Atteinte à ta vertu |
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| Douce Jehanne, En bonne orléanaise, j'ai depuis l'enfance été abreuvée du récit de tes hauts faits... Ta présence plane au dessus de notre bonne ville, et nous allons même jusqu'à te célébrer les 7 et 8 mai. Durant ces deux journées de liesse, les orléanais se rassemblent pour se remémorer ton histoire, et pour t'honorer. Une jeune pucelle, si possible en provenance d'un lycée privé est même choisie pour jouer ton rôle et porter ton armure... Cependant, une interrogation me taraude... Toi, innocente pucelle dans un camp militaire, entourée de 2000 hommes en rut, comment se fait-il qu'aucun n'aie tenté d'attenter à ta vertu? Je sais que les fidèle Dunois et Lahire étaient à ton côté, mais leur bravoure me paraît bien dérisoire face au désir du mâle surexcité... Ce qui m'amène à une deuxième interrogation: avais-tu vraiment les traits charmants de muse de Botticcelli que l'on te prête, ou étais-tu plutôt une sorte d'hermaphrodite disgracieux dont l'aspect suffisait à dissuader toute tentative de viol? |
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| Ce n'est pas mon histoire qu'il faut célébrer,
mais la vôtre, Orléanais! Dieu a jugé juste et bon de vous délivrer,
de lever le siège qui s'était abattu sur votre ville. Il a jugé
que l'Anglais n'avait pas sa place dans votre ville et il vous a mis sous sa protection,
nous assurant à tous une grande victoire. Vous êtes tous les préférés
de Dieu, comme tous ceux qui s'en remettent à lui, même ceux qui ne
savent pas encore. Oui, Orléanais, vous avez raison de fêter et vous
méritez ce bien qui vous arrive. Que suis-je dans tout cela? Porteur de message.
Je n'ai fait que dire à tous la vérité, je n'ai fait que dire
que cela était bon. Et cela, étant bon, étant Sa volonté,
s'est accompli. Mes hommes d'armes m'ont toujours témoigné d'une immense respect. Jamais, ils n'ont porté atteinte à ma pudeur. Jamais, ils n'ont eu un geste déplacé envers moi ou cherché à porter atteinte à ma vertu. Ce n'est pas qu'ils n'en avaient pas l'occasion, puisque, souvent, ils avaient à m'aider à me vêtir, à ajuster mon armure, à m'armer. J'ai vécu avec eux sans qu'aucun mal ne me soit fait, car il devait en être ainsi. Ce voeu que j'avais fait, j'entendais le faire respecter et je n'ai pas eu à le faire. Mes hommes savaient, sentaient. C'était aussi ma volonté. Si j'avais été si laide, à quoi aurait servi mon voeu? Oui, il est possible que l'on me trouve jolie et là est toute la grandeur de la privation. Mon sacrifice en est d'autant plus valorisé. Bien sûr, il n'y a rien que je puisse faire qui soit à la hauteur de ce que Dieu nous donne à tous, mais telle est ma part, ma dévotion. Notre Sire toujours premier servi, Jehanne la Pucelle |