Pourquoi y a-t-il quelque chose? |
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| Monsieur Heidegger, Vous vous êtes déjà posé la question "pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?". Où en êtes-vous avec la réponse, si réponse il y a. J'aimerais bien pourtant que vous ayez une piste ou un élément de réponse à cette effrayante question, car elle me dérange même si elle ne me désespère pas. Je voudrais revenir aussi sur mon premier billet où je vous disais que je vous considérais comme un grand humaniste doublé d'un mystique, cela n'avait rien d'obséquieux. Humaniste, parce que pour moi être philosophe c'est aimer le genre humain (cela n'a rien à voir avec une tendance parfois misanthrope de certains, cela est un trait de caractère particulier et qui n'a que peu à voir avec l'universel de la philosophie). Grand humaniste parce que votre pensée est vertigineuse. Mystique, parce que vous croyez à l'ouverture risquée jusqu'à l'abîme et au miracle. Je trouve exceptionnel cette possibilité de pouvoir m'entretenir avec vous. Je vous laisse à vos travaux. Hélène Bergeron |
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| Madame Bergeron, Je vous répondrai brièvement car vos questions ont déjà leur réponse dans mes écrits postérieurs et la mienne ne sera que d'une certaine manière un aiguillon, un indicateur ö le bon chemin. «Pourquoi il y a plutôt quelque chose que rien?» Comme vous devez le savoir cette question n'est pas de moi. Elle a été posée par Leibniz dans le 7ème article des "Principes de la nature et de la grâce fondés en raison". J'ai abordé cette question de la manière la plus simple, c'est-à-dire la plus rigoureuse. Cette vertigineuse question est avant tout un présupposé: il y a quelque chose. Le rien n'existe pas. Il faut interroger ce présupposé et c'est là que commence mon travail. Je vous renvoie au texte: «Qu'est-ce que la métaphysique?». Où je donne tous les éléments nécessaire à la compréhension de ce problème. Pour le reste, j'aimerais clarifier certains points: 1) Pour la question de l'humanisme, j'ai déjà eu l'occasion de répondre* sur ce qui fondait ma philosophie [ma pensée] contre ce genre de métaphysique de l'homme qu'est l'humanisme et son annexion à une conception qui voudrait en tirer un essence. D'ailleurs, vous me parlez de "genre humain"? Cette chose m'est totalement étrangère. Relisez le §10 de SuZ. Si je parle de "Dasein" hors de toutes astreintes psychologiques, biologiques et anthropologiques, c'est bien pour permettre une approche non-métaphysique de notre ek-sistence et pas pour nous ramener à des critères métaphysiques éculés. 2) Je n'aime pas votre mot de miracle. Il ne me semble pas convenir à ce que j'ai tenté de penser sous le nom plus juste d'Ereignis (Avènement/Événement). On a fait de moi un théologien alors que depuis mes premiers écrits j'ai tenté de soumettre l'Être à autre chose qu'un questionnement mystique ou religieux. Il faut croire que dès que l'on touche à une logique négative, l'on nous place immédiatement sous celle de la théologie négative ö triste analogie. Cordialement, M. Heidegger * "La lettre sur l'Humanisme" |