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Salut à toi, Héphaïstion
D'après ce que nous savons ici à plus de 2000 étés de vous, vous avez
été un ami intime d'Alexandre dit à tort le Grand. (Enfin, c'est le
point de vue de plusieurs personnes dont moi.)
Mais, à votre temps, vous ne deviez pas tout couper et classer avec des
étiquettes comme nous le faisons actuellement: hétérosexualité,
homosexualité, amour, haine, beau, laid, bien, mal, etc. Le mot
«homosexualité» est gênant puisqu'il y a sexe dedans! «Gai» est mieux et
rappelle l'écrivain Rabelais.
De votre temps, vous devez plus voir l'ensemble, à la façon des peuples
orientaux. Vous avez certainement utilisé plutôt une attitude homo
érotique envers votre ami Alexandre. (Avec nos étiquettes, nous
qualifions ça de bisexualité! mais ici encore il y a le mot
«sexualité».)
Seulement, personne ne peut entrevoir la logique de pensée de votre
époque, même au travers des écrits des philosophes de ce temps et de
votre pays. Maintenant nous ne pouvons pas non plus savoir si votre
relation avec Alexandre était platonique (Platon, un de vos grands
philosophes). Pour moi, bien avant Platon, Imhotep – l'Architecte
égyptien– est l'inventeur de la relation dite platonique. D'ailleurs,
seules les choses de l'esprit ont un enchantement profond. Un de nos
grands écrivains expliquait que «les maux du corps demandent du secours,
alors que les mots de l'esprit demandent du temps!» (Il s'agit de
Savinien de Cyrano de Bergerac.)
En votre temps, vous avez un mode de vie tout naturel; ici on parle de
la Nature comme si nous n'en faisions pas partie et nous salopons l'air
avec des industries parce que nous avons basé notre mode vie sur
l'argent et le business. Nous ne savons pas faire autre chose que du
mercantilisme, tout du moins en ce moment; nous avons peur tout
simplement.
Merci bel Héphaïstion (vous êtes certainement beau, selon les canons de
l'époque), de nous en dire un peu plus sur vos coutumes auprès
d'Alexandre.
Fait par le Terrien Djed Ramose
Thargelion, le 29e jour du cycle athénien
Éphèbe Ramose, Terrien,
Sache que je suis flatté de l'intérêt que tu portes à ma personne, à
celle de mon Alexandre ainsi qu'au reste de nos contemporains.
Je vais reprendre point par point chaque détail de ta lettre afin de
bien commencer cette correspondance.
Tu dis qu'Alexandre n'était pas grand? Laisse-moi te dire que je ne
partage pas ton avis. Alexandre est un grand homme, doté d'une grande
sagesse, son immensité l'a conduit à explorer les contrées les plus
lointaines, les plus dangereuses. J'ai toujours été plus grand que Lui,
autant que je me souvienne. Mais cela n'a que trop peu d'importance.
Je ne saisis pas vraiment les sens que tu emploies, mais ces mots ont
cependant des racines qui me sont familières, je pense comprendre. Nous
ne classons pas les gens dans des jarres différentes selon les rapports
qu'ils entretiennent entre eux. Cela reste, je pense, du domaine logique
et privé à la fois. D'une part parce que la sexualité est apprise aux
jeunes éphèbes tels que vous, en même temps que les passes d'armes, et
que les esclaves ont toujours été serviles et qualifiés à toutes sortes
de pratiques. Certains se démarquent par leur exubérance, mais le fait
d'avoir des relations viriles avec son tuteur ou esclave n'est pas tant
le coeur du problème, celui-ci étant, et là se trouvant la complexité de
la chose, de savoir qui est dominé dans une telle relation. Lorsqu'il
s'agit de noblesse, ce problème se trouve occulté, mais lorsqu'il s'agit
d'un esclave et de son maître, il serait bien entendu mal vu d'apprendre
que le dominé présumé ne l'est pas dans tous les milieux, si je puis
m'exprimer ainsi. Aphrodite initie tous les hommes à se découvrir et à
partager leurs émois, cela n'est pas une pratique indécente, si c'est
bien ce que tu souhaitais savoir.
Je connais Platon et ses préceptes, je ne vois pas le terme dérivé dont
tu veux parler, mais je crois comprendre, là aussi par déduction, de
quoi il s'agit. Ai-je donc une relation dite platonique avec Alexandre?
Il me semble douteux de dire que je n'ai jamais palpité sous ses
cuisses, douteux également de dire que notre confiance mutuelle est plus
forte que tout. Nous avons grandi ensemble et j'ai gagné son respect,
son amour et sa considération; cela m'a élevé au rang de Second, et je
n'en suis pas peu fier, même si je redoute bien des fois quelque complot
à mon égard. Nos nuits nous appartiennent et t'en dévoiler les intimités
serait probablement trahir la confiance et le respect que je voue à mon
Seigneur. Ainsi, que ton imaginaire fertile soit inspiré par quelques
rêveries qui n'iraient toutefois pas jusqu'à salir nos êtres. Je connais
l'Égypte pour y avoir séjourné et dirigé grand nombre de phalanges en
Alexandrie, mais cet Imhotep ne réveille aucun de mes possibles
souvenirs lors de mes passages près du Nil. Tu parles de notre mode de
vie et le qualifie de naturel, c'est tout à ton honneur, même si j'ai
évidemment du mal là aussi, à cerner ce dont il s'agit.
Si une vie naturelle est faite de plaisirs simples, de satisfactions
glorieuses, de nourritures abondantes et de femmes changeantes à chaque
nouvelle lune, alors ma vie est des plus simple, comme la plupart de mes
semblables; toutefois, je prends soin de la nature, et prie Déméter pour
chaque récolte abondante ainsi qu'Apollon et Prométhée pour les exploits
que nous pouvons accomplir grâce à leurs manifestations passées et
présentes. Toi et tes gens devriez faire de même, prendre soin de cette
nature et mourir si vous ne vous en sentez pas digne, car quiconque
insulte le sol béni d'Alexandre par son désintérêt manifesté ne mérite
pas de le fouler.
Pour répondre à ta citation, d'un auteur que je ne connais guère, je
dirais simplement que les maux du corps nécessitent un bon médecin, ce
qui est une chose rare en ce monde, et que les maux de l'esprit hantent
encore et toujours si celui-ci n'arrive à trouver de quiétude. Votre vie
ne se devrait pas d'être motivée par l'argent, qu'est-ce après tout?
L'argent offre le confort, certes, mais comment appréciez-vous la
plénitude d'un palais si vous n'avez rien fait de glorieux pour le
mériter? Je ne comprends décidément pas votre mode de réflexion. Aussi,
suis-je curieux d'en apprendre plus avant sur votre civilisation et les
êtres qui la peuplent. Merci de ta cordiale missive à laquelle j'ai pris
beaucoup de plaisir à répondre ainsi que du compliment que tu m'as
décerné. J'espère avoir répondu à tes questions, je l'ai en tout cas
fait avec sincérité et conscience.
N'aie crainte. Sache que lorsque tout est terminé, seul importe ce que
nous avons fait.
Puisse son père veiller sur vous, et Dionysos vous apporter la quiétude
et la paix.
Hêphaistíôn Amyntaros, Chiliarque et Général d'Alexandre III de
Macédoine.
Salut à toi Héphaïstion,
Tu m'appelles Ephèbe, mais je suis maintenant plus proche de la tombe
que du berceau!
Grand merci pour ta rapide, longue et attentionnée réponse. Je suis
heureux que tu m'aies honoré ainsi. Ayant eu un mal de tête lors de la
rédaction de ma première lettre, il est possible qu'il s'y trouvait une
syntaxe peu claire. Aussi, je te remercie encore.
Tu m'as bien répondu à propos de domination, nous sommes dans un monde
duel avec positif et négatif. Et à ton époque, parmi quelques groupes
sociaux, l'amour entre deux hommes pouvait être considéré comme
supérieur, parce que naturellement les hommes étaient supérieurs. Dans
cette logique, l'amour avec une femme «inférieure» était toujours un
amour «inférieur». Ici on est dans une drôle d'électricité! Que dirait
William Gilbert! Difficile d'évaluer l'égalité entre deux hommes à ton
époque par rapport à la nôtre.
À notre époque matérialiste, on parle d'égalité des sexes. Tu ne m'as
pas parlé un peu de ta jeunesse? Alexandre t'a appelé: «L'ami
d'Alexandre» «Philalexandros». C'est peut-être cela qui est le plus
important pour toi.
Pour la relation platonique, je parlais dans ma lettre d'une relation
amoureuse entre deux hommes uniquement spirituelle, sans contact
physique. Je répète, il me semble que c'est Imhotep qui a inventé cela
il y plus de 4800 étés (en comptant à partir de mon époque). Ton passage
en Égypte est en décalage par rapport à Imhotep d'au moins 2000 étés!
Je comprends que tu pries Déméter pour une récolte abondante, tu ne
disposes pas de toute notre panoplie de produits chimiques de synthèse
qui servent à accélérer les récoltes et évitent ainsi les famines. Mais
c'est au détriment d'autres problèmes. Tout se tient, et comme disait un
poète de par chez nous: qui cueille une fleur dérange une étoile!
J'aurais bien aimé connaître ton Alexandre; hélas, nous avons un grand
décalage sur la Flèche du temps dans le plan de ce que l'on nomme à mon
époque, faute d'ignorance, Réalité.
Je m'incline avec émotion devant toi.
Fait par le Terrien Djed Ramose
Skirophorion, le second jour du cycle Athénien.
Terrien Ramose, éphèbe insoumis et cultivé,
La modestie forge les hommes, tu devrais le savoir. Ainsi ai-je parlé
lors de ton premier envoi épistolaire.
J'accorde toujours un point d'honneur et une célérité exemplaire à
rendre les tâches que l'on m'assigne dûment remplies. Ces échanges
m'importent tout autant que ces maudits plans que je dois finir sous
peu.
La domination est essentielle dans tout affrontement, me semble-t-il.
Les femmes ont la protection d'Héra et notre considération pour nous
avoir laissés séjourner en leur fort, mais aussi pour nous avoir éduqués
durant les premières années de notre vie.
L'amour entre deux hommes est assez courant, ensuite je pense qu'il y a
deux sortes bien distinctes de gages d'affection. Les déclarations
sincères et émues, «platoniques» comme tu aimes à le dire, et les autres
qui consistent à laisser l'être aimé dominer dans un rapport physique et
viril. L'un peut aller avec l'autre, mais assez rarement cependant.
Les orgies qui suivent les banquets ne sont pas toutes emplies de
lyrismes enchanteurs, de Champs-Élysées divins, d'amour pur et
véritable.
Donner de l'amour à une femme de façon physique, et en exécutant cet
acte sous réserve d'une pulsion bien définie, n'est qu'assouvir le
premier des devoirs conjugaux, si la dite femme se trouve être la nôtre.
Le reste regarde les protagonistes qui se livrent à de telles pratiques;
l'adultère existe et n'est pas nécessairement bien vu. Tout dépend là
aussi de la personne qui est trompée. Un homme n'a généralement aucun
compte à rendre à son épouse s'il passe le plus clair de ses étreintes
avec son maître ou compagnon. Cela découle d'une logique imparable. Il
n'en est pas de même en vos lieux?
L'égalité des sexes? Étrange.
Ma jeunesse? Qu'en dire? Apprentissages, découvertes, perfectionnements.
Alexandre m'a toujours appelé Philalexandros et a toujours pris ma
défense, bien que les rôles fussent inversés par la suite. Il a toujours
été sincère et entier, toujours. Et ce, depuis nos exercices de luttes,
nos échanges de tablettes lors de nos études ou, plus récemment, lorsque
j'ai eu l'honneur d'être nommé comme étant son ombre, son Chiliarque,
qui fut le plus grand des honneurs, la plus belle preuve de confiance,
d'amour et d'abandon.
Je réitère ma pensée, concernant ton Imhotep et te laisse le choix de
tes convictions puisque tu sembles si bien instruit.
Tu possèdes des produits qui favorisent les récoltes? J'en ris, essaie
donc de faire pousser un de ces arbres piquants du sol d'Égypte, ici au
pied des montagnes. Ou alors, ton peuple dépasse réellement mon
entendement.
J'aime votre poésie, lointain Djed, du moins celle de vos auteurs.
J'approuve ton salut et m'incline tout aussi bas devant ta connaissance
qui est, force est de le constater, bien abondante.
Que Déméter t'entende et t'apaise.
Hêphaistíôn Amyntaros, Chiliarque et Général d'Alexandre III de
Macédoine
Salut à toi, Héphaïstion.
Merci encore de ta diligente réponse.
Ici, un homme vivant avec «sa régulière» (la femme avec qui il partage
les joies et les peines de la vie) doit des comptes s'il s'offre des
amusements (au sens que l'entendaient les anciens Égyptiens avec un
autre homme ou une autre femme. Car nous avons en mémoire les règles du
mariage imposées depuis 2000 étés par la religion chrétienne par
exemple, et imposées aussi en principe par la société républicaine.
À propos de république et de l'art de diriger une cité (la politique),
je ne sais plus ce qui dirige ta ville d'Athènes: un Roi? une
république? Nous avons eu un président de la République après avoir
coupé la tête de notre Roi Louis le XVIe en 1789 (nous sommes plus
barbares que vous). Les pouvoirs de l'argent et de la bourgeoisie ont
pris le dessus et une République a été mise en place. C'est bien triste,
le Président administre et préside, mais il ne représente plus un
quelconque symbole.
C'est important les symboles, toi un Ancien, tu dois bien comprendre.
Surtout que nous sommes dans une époque de plus en plus matérialiste. Un
jour ça va péter!
Quant à l'égalité des sexes: ici, la femme peut travailler et conduire
une charrette à l'huile minérale avec des roues en matière molle, alors
que l'homme peut rester dans sa maison pour s'occuper de son enfant. Les
rôles s'échangent quoi. Une femme peut même être à la tête d'un État.
Une femme peut même être dictatrice!
Je trouve que tu as une chance hors du commun d'avoir eu pour ami dès
l'enfance Alexandre. C'est un trésor que je n'ai pas eu. Trésor
d'Alexandre de t'avoir accordé cette confiance et cet abandon dont tu me
parles. Un fait rare sur la Flèche du Temps, mais accordé sur les
coïncidences de ton temps. Ton temps ou un autre, que je crois retrouver
par moments en rêve (comme des Archives collectives se trouvant sur un
plan différent du monde visible). À ce propos, un savant de chez nous a
inventé un appareil pour visualiser le passé. Visualiser, mais pas
modifier; ne t'inquiète pas!
Je retourne à mon époque et m'incline devant toi avec émotion. Bon
cheminement vers la Lumière.
Fait par le Terrien Djed Ramose.
Skirophorion, le second jour du cycle Athénien.
Salut à toi Djed Ramose, éphèbe et terrien.
Je me souviens de ton courrier, de toi. J'ai encore beaucoup de mal à
comprendre vos us et coutumes, je ne sais ce qu'est la religion
chrétienne dont tu parles.
Concernant Athènes, Alexandre l'a soumise avec son père lors des
batailles de Chéronée, mais ensuite, lorsque les pays barbares se sont
soulevés alors qu'il était à présent doté de pouvoir, il a défendu les
Grecs de toute son armée, alors que ceux-ci complotaient encore contre
nous.
Mais à présent, la Grèce et en particulier Athènes sont incluses au même
titre que Babylone dans l'empire d'Alexandre. Elles sont bien sûr
dirigées et maintenues par des gens qu'Alexandre a désignés.
Probablement qu'il subsiste des traces de démocratie en ces terres,
seulement nous avons su voir plus loin que ce simple pourtour et ses
sujets, même si l'armée grecque est puissante.
Des questions et des objections à mon tour. Vous coupez la tête des
rois? Tout d'abord, l'égalité des hommes et des femmes sur le plan
social et à présent vous me parlez que des rois ont eu la tête… coupée?
Par Dionysos, que vous me semblez plus barbares encore!
Chez nous aussi les femmes ont des droits et peuvent travailler... à
moindre mesure cependant; cela me semble nécessaire, où irions-nous sans
mesure?
Il est aussi vrai que nous portons une grande attention aux symboles et
aux signes du destin, tu es bien renseigné. Je me sais assez chanceux
pour avoir gardé son amitié et ce qui en découle. N'as-tu pas d'amis
aussi blessants?
Tu rêves de mon temps? Mon temps n'est pas un rêve. Le tien semble bien
trop étrange en revanche pour que je puisse m'y accommoder, néanmoins si
tu daignais m'expliquer, peut-être.
Un savant a inventé une machine pour visualiser le passé? Qu'est-ce que
cela?
Que les émotions te guident dans tout ce que tu entreprendras et que
Dionysos t'en bénisse.
Hêphaistíôn Amyntaros, Chiliarque et Général d'Alexandre III de
Macédoine.
Salut à toi Héphaïstion,
Merci encore pour le temps que tu consacres à me répondre.
Il y a plusieurs religions de par notre époque; mais j'ai envie de dire,
comme les seigneurs du pays de l'Inde, qu'il n'y a pas de religion
supérieure à la Vérité.
Pour la religion du Christianisme: un seul Dieu, et avec son Fils
Jésus-Christ et ses enseignements sur lesquels se basent ses
pratiquants.
Oui, ici on coupe les têtes. La justice précise que «tout condamné à
mort aura la tête tranchée». Mais depuis quelques années, dans mon pays
qu’est la France, on ne coupe plus les têtes mais on condamne les
criminels à des peines de prison plus ou moins longues en fonction des
délits.
Je ne connais pas la justice de ton pays, mais que faites-vous des
criminels par exemple? Et y a-t-il des éphèbes qui mettent le feu aux
biens d'autrui dans vos quartiers? Dans d'autres pays, on condamne à
mort des criminels, et même des opposants politiques, par pendaison ou
étranglement, par fusillade (sorte de bouche à feu qui lance une
flèche), par injection dans le corps d'un poison mortel, et je te fais
grâce de la liste des autres cruautés!
Ai-je un ami? Non, en ce moment je n'ai vraiment un ami; c'est-à-dire,
un ami dans l'Unité, pas de moitié (a-mi); âme-I: âme dans l'Unité, de
toutes les âmes.
Pour ce qui est du «temps», donc du passé: nous ne savons pas vraiment
ce que l'on appelle «Temps». À la limite, il n'existe que si l'on y
prête attention! Mais ce qui se déroule «apparemment» dans un sens doit
bien être: vibratoire, trinitaire et se mouvant par »paquets»
énergétiques...
Permets-moi de me retirer. Je m'incline devant toi.
Fait par le Terrien Djed Ramose.
Skirophorion, le sixième jour du cycle athénien
Djed,
Le temps, j’en manque par ces instants sombres. Ma réponse se fera donc
courte pour cette fois, mais renouvelée si toutefois tu daignes
poursuivre cette correspondance.
Je ne comprends pas ta religion, ton dieu unique et ce Christ dont tu
parles, alors je ne me formaliserai pas sur des détails; ici on coupe
les langues, on exécute à la lance ou au glaive, pas de décapitation
officielle comme de ton côté. La prison, nous l’utilisons aussi, mais
seulement lorsque cela est un délit mineur ou une attente de peine plus
lourde; ce n’est pas un châtiment en soi, sauf dans des cas très rares.
Non, ici personne ne met le feu à rien, et quiconque est pris en
flagrant délit de vandalisme peut être exécuté sur-le-champ.
Garde tes amis dans ce cas. Et ils te garderont.
Hêphaistíôn Amyntaros, Chiliarque et Général d’Alexandre III de
Macédoine. |