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Mademoiselle Julie |
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Votre perception du monde |
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| Cher Mister Holmes, C'est avec une grande joie mais également une certaine appréhension que je prends la plume aujourd'hui. Des années à vous découvrir, page après page, dans les récits de votre «Boswell» Watson, ne m'ont pas suffit à me sentir à l'aise auprès de vous. Savez-vous que nombre d'admirateurs, dont je fais partie, après avoir tenté de sonder la profondeur de votre science déductive, vous appellent «Maître» avec toute la déférence due à une personne dont le niveau se situe bien loin du nôtre? Ce n'est pas seulement votre qualité déductive qui m'intéresse aujourd'hui, mais également votre don d'observation. Comment pouviez-vous vivre dans le Londres de 1894, avec ses misères et ses douleurs, croiser vos contemporains et, du premier coup d'œil lire sur leurs mises, leurs visages, l'histoire de leur misérable vie sans vous sentir oppressé de chagrin? Vous disiez que votre frère Mycroft, plus doué que vous dans ces domaines, a choisi de s'isoler du bruit extérieur dans son ministère et son club, le «Diogène». Mais vous-même? Est-ce un élan de compassion de votre part qui vous a fait choisir le métier qui est le vôtre, afin de soulager les souffrances de vos voisins? Ou bien vous êtes-vous enfermé, comme votre frère, dans une tour d'ivoire, insensible au Monde? Ceux qui vous connaissent peu choisiront certainement la deuxième explication, mais de vous avoir découvert quelques instants de compassion envers Watson par exemple, me font douter d'eux. Votre misanthropie ne serait donc pas de l'arrogance! Vos journées d'inactivité ne seraient donc pas de la pure paresse! Mais si j'approche de la vérité, celle-ci m'effraie et me désole. J'entrevois la malédiction qui accompagne l'étendue de vos dons, et je ne peux que compatir. N'aviez-vous jamais eu envie, un jour, de vous déposséder de ces encombrantes qualités, pour redevenir l'un des millions de citoyens de la capitale de l'Empire? C'est à ce moment de ma réflexion que (honte à moi!) je me permets de me mettre à votre place et de déduire votre comportement suite à mes observations. L'utilisation des substances abhorrées par votre compagnon, ne les utilisiez-vous pas plutôt pour libérer votre esprit des tristes réflexions qui vous accompagnaient? Car vous admettrez que l'excuse que vous aviez donnée à Watson, celle que ces drogues «stimulaient» votre cerveau, sonne faux dans la bouche d'une personne qui a consacré plusieurs études minutieuses sur les différentes substances hallucinogènes. Je m'excuse de m'être immiscée dans votre intimité, et vous assure d'être, Maître, votre dévouée admiratrice. Sincerely yours, Miss Julia Miss Julia, Pardonnez mon retard -une année déjà! Mes abeilles me tiennent parfois beaucoup plus occupé que je ne le crois. L'admiration et le respect ne me sont pas étrangers, et j'ai reçu bien des compliments de monarques. Mais je ne me crois pas au-dessus du commun des mortels, si ce n'est dans l'art du raisonnement. Watson le premier vous dirait que je ne suis un exemple de comportement qu'en très peu de cas, et dans des circonstances plutôt limitées. Ne soyez pas inquiète de m'écrire: je ne mords que ceux qui le cherchent. La distance historique vous fait voir le Londres de mon époque comme une ville de désolation, de misère et de souffrance, mais je vous assure qu'il en est autrement de mon point de vue. Londres est une métropole culturelle vibrante, une plaque tournante du commerce international, un haut lieu de la diplomatie. Je n'aurais voulu vivre nulle part ailleurs. Certes, les criminels abondent, mais je suis certain qu'il en va de même dans la ville que vous habitez présentement. Au demeurant, la plupart de ces criminels sont des amateurs -les véritables défis se faisaient rares. Pour répondre d'un trait à plusieurs de vos questions, non, je ne suis pas insensible au monde, et le choix de ma profession m'a été dicté par l'élan que m'ont donné mes talents naturels. J'aurais probablement été un acteur compétent, un sportif capable, et sans aucun doute un criminel redoutable. J'ai plutôt décidé de diriger mes habiletés vers la lutte contre le crime. J'ose croire que personne ne m'en tiendra rancune. Je n'ai jamais ressenti le désir de me fondre dans la foule. Non seulement suis-je suis heureux de pouvoir mettre mes talents exceptionnels au service de la communauté, mais je suis aussi conscient que ce sont eux qui font ma spécificité. Pourquoi donc voudrais-je m'en défaire? Ne vous désolez pas pour moi, Julia. Je ne suis pas du tout à plaindre. Yours, Holmes |
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