Gaïa
écrit à

   


Henri IV

     
   

Quelques questions

    Sire,

Je m'excuse du dérangement que j'occasionne, mais j'aimerais pouvoir vous poser quelques questions. Je ne vous connais guère, mais le peu que je connais de vous m'impressionne et m'attire.

Pour ces raisons, j'aimerais savoir:

* Qui était Henri III pour vous?

* Quelles relations entreteniez-vous avec Marie de Médicis?

* Avec Louis?

* Avec son frère?

* Si la Reine a réellement une préférence pour Gaston?

* Quelles sont toutes vos maîtresses?

* Si vous avez une amante préférée?

* Si vous avez un ami réel, et si oui, lequel?

* Comment s'est passée votre jeunesse?

* Quel est votre plus grand regret?

* Quelle est votre plus grande joie?

La plupart de ces questions sont très indiscrètes, et je vous en demande bien pardon.

Si vous ne répondez ne serait-ce qu'à une seule de ces questions je serais grandement satisfaite.

Encore mille excuses pour mes maladresses et insolence.

Je vous salue bien bas et avec beaucoup de révérences, avec respect et avec l'impatience de votre réponse.

Signé: Une jeune-fille de 13 ans, Gaïa



Paris le 13 mai 1610.

Mordious!

En cette journée consacrée au sacre de la reine Marie à titre de Régente, il me semble que vous m'en demandez beaucoup mais vos questions sont très intéressantes, notamment celle concernant ma tumultueuse relation avec Henri III.

Pour vous décrire ce Roy, sachez que l'histoire retiendra du personnage, son incapacité de prendre des décisions cruciales à une époque où les guerres de religion faisaient rage dans le Royaume. Il était un Roy falot consacrant la plupart de ses activités dans le faste de la Cour avec ses «mignons». La population parisienne se révolta à cause de la débauche de ce Roy mais également à cause de la conspiration planifiée par la Ligue. Faute d'appui politique et militaire, Henri III dut s'enfuir à Blois.

C'est à partir de là, que ce Roy prépara sa stratégie afin de reprendre la couronne et d'éliminer l'usurpateur Henri de Guise. Les portes de Paris lui étaient fermées, il insista pour me rencontrer secrètement afin d'établir une alliance. Henri III avait besoin de mon appui et celle de mon armée. Il conclut un pacte avec moi stipulant qu'une fois la couronne reconquise, il permettrait une plus grande liberté du culte protestant et me nommerait, faute de descendance, son héritier. Dès cet instant, ce Roy m'apparut plus avisé politiquement mais tout aussi incapable. Bien qu'il eût réussi à éliminer Henri de Guise, la population manifesta sa très grande colère et le Roy mis le siège devant la capitale. C'est dans sa tente qu'il reçut le moine Jacques Clément qui d'un coup de couteau avait fait de moi le seul héritier légitime de la couronne. Sa disparition ne changeant en rien mes sentiments pour ce personnage que je n'ai jamais considéré comme un ami. Il était de la lignée des Valois qui à mon humble avis étaient tous des dégénérés. Pas étonnant que le Saint-Esprit ait su mener à la disparition cette race de vauriens pour permettre à ma lignée de prendre le trône de France.

En ce qui a trait aux questions familiales et matrimoniales, sachez que la reine Marie n'a pas de préférés. Elle voue un amour profond pour le Dauphin et le petit Gaston.

Concernant vos questions sur mes favorites, sachez que les rumeurs de la Cour ont abondamment parlé de Gabrielle, Henriette et dernièrement la toute jeune Charlotte de Montmorency. Lesquelles ont passé pour mes préférées? Je dirais toutes!

Pour mes amitiés réelles il va de soi que je porte une admiration à mon vieux copain d'armes Sully. Connétable et grand administrateur du Royaume.

Mon plus grand regret? Celui de combattre afin de protéger les frontières naturelles du Royaume. Je dois y consacrer mes énergies et d'ailleurs je me prépare à une prochaine expédition militaire. Je dois reprendre le territoire de la Savoie et évincer de façon définitive les Espagnols. Ma plus grande joie sera l'aboutissement d'un État national solidement implanté et réuni avec une monarchie absolutiste de droit divin. Il va sans dire que je ne pourrai point terminer cette vaste opération mais du moins j'en aurai été l'initiateur.

Mes Respects,

Votre Roy Henry



Je vous remercie grandement de votre rapide réponse, et m'excuse du retard de la mienne. Vos réponses m'ont entièrement satisfaite, mais n'ont pas brisé mon élan interrogateur:

Quelle ont été les réactions des familles de vos maîtresses?

Quelles ont été les réactions de votre famille quand vous avez été Roy?

Quel est le caractère de Petit-Louis? Et de Petit-Gaston?

Je vous prie de m'excuser pour le temps que je vous prends et pour les ennuis que je vous cause (surtout que vous me dites que vous êtes en plein sacre de reine!).

Mille mercis.

Votre très obligée servante,

Gaïa.



Paris, Le Louvre matin du 14 mai 1610.

Chère demoiselle,

Il me fait plaisir de répondre à vos «élans» interrogatoires et sachez que vous ne m’indisposez point pourr la qualité exceptionnelle de vos questions.

Lors de ma conversion au catholicisme: «Paris, vaut bien une messe»~; en 1593 ma favorite de l'époque madame Gabrielle d'Estrées, m'avait fortement influencé dans mes choix politiques. Cette dernière fut une femme remarquable. Elle me guida dans le choix qu'il valait mieux se convertir et devenir roy que de guerroyer contre la Ligue et les Parisiens.

Nul doute que ce choix crucial fut bénéfique pour mon ascension au trône mais aussi pour le bien-être du royaume injustement décimé par les guerres de Religion.

Du côté de ma famille, vous le savez bien j'ai eu la tristesse de perdre mon père Antoine de Bourbon en 1562 et ma tendre mère Jeanne d'Albret en 1572 juste avant mes noces avec la reine Margot. L'an dernier j'ai eu l'immense chagrin de perdre ma sœur, Catherine de Bourbon, infante de Navarre et duchesse de Bar. Cependant je remercie le ciel de m'avoir donné une magnifique descendance, le Dauphin est très entêté et quelque fois je permets à son précepteur, monsieur Malherbe, de le bastonner afin de lui apprendre les rudiments et bonnes valeurs d'un futur roi. Du côté de Gaston, duc d'Orléans, j'ai noté son côté très envieux et nébuleux, le petit Gaston tout comme son frère possède un très grand appétit. Mme de Monglat doit constamment préparer biscuits et galettes, crème fraîche, crêpes le matin sans compter l’après-midi où les enfants raffolent de gibier de notre terroir: sanglier, perdrix, canard et petite caille.

Mademoiselle j'espère de répondre à votre curiosité.

Mes respects

Votre roy Henry



Sire,

Merci pour votre réponse. Je ne savais pas que les Rois prenaient goût pour le gibier dès leur petite enfance! Cela m'a surprise et amusée (sans me moquer, cela va de soi, simple amusement tendre). D'autant que moi-même, j'aime aussi le gibier.

Toute ma vie ne suffira pas à vous exprimer ma reconnaissance.

Votre éternelle obligée,
Gaïa.



Paris Le Louvre 1610.

Chère Demoiselle,

Chez les Albret-Bourbon, nous pratiquons la chasse depuis fort longtemps. J'ose espérer que cette tradition se perpétuera chez ma descendance. Le jeune Dauphin sait se tenir en selle et m'accompagne à la chasse au sanglier.

Par contre, je n'approuve guère le jeu de «tournoi» depuis que le roi Henri II de Valois - fils de François 1er - a trouvé la mort en 1559. Le bout de la lance de bois de son adversaire, Gabriel de Montgomery, percuta son heaume et lui creva un oeil! Je suis en discussion avec le conseil des ministres afin d'interdire cette tradition datant de l'époque des chevaliers du Moyen Âge. Il faut garder la noblesse d'épée sous la tutelle de la monarchie. J'ai besoin d'eux afin de guerroyer les Espagnols qui sont hélas, toujours menaçants et avides de complot contre ma personne.

Je suis toujours à votre écoute et que le bon Dieu vous protège.

Henry roi de France et de Navarre.



Pantin, rue des Berges, 2005

Sir,

Je vous remercie de votre réponse. Je suis tout à fait d'accord avec vous: les tournois dont vous parlez ne sont pas du meilleur goût!

Je ne sais plus du tout comment vous exprimer ni vous écrire ma reconnaissance, mais soyez-en assuré!

Votre éternelle servante à travers les siècles:

Gaïa.



Le Louvre Paris 1610.

Chère Très Dévouée Demoiselle,

Lors de votre dernière correspondance, vous mentionnez d'être originaire de la petite bourgade de Pantin? J'y suis allé personnellement lors d'une petite foire avec Madame la Reine et les enfants. J'ai constaté la gentillesse du bon peuple et je fus étonné d'apprendre que votre cimetière est fort célèbre. J'aurais probablement la chance de vous rencontrer lors de ma prochaine tournée prévue pour l'automne prochain avec le Baron de Rosny et le Duc d'Épernon. Chère Demoiselle, si vous avez besoin d'aide, vous pouvez communiquer avec l'évêque de Paris à Saint-Cloud afin qu'il puisse vous donner quelques victuailles pour vous et votre famille. J'ai appris que le dernier hiver fut fort rigoureux et que les récoltes furent hélas mauvaises.

Mes respects

Votre roi très chrétien Henry, Roy de France et de Navarre.



Pantin,

Sire,

Je suis très honorée de vos attentions. Si j'ai quelques problèmes, j'irai donc voir l'évêque de Paris.

Mais cet hiver, ma famille et moi étions bien pourvus en vivres et en chaleur. Mais je pense que ce qui nous a sauvé dans la tourmente, ce fut l'Amour que nous nous portons en permanence.

Je suis à jamais votre servante très obligée,

Gaïa.



Paris le Louvre 1610,

Chère Demoiselle,

Je dois organiser les préparatifs pour la célébration du sacre de la reine Marie. Je dois me rendre immédiatement chez mon copain le baron de Rosny celui que vous nommez Sully. Je sais que je cours grand risque en me promenant dans mon carrosse dans les rues tumultueuses de Paris, mais j'y suis déjà habitué! Je dois passer par la rue Saint-Honoré pour savoir si les décorations y ont été installées. J'espère de ne pas croiser les rues ayant des échoppes!

Votre bien aimé Roy

Henry