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Henri IV

     
   

L'ail, aïe, aïe, aïe!

    Sire,

Votre réputation de mangeur d'ail vous précède! Que dis-je? votre renommée de croqueur, de goinfre de ces gousses violacées est pratiquement plus grande que vos conquêtes toutes catégories confondues.

Alors j'ai une question simple: était-ce votre botte secrète pour «péter le feu» comme on dit aujourd'hui, et votre atout majeur pour repousser les assaillants grâce à votre haleine irrespirable (qui vous évitez donc de faire «péter l'arquebuse»)? Révélez-nous donc enfin votre secret!

Xavier LAURAND
 

Mon cher Xavier,

Sachez que je suis gascon et campagnard, j'aime les plats de là-bas qui tiennent au corps. Des mets fortement relevés d'ail, d'oignons, d'échalote et de poivre. Souvenez-vous qu'à ma naissance, mon grand-père maternel m'avait frotté les lèvres avec de l'ail. Depuis ce temps, tous les matins je ne peux m'empêcher de casser la croûte d'une tranche de pain recouverte de beurre et de gousses d'ail.

Pour ce qui est de l'odeur, cela ne me gêne pas puisque c'est une caractéristique commune à beaucoup de gentilhommes de notre époque.

Allez trêve de plaisanterie cabotin, je meurs de faim et je vais dîner. Pour vous mettre en appétit voici le menu proposé par mon cuisinier :

- Un quartier de chevreau
- Un chapon
- Une omelette au lard avec d'épaisses tranches de jambon
- Un fromage vigoureusement parfumé
- La soupe à l'oignon suivi de confit de canard
- Quelques côtelettes de mouton rissolées au jus
- La salade bien baignée de vinaigre
- Huîtres crues ou cuites
- Le pâté de soles accompagné de carottes sauvage en compote
- Les betteraves et le fenouil vert
- Le pastis, gâteau originaire de la Gascogne

Le tout arrosé de clairet de Bordeaux et du vin blanc provenant de mes vignes de Vendôme.

Henry IV, esprit fin et appétit rustique.