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écrit à

   


Henri IV

     
   

Roi-Soldat

    Votre Majesté,

Quel honneur de pouvoir échanger quelques mots avec Vous! Je tâcherai d'être brève sachant votre temps précieux, mais tant de questions me viennent à l'esprit.

On vous qualifie aujourd'hui quelquefois de «roi-soldat», il est vrai que vos campagnes militaires furent nombreuses et coûteuses pour le peuple de France.

Le Bon Roi Henri du peuple parisien était-il aussi bien apprécié du reste de ses sujets?

Quelles étaient vos relations avec le Dauphin? Avez vous eu d'autres enfants légitimes que Louis, Nicolas, Gaston, Élisabeth, Chrétienne et Henriette?

Je vous remercie, Votre Majesté, de votre attention, et croyez que je suis votre dévouée servante.

Virginie



Quelque part dans les vallées de l'Aspe et d'Ossau, en l'an chrétien 1608.

«C'est assez fait le roy de France, il est temps de faire le roy de Navarre»

Chère dame Virginie,

Il me fait grand plaisir de répondre à votre missive. Cependant, je ne vous connais point. Seriez-vous dame d'honneur de la reine Marie? Il est vrai hélas, que mes campagnes militaires furent nombreuses et fortes douloureuses pour le peuple de France.

Mon père Antoine, de la lignée des Bourbons et lointain descendant de Robert Clermont, fut nommé lieutenant-général du Royaume. Par le fait même, il me donna une solide instruction des armes. À sa mort en 1562, ma mère Jeanne d'Albret me fit retourner sur mes terres du Béarn pour embrasser la religion protestante.

Le destin du Royaume et du bon peuple de France s'aggrava avec le décès de mon oncle Louis de Bourbon, prince de Condé, qui jugea opportun de s'allier aux protestants non pas par conviction personnelle, mais bien pour s'opposer à la puissante famille des Guise. Dès lors, je devenais le chef nominal du parti calviniste et j'ai dû guerroyer sous les ordres de l'amiral Coligny. Par la duperie des Valois, la fourberie des Guise et l'occupation espagnole, je devenais un redoutable adversaire qu'il fallait supprimer à tout prix.

La mort de l'usurpateur Henri de Guise, permit au Roy Henry III de me désigner comme seul héritier du trône de France. Ni ma conversion au catholicisme ni mon arrivée à Paris en 1593 n'ont pu empêcher les luttes stériles contre la Ligue, puissamment soutenue par le fanatique Roy d'Espagne. Ce n'est que par la victoire de Fontaine-Française et le traité de Vervins que la nation a pu respirer la paix. Si je fus roy-soldat, chère dame, je n'en fus pas l'instigateur.

Pour mes relations avec le Dauphin, sachez chère dame qu'elles sont bonnes, l'enfant se porte bien et «use bien son épée». J'ai contacté une liaison et un attachement profond avec la belle Gabrielle d'Estrées qui me rendit de gloire en me donna 3 enfants naturels, dont César, né en l'an de grâce 1594 et légitimé dès 1595, Antoine et la petite Catherine Henriette.

En ce qui a trait au bon peuple de Paris, sachez madame, que dès mon abjuration de la foi protestante à l'abbaye Saint-Denis, ledit peuple m'ouvrit ses portes ainsi que son coeur. Rien ne m'empêche de me promener et d'arrêter les passants pour leur demander ce qu'ils rapportent du marché et combien ils ont dû payer, et si la vie n'est pas trop dure. Par ma gouille et ma bonté, n'ais-je pas exprimé: «une poule au pot tous les dimanches» à ce pauvre peuple?

Mes respects,

Votre roy Henry