le but d'épouser un fermier et de savoir tout faire. D'autre part, Dieu m'a donné la force... et cela, personne ne peut savoir ce que c'est!

Dieu premier Servi

Ta cousine Jehanne


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