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Henri IV

     
   

Complot: prenez garde

    Sire,

Je vous écris pour vous informer d'un complot contre Votre Majesté. Un homme nommé Ravaillac a juré votre perte et projette de vous assassiner avec un poignard dans votre carrosse. Croyez-moi, je suis une fidèle sujette et ne souhaite que la sauvegarde du roi que j'admire le plus. Je dis la vérité. Écoutez-moi et prenez garde à vous avant qu'il ne soit trop tard. Promettez-moi de faire attention, Sire. Je ne voudrais pas qu'il vous arrive un malheur.

Respectueusement,

Flore



Le Louvre à l'aube du 14 mai 1610.

Ma chère et dévouée Flore,

Quelle étrange coïncidence! Ce matin, j'ai eu ce même pressentiment. Je dois prendre le carrosse cet après-midi afin de me rendre à l'Arsenal pour rencontrer mon bon ami Sully. Nous devons discuter des préparatifs de la guerre contre l'usurpateur Habsbourg. Dois-je y aller ou rester près de ma famille?

Les complots font partie de ma vie. Depuis mon arrivée au trône en 1589, j'ai dû faire face à une dizaine de complots et une cinquantaine ont été reportés par mes gardes. Vous souvenez-vous de Châtel? Ce dernier a eu l'audace de s'approcher près de moi et de sortir son poignard qui, heureusement, dévia sur mon pourpoint pour aboutir jusqu'à ma lèvre. Je m'en suis sorti avec une simple coupure!

Non, Madame, je m'en tiens à la Providence et je dois respecter mes engagements envers le Royaume. Le roi doit être près de son bon peuple et ne doit pas tenir compte de quelques pauvres exaltés qui désirent sa mort.

Cependant, je prends note de votre mise en garde et j'en aviserai le chef de ma garde Vitry afin de protéger la famille royale, particulièrement le Dauphin.

Priez pour votre Roy et je prierai pour vous.

Henry IV, roi de France et de Navarre



Votre Majesté,

Je prierai pour vous. Vous, né pour être roi, vous êtes un vrai roi. Je suis d'autant plus compatissante pour les protestants comme vous que je suis née le 24 août, le jour du massacre de la Saint-Barthélemy à cause de cette... cette femme qui n'a ni sentiment ni égard pour personne à part pour elle-même, je parle de Catherine de Médicis.

Pour échapper à un malheur, je vous conseille de partir rendre visite à votre ami sans apparat, dans un simple carrosse, de vous déguiser comme un domestique, même si c'est un costume et un équipage qui ne convient pas à un roi. Je vous conseille aussi de mettre une armure sous votre tunique, comme celle que l'on porte lorsque l'on va à la guerre et aussi de mettre un mannequin habillé avec vos habits pour tromper celui qui vous voudrait du mal. Je sais que se faire tuer fait partie des risques du métier, mais en vous protégeant, vous protégez votre peuple. Surtout vos amis les huguenots. Je dois vous dire que votre petit-fils, louis XIV, lors de son règne, forçera tout le monde à se convertir au catholicisme, pour qu'il n'y ait plus qu'une seule religion dans le royaume. Il sera considéré comme le plus grand roi du monde mais pour moi, les plus grands rois sont Louis XVI et vous. Votre 2e femme, Catherine de Médicis, fut bien cruelle aussi de vouloir noyer ses filles sous prétexte qu'une fille ne sert à rien. Je suis une fille et si vous pouvez lui dire de ma part, qu'une fille ça sert. Elle en est elle-même une, elle aurait du comprendre cela toute seule.

Je vous en prie, mettez au moins une armure sous votre habit. Dieu vous garde et vous protége.

Flore



Paris, palais du Louvre 1610.

Madame,

Ma décision est prise concernant mon rendez-vous à l'arsenal. Les enjeux sont très importants et mon ministre Sully n'est guère patient! Je tiens à vous préciser que j'ai commandé un carrosse pouvant accueillir 8 passagers. Je sais que d'Épernon, le marquis de Lavardin et La Force seront du voyage avec moi.

J'ose espérer que ces «ex»-mignons du regretté Henri III sauront me protéger! De plus, je dois absolument vérifier les travaux pour les préparatifs de la célébration du sacre de la reine.

En lisant votre lettre, je me suis mis à rire puisque vous avez confondu Catherine de Médicis avec Marie de Médicis! N'ayez crainte, chère enfant, mon épouse est Marie de Médicis et non l'empoisonneuse Catherine. Soyez assurée que Marie, mon épouse et reine de France, aime profondément ses enfants y compris ses filles.

Nos enfants représentent le plus beau cadeau que le Tout-Puissant puisse nous donner.

Allez, soyez rassurée: je serai de retour au Louvre en fin d'après-midi!

Votre bon Roy Henry



Mon roi,

Non, détrompez-vous. Je n'ai pas confondu Marie et Catherine de Médicis. En ce qui concerne l'affection des enfants, peut-être. Maintenant, je ne les confonds plus puisque Catherine de Médicis est votre belle-mère et la mère de la feue reine Marguerite de Valois, tandis que Marie de Médicis est votre seconde épouse. J'espère que votre second mariage est un mariage heureux. J'aimerais savoir si elles ont un lien de parenté. Si oui, lequel?

Je suis allée visiter l'été dernier le château de Ronsard, le guide du château m'a dit que vous étiez assez proche de lui. C'est un poète.

Je comprends et approuve votre décision d'aller jusqu'à destination. Personne n'échappe à son destin, de toute façon.

Je vous suis toute dévouée,

Respectueusement,

Flore



Je tiens à vous préciser que la reine Margot est toujours dans sa forteresse, à Usson en Auvergne; elle est venue nous rendre visite l'an passé, aux enfants et à moi. En ce qui concerne le lien de parenté entre Marie et Catherine il est seulement de cousine au 5ème degré! Marie faisant partie de la branche des Popolani alors que Catherine descend de Laurent le Magnifique.

Que Dieu vous protège.

Votre Roy Henri



Votre Majesté,

Comment s'est passée cette journée pour laquelle vous aviez un mauvais pressentiment? Merci de m'avoir éclairée au sujet de la reine Margot.

Vive le Roi,

Amicalement, Flore



Palais du Louvre

J'ai eu un mauvais pressentiment quelques jours avant la journée du sacre de la reine Marie le 13 mai 1610. Cette Marie ne cessant de me casser les oreilles avec ce maudit sacre! J'ai l'impression de précipiter les événements. Mais soit! Je dois continuer vers le chemin de mon destin.

Le très chrétien Henry IV de Bourbon

Roy de France et de Navarre fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne III reine de Navarre.



Mon roi,

Je vous admire. Risquer votre vie pour accomplir votre devoir. Voilà ce que j'appelle un roi. J'approuve votre décision.

Je serais juste très triste s'il vous arrivait quelque chose. Je tiens à vous comme une fidèle sujette tient à son roi.

Vive le roi.

Respectueusement, Flore