Julie
écrit à

Héphaïstion
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Je te salue, noble et puissant Héphaïstíon. Tendre Julie, que je salue tout aussi humblement, Salut à toi, Honorable Seigneur. Ta réponse à ma missive m'a fait un grand plaisir, je n'en attendais pas moins de toi. Je n'arrive toujours pas à expliquer aux gens de mon monde, surtout aux enfants, pourquoi il existe tant de guerres et de haine entre les peuples. Tu as raison lorsque tu décris les armes que nous utilisons. La guerre ne comporte plus rien de glorieux, elle ne comporte même plus ce sentiment étrange que l'on ressent avant la bataille et qu'il est souvent impossible de décrire sans l'avoir vécu. J'ai combattu moi aussi, sans armes, pour survivre dans ce monde cruel. Ce monde n'est pas le tien, et je me languis de ton monde qui était, même en temps de guerre, si beau et dont l'architecture et les paysages me surprennent encore sans cesse. Je les revois souvent dans mes rêves, comme tant de terres que j'ai sans doute connues jadis. Même si la curiosité te poussait à voir cela de tes propres yeux, je crains fort que tu n'en sois que terrifié. Pardonne-moi, grand Seigneur, de douter de ton courage. Les forêts ont été détruites par la main de l'homme, qui torture même ses animaux pour s'en nourrir. Le monde est plein de ces gens qui tuent leur prochain sans raison, des hommes qui se font traîtres à leur sang. Comme j'envie la description que tu m'as faite... Cette maison en bord des lacs... Parles-tu de ton unique amour lorsque tu évoques les moments passés sur le balcon? N'ais-je donc pas une place dans ton coeur? Par Dionysos, j'aurais aimé me battre moi aussi rien que pour être à tes côtés dans ces moments d'exaltation! J'aurais tenu l'épée comme un homme, lancé le javelot sans doute plus loin que nulle autre, et décoché des flèches volant haut dans le ciel et touchant mes ennemis en plein coeur, car je me serais sentie en sécurité chevauchant à tes côtés... Les dernières nouvelles de ta missive m'inquiètent énormément. L'armée souffre-t-elle de la faim, de la fatigue, est-elle lasse de marcher vers d'autres contrées? Qu'importe de perdre l'armée, mais pas toi! Non, par les dieux, puissent-ils te permettre de rentrer sain et sauf. Je ne sais comment je pourrais continuer ma quête sans toi, devenu le seul correspondant qu'il m'ait été donné d'avoir. Pardonne-moi de m'exprimer avec tant de zèle, mais je crains pour toi. Ne doute jamais que la caresse qui te procure un peu de réconfort provient de ton aimé, mais il se peut qu'à celle-ci s'ajoute ma douce main, accompagnant mon regard tendre, parfois même mes lèvres qui te murmurent: «N'abandonne pas...» Oui lutter, c'est tout ce qu'il nous reste. J'ai déjà du affronter la mort, j'en connais les traits, mais j'ai combattu et je suis là aujourd'hui à m'enquérir de tes nouvelles. J'ai également peur de tes hommes, je vois le mal derrière chaque visage, et j'ai peur que de mauvaises gens te veuillent du tord. Fais attention à toi, je t'en prie. Tu dois me trouver très égoïste, mais les raisons de mon inquiétude me dépassent parfois. Je pense simplement que je te voue une admiration sans limite. En moi, tu pourras toujours avoir confiance. Ceci est une promesse. Je me trouve actuellement dans ma maison, qui n'a rien de luxueux mais qui est tellement confortable. Je n'ai besoin de rien de plus, la richesse ne m'intéresse nullement. La pluie n'a cessé de tomber ces derniers jours et je dois avouer que ma santé n'a rien à envier à la tienne. Tu ne quittes pas mes pensées, et je prie les dieux pour qu'ils t'accordent ce que tu désires le plus. Serais-tu jaloux si je te demandais d'embrasser Alexandre de ma part? Que les dieux te protègent, mon tendre Héphaïstion. Julie Je te salue, tendre Julie. Pardonne-moi de ne point me courber. Je comprends tes pensées sur la guerre. J'ai bien du mal à les transposer dans ma réalité. Mais de tout temps, les hommes ont eu une attitude cruelle et belliqueuse. Cela, je le sais. Mon courage, tu en parles. Il est amoindri, ma douce, la moindre salamandre ou mouche m'inspirent la crainte à présent. Tu parles sagement, Julie. L'amour que tu me portes est juste. Je suis touché par tes écrits. J'ai protégé quiquonque s'est battu en toute conscience à mes côtés. L'armée souffre. Elle a mal et faim. Nous ne pouvons pas donner de nouvelles ou en recevoir. La famille de mes homme leur manque. Et comme je les comprends. Les dieux m'entendent. Et je ne leur demande plus de me laisser remarcher ou revoir Babylone. Je veux simplement voir et sentir les blés de Champs-Élysées! Je ne veux plus souffrir de respirer. Ecbatane sera mon tombeau. Aussi sûrement que mes yeux sont clairs et humides. Garde l'amour et la santé. Ne fais jamais la guerre. Reste sage. Je voudrais te sourire pours les jolis mots que je t'ai entendus prononcer. À m'en fendre les joues. Prends ma tendresse et j'embrasse mon roi. Héphaïstion |