Lettre d'acceptation
de Henri IV
à l'Éditeur
       

       
         
         

Henri_IV

      Bonjour,

Je n’étais pas destiné à devenir roi de France. Jeune, j'ai reçu une éducation adéquate, mais je me consacrais presque entièrement aux activités physiques. Comme les jeunes hommes de mon époque, je trouvais tout mon plaisir dans la chasse. De mon père, j'ai reçu le caractère rude des Bourbons, de même que la force et l'esprit chevaleresque. Quant à ma mère, je lui dois l'amour de Dieu, la sagesse et la bonté.

Je n'étais guère préparé à affronter les événements qui allaient
enflammer le royaume de France. Cette France ravagée par une guerre
religieuse où tous ont tenté de trouver un parti favorable. Ma vie en
a été bouleversée à jamais! Je vivais constamment dans une grande
insécurité causée par les guerres de pouvoir, les trahisons et les
meurtres. J'étais destiné à suivre un chemin parsemé d'embûches et de
tractations. Tous me voyaient comme un rival qu'il fallait écarter à
tout prix! Mais la bonté de Dieu m'aura permis de traverser ce périple.
À plusieurs reprises, j'ai survécu à des complots, voire à des massacres généralisés de huguenots.

Ma force et mon courage ont fait en sorte que le trône de France soit
accordé pour la première fois à la lignée des Bourbons. Ma légitimité ne
saurait être contestée, car je descends du bon roi Saint-Louis.

Il est de mon devoir de vous raconter quelques faits marquants de ma vie tumultueuse. J'ai été marié à la fille de Catherine de Médicis, la reine Margot; dès cet instant, ma vie a été scellée par le destin funeste des Valois. J'en ai été  profondément marqué, voire dégoûté! Cette famille de dégénérés avec, en tête de liste, la reine mère empoisonneuse, cette Italienne de Florence qui m'a rendu la vie impossible... Je ne peux inclure, cependant, ce pauvre Charles IX, qui a été injustement accusé d'être l'instigateur de la sinistre Saint-Barthélemy en 1572. Par contre, je dois inclure Henri III, ce roi débauché qui avait une horrible attirance pour les petits mignons! Les Valois furent tellement la risée du royaume que le duc de Guise, Henri de son prénom, aurait pu s'emparer du trône de France lorsque le roi a fui pour Blois.

Je fus néanmoins reconnu par Henri III pour devenir son successeur. Je
lui dois une fière chandelle, à lui ainsi qu'au moine Jacques Clément.
Oui, c'était une époque terreur; aucun Valois n'y a survécu! Je
devenais par le fait même le prétendant légitime à la Couronne de France.

«Paris vaut une messe», je m'étais rendu à l'évidence. Il valait mieux
me convertir au catholicisme que de me voir usurper le pouvoir par les
Espagnols de Philippe II. Le royaume avait besoin d'un souffle nouveau
et était las de la guerre stérile.

La dernière partie de mon règne constitue probablement le meilleur
moment de ma vie. Le royaume se porte mieux et les frontières sont mieux protégées: les États allemands sont en constante querelle, plus désunis que jamais, et l'empire «outre-pyrénéen» se dirige indéniablement vers la décadence. La fortune me permet de choisir Sully comme administrateur du royaume: cet homme fera de la France un pays enviable et respecté!

J’ai fait de ma France un royaume épris de paix, grâce à l'Édit de Nantes.
Jamais plus le fanatisme ne guidera mon royaume. Je suis assuré qu'une fois les Espagnols boutés hors de France, je pourrai
accentuer mes efforts pour la prospérité du royaume.

Je suis un amoureux de la vie, je suis profondément attaché à mon
royaume et j'ai toujours rêvé de paix.

Henri de Bourbon

Roi de France et de Navarre