| |
|
Votre Majesté,
Auriez-vous l'extrême bonté de m'éclairer sur un sujet où
les historiens semblent avoir du mal à se mettre d'accord? Lorsque vous
envisageâtes d'épouser la très aimée Gabrielle d'Estrées, la dissolution de
votre précédente union avec Marguerite de Valois avait-elle été prononcée?
Certains prétendent que Marguerite ne consentit au divorce qu'après la mort de
Gabrielle... Ce qui vous aurait rendu bigame, et cela en fin stratège que vous
êtes vous ne le pûtes risquer...
Je ne puis terminer cette missive sans
vous dire ma très grande admiration pour votre ouvrage de réunification au sein
du royaume de France. Nous aimerions avoir des personnalités comme Votre Majesté
en ce 21e siècle car je vais avoir la tristesse de vous apprendre qu'à l'heure
des technologies de communication les plus pointues, les guerres de religion
sont toujours à l'ordre du jour. C'est misère!
Vous êtes toujours un peu
dans mes pensées, car j'habite la bonne ville de Meaux qui abrita vos amours
avec Gabrielle.
Respectueusement à vous,
Lucie
Paris Palais du Louvre printemps 1610.
Ma très chère respectueuse
Lucie,
Pour répondre à votre question, sachez que lors de ma liaison avec
la charmante Gabrielle, j'étais toujours marié à la reine Margot. J'ai tenté à
plusieurs reprises de convaincre Margot de nous divorcer puisque nous ne
faisions point de couchette ensemble depuis plusieurs années et que je savais
par l'entremise de mes agents informateurs que la dite Margot avait plusieurs
amants dont le célèbre La Molle, un huguenot et un personnage intriguant auprès
du duc d'Alençon.
Pour conclure cet épisode, j'ai pu obtenir le divorce
lorsque Margot consentit à ce que je prenne pour épouse ma pouliche italienne
Marie.
Les nouvelles de votre époque m'attristent au plus au point, vous
mentionnez des conflits de religion! Que Dieu puisse porter assistance aux
victimes de ces infamies.
Votre Roy Henri
Ce n'est qu'après la disparition de sa rivale que Marguerite donna à la parfin
son consentement à la désunion et le Pape annula votre mariage en décembre
1599. Ce qui laisse supposer que Sa Majesté était encore liée à Marguerite par
les liens du mariage quand vous envisageâtes d'épouser Gabrielle en avril de la
même année. J'imagine qu'à cette annonce le Saint-Siège en fut benoîtement
renversé et les papistes en conçurent une ire inouïe. Il se peut que l'un d'eux
ait alors songé à occire la marquise de Monceaux. Mais dans le même temps je ne
peux m'empêcher de me demander pourquoi l'Histoire jamais n'évoque ces détails
quand elle nous instruit à l'école. Ah, mon bon Roi, quelle histoire que
l'Histoire! Tenez si je me permettais quelques libertés avec Votre Majesté, je
lui proposerai bien de La cacher dans ma poche un jour où j'irai prendre un
cours à la Sorbonne.
Votre étonnée et néanmoins toujours dévouée Lucie
|