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Noble Héphaïstion,
Depuis de très nombreux jours, il me semble même
l'éternité entière, j'ai attendu ton retour.
Je voudrais d'abord te dire
que ton histoire, votre histoire à toi et ton Alexandre, me passionne.
Je
suis une jeune fille amoureuse de l'une de ses amies! Ce n'est pas un amour
banal, mais tellement plus que cela. Seulement, ma tendre amie ne veut pas
affronter le reste du monde et préfère me cacher, se montrant en public aux bras
d'un homme. Elle dit l'aimer aussi, mais me préférer à lui.
Si je
t'écris, c'est parce que je suis désespérée; je songe même à me donner la mort.
Je n'arrive plus à croire en l'amour, qui devrait être la plus belle des choses
au monde. Je ne prétends pas affirmer que ce que tu as vécu avec Alexandre était
similaire à ma situation. Je t'en prie, Héphaïstion, guide-moi, console-moi.
Redonne-moi espoir et foi.
Je te demande beaucoup, je m'en excuse, je ne
veux pas t'importuner.
Où es-tu à présent? Je prie pour qu'Alexandre
demeure à tes côtés. Je regrette de ne pas avoir vécu à votre époque. Dans notre
monde actuel, les valeurs se perdent, tout paraît s'effondrer
doucement.
Déchéance.
Au revoir Héphaïstion, j'attendrai fidèlement ta
réponse. Prends soin de toi!
Anaëlle
Tendre Anaëlle,
Mon retour épistolaire n'a d'égal que la gloire que tu me
confères; ainsi, j'espère m'en montrer digne.
Je n'ai pas reçu de missive
aussi douce depuis si longtemps! Je ressens un peu de ton chagrin. Est-ce aussi
cette frustration indicible dont tu me parles?
Il est souvent question de
passion envers les actes de mes généraux, de mon seigneur. Est-ce là de la
flagornerie vis-à-vis de nos stratégies, ou est-ce qu'il s'agit simplement de
notre fabuleuse émulation, de ses reins de folie douce, de mes lèvres de
brasiers?
Tu parles d'amour. N'oublie pas la loyauté, sans laquelle
l'amour n'est rien. Je sais que tu daignes m'écrire de très loin, que ton époque
reste sensiblement différente de la mienne; on m'a déjà parlé d'armes divines,
de flèches enflammées, de courroux sans précédent, mais au final, les mœurs du
cœur restent similaires. Ici, de grands notables rechignent à assumer leur amour
des jeunes garçons en épousant des femmes hideuses et sorcières. Un de mes
précepteurs dédiait une attention toute particulière à mes cuisses. Simplement
ça. Je ne pouvais me passer de son savoir, et l'avoir à mes côtés restait un
vrai privilège. Aussi, j'ai intimé à cet homme d'épouser une jeune et ardente
macédonienne afin de conserver toute sa sagesse. Il y consentit en gardant le
plaisir coupable de venir proposer ses enseignements après l'aube, où ma tenue
restait encore légère. Y trouves-tu un sens?
Ton amie reste sensible aux
attentions des autres. Elle se cherche peut-être encore, et si ses sentiments à
ton égard demeurent intacts il n'y aucun doute sur la suite qui sera donnée à
tout ceci. Elle affrontera les lapidations comme les couronnes de baies de
sucre, et il ne sera, entre vous, question que d'harmonie. Voila tout ce que je
te souhaite. Votre jeune âge reste peut-être un obstacle dans cette entreprise,
et je ne saurais dicter de directives qui ne paraîtraient pas guerrières aux
yeux d'une douce jeune femme telle que toi. Accepte donc ma réserve sans
condition. Prends toute mon affection et mon soutien. Se donner la mort reste un
affront, bien au-delà de la désertion ou des corruptions criminelles! Tu ne dois
pas te livrer à de telles pratiques, ma belle. Il te faut au plus vite trouver
un temple où louer la sublime mère d'Eros. Elle saura.
Je veux être à tes
côtés, comme je suis aux côtés de chacun de mes hommes, de chaque phalange, de
chaque cavalier. Vois aussi loin que tu le peux. Et si cela t'est possible,
bats-toi sans arme.
Je te reste fidèle, Anaëlle. Pardonne l'écriture
tremblante. Garde tout avant qu'il ne reste que des cendres et des souvenirs
d'un général aux doigts pâles et moites, encore alité sur ce qui sera
probablement le lit de son dernier repos, au sein d'Ecbatane.
Héphaïstion
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