Lettre d'acceptation
de Sherlock Holmes
à l'Éditeur
       
       
         
         

Sherlock Holmes

      Mister Dumontais,

Le progrès est un phénomène remarquable. De mon temps, les chemins de fer sillonnent l'Angleterre avec une telle efficacité qu'ils permettent la livraison du courrier deux fois par jour. Le télégraphe, certes plus contraignant sur le plan de la forme, relie presque instantanément deux correspondants - un outil fort apprécié dans l'exercice d'un métier tel que le mien. On me parle du téléphone qui viendrait tout révolutionner; mais de ma retraite dans le sud de l'Angleterre, la chose me serait fort peu utile. Vous comprendrez alors que votre proposition, Mr. Dumontais, me semblait au départ bien saugrenue.

Ceux de vos lecteurs qui ont suivi certaines de mes aventures, telles que narrées par Watson, sauront que je n'ai pris la plume qu'en de rares occasions, et seulement après que mon vieil ami eût insisté nuit et jour. Je ne suis pas homme de lettres - l'écriture ne m'importe qu'au moment de consigner une information que je préfère ne pas confier à ma mémoire qui, comme celle de tout homme, a ses limites. J'admets par contre avoir été vivement intrigué par votre invitation à me joindre à votre organisation. Mais même en acceptant que la chose eût été possible comme vous la décriviez, il demeurait que mes activités professionnelles m'empêchaient d'accéder à votre requête. J'avais donc demandé à Watson de vous contacter à ma place, et en grand amant de l'écriture, ses interventions épistolaires ont sans doute été plus efficaces que n'auraient su l'être les miennes. Mais Watson, comblé par son expérience, n'a pas cessé de m'exhorter à tenter l'aventure à mon tour; et force m'est d'admettre que, trois ans après la naissance du vingtième siècle, je me trouve dans une situation qui me laissera bien quelque moment pour répondre aux questions de vos lecteurs.

Me voici donc, penché sur le cas Dialogus... The game is afoot!

Holmes