Philippe
écrit à

Héphaïstion
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Salut Général, Cher Philippe, qui porte le nom du père de mon
aimé,
J'ai eu beau relire tes écrits plusieurs fois, je n'en saisis pas toujours le sens. Je souris en relisant ton récit sur Betis, me rappelant à quel point il était fier, mais tel le dresseur de chevaux de Troie il n'a pas ri bien longtemps. Mais je suis perdu lorsqu'il s'agit d'Américains, de Napoléon et de je ne sais plus qui encore. Vraiment. Dis-m'en plus! Qu'ont-ils accompli de si horrible à tes yeux? Alexandre me semble au-dessus d'eux. Nous avons le sens de l'honneur et de la gloire, eux s'ils font la guerre en oubliant pourquoi, alors ils me semblent bien démunis, au fond. Ah! Que je suis avide de savoir maintenant. Dis-moi tout, mon ami, dis-moi tout. Hêphaistíôn Amyntaros, Chiliarque et Général d'Alexandre III de Macédoine Salut mon Général, Tiens, je ne pensais pas que tu répondrais... Bravo, je sais que tu as tout compris car en effet tous les maniaques que j'ai nommés sont déjà depuis un certain temps avec toi en enfer!Peut-être au paradis? En tout état de cause, je suis certain que Zeus vous a fait une «explication des peintures» à votre arrivée de l'autre côté du Styx! Peut-être crois-tu qu'Alexandre était différent des autres, permets-moi d'en douter, tout n'est qu'une question de moyens! Notre dernière guerre a fait plus de cinquante millions de morts, il est certain que la prochaine risque fort de détruire l'humanité. Et pourtant l'homme est toujours le même, tous ont l'esprit d'Alexandre (qui lui s'identifiait à Achille), d'ailleurs, ils se prennent souvent comme modèle l'un l'autre, sauf peut-être pour le dénommé Hitler qui lui était tellement à la masse que personne n'oserait vraiment s'identifier à lui, bien que... En tout cas Alexandre revient souvent dans les références de ces malades d'orgueil. Pourtant, à l'encontre des autres qui pour la plupart étaient ploucs et fils de ploucs, Alexandre était Prince de sang, éduqué par des précepteurs de premier choix comme Aristote, comment n'a t-il pas été plus éclairé, plus sage? De son empire il n'est rien resté, même ses propres hommes ne le suivaient plus... Mais... il était jeune, il était beau, il sentait bon le sable chaud... Alors tu lui pardonnes tout, tu es même prêt à le suivre jusqu'en enfer! mais sais-tu seulement ce que c'est l'enfer? Pitoyable vie humaine, pitoyable Alexandre qui s'est pris pour un Dieu, pitoyable de toi qui se prend pour l'ami d'un Dieu. Plus tard, bien plus tard est venu un Homme, vrai Roi, vrai fils du vrai Dieu... Il a spontanément donné sa vie en échange de la nôtre, il est mort, sans gloire et sans honneur, crucifié pour le salut de l'humanité, celui-là est Amour et digne d'amour. Bien Amicalement, Philippe (et je n'ai rien à voir avec ce débauché qui servait de père à ton copain). Cet autre, Qui est l'imbécile qui t'a dicté tant de mauvais mots? Bon sang, ta lettre est une ignominie, tu y dis n'importe quoi et sans aucune justification! Je t'avais demandé d'être clair; tu n'as fait qu'obscurcir ma vision de ton monde. Je ne suis pas mort, si je puis te répondre, et celà -quelle que soit l'époque- me semble aller de soi. Alexandre est différent, je le suis, et tu l'es, de par tes bêtises, de par mon honneur, de par sa gloire. J'ai bien compris à quel point tu sembles haïr cet Hitler, sûrement alors que c'était un homme bien, vu le portrait que tu m'en fais, vu de la façon dont tu parles de Mon seigneur, vu de quel culot tu t'imprègnes pour me tenir ces propos. Il est jeune, beau, sent le sable chaud et la chair, mais que peux-tu comprendre à celà? Suivre le rêve d'autres pour donner un sens à sa propre destinée? Pitoyable de toi qui t'avance dans l'ignorance de ma culture, pitoyable de ceux qui t'ont élevé à ce rang d'ignare, pitoyables tes dieux et seigneurs modestes si bons qu'ils diffèrent des nôtres, de Zeux Amon et pitoyable de vos guerres sans but et sans honneur. Tu ne sais rien de l'amour, alors. Peut-être. Et finalement, oui, tu n'es plus même digne de me saluer, ou de porter le nom de celui qui fût grand avant d'autres. Qu'Hadès t'accueille dans les honneurs malgré tout. Hephaistion, empli d'amour, d'honneur, de gloire et de sang. Que de hargne! Le naturel revient au galop... Il n'y a pourtant aucune haine dans mes propos, un simple constat de l'enfer que des gens comme toi (et comme moi si je me laissais aller) peuvent créer pour les autres! Mais tu ne veux pas savoir. Tu me dis que j'ignore ta culture, mais ta culture n'est en rien différente de la mienne, vos philosophes avaient déjà établi toutes les vérités, car la vérité est une et immuable, c'est pourquoi je t'ai parlé d'Aristote. Mais tu préfères éviter le sujet. L'assassinat de Callisthène est éloquent! Belle réponse au dévouement et à l'enseignement du maître, et quel maître? Belle lignée: Platon, Aristote... et le chaos. Voilà mon ami -car en tant qu'homme tu restes mon ami- la sagesse est connue, elle a été découverte et enseignée depuis la nuit des temps, mais les hommes la rejettent, c'est notre damnation. "Héphaïstion, empli d'amour de gloire et de sang"! Beau programme pour nos enfants! Echec et mat l'enseignement des maîtres, la sagesse et l'espoir pour l'humanité. Adieu général. Philippe Philippe le Fier, Alors tu n'as vraiment rien compris. Je te laisse à tes douces paroles, à ton dieu d'amour et à tes fantaisies. Ne m'importune plus avec tes missives contraignantes et tes phrases cinglantes. Hephaïstion |