Croire pour comprendre...
       
       
         
         

mmmb@aei.ca

      Je suis toujours intimidé quand il m'arrive de pouvoir converser avec des êtres pleins de mots comme vous. Je ne vous connais que depuis peu, ayant à connaître les fondements de votre pensée pour un travail universitaire. Je ne vous connais donc que très superficiellement et par d'autres auteurs que vous ne connaissez pas...

J'ai deux questions: votre herméneutique me semble tout à fait appropriée pour les temps présents, ou le rapport au vrai a changé devant la fin des métarécits et la diversité des valeurs et croyances religieuses dans un Québec de plus en plus laïc. Croyez-vous que votre herméneutique, dans ses bases, ouvrant sur la finitude de l'être peut s'enseigner à des jeunes du secondaire souvent troublés dans le vaste marché des visions du monde? Ne serait-elle pas une aide précieuse menant vers un vivre-ensemble adapté à notre contemporanéité?

Vous qui avez donné un nouveau sens au cercle herméneutique, en le situant au coeur de toute entreprise du comprendre, croyez-vous que c'est en changeant notre regard sur le monde que le monde peut changer?

Merci,

Martin Dubreuil
         
         

Martin Heidegger

     

Monsieur Dubreuil,

Vos questions, des plus intéressantes, vont bien au-delà de ce que j’ai cherché à fonder. Néanmoins, il me vient à l’esprit quelques intuitions qui pourront aider à l’avancement de votre recherche.

Certes, ce n’est pas une vision du monde, ni un courant de philosophie qui est enseigné dans mes livres. Mais plutôt la recherche d’un chemin permettant de saisir les choses telles qu’elles sont. L’herméneutique se situe à ce niveau. Elle aborde les choses telles qu’elles sont et recherche comment il faut les aborder à partir de leurs modes de manifestation.

Ce souci de vérité doit être enseigné aux jeunes, surtout dans le contexte que vous me décrivez, où les visions du monde se multiplient, où les politiciens sont toujours de meilleurs sophistes. Nous donnons aux enfants beaucoup de choses à voir. Nous leur montrons souvent ce que nous voulons qu’ils voient. Il s’ensuit qu’ils ne voient plus les choses telles qu’elles se montrent, mais plutôt telles que les adultes les leur font voir. Si j’enseignais la philosophie aux enfants, je leur ferais comprendre cela, puis, je leur apprendrais à s’interroger sur les choses de manière à rechercher la vérité propre à ces choses.

Finalement, vous demandez si le fait de changer son regard sur le monde peut changer le monde. Qu’est-ce que le monde? S’agit de l’ensemble des hommes? Ou est-ce la totalité des choses qui se montrent à l’homme? La réponse à votre question prend différentes directions, tant que le concept de monde n’est pas précisé. Je vous prierais donc de le spécifier avant que je ne réponde.

Bien à vous,

Martin Heidegger