| Lettre d'acceptation de Martin Heidegger à l'Éditeur |
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| Cher, Très cher Monsieur Dumontais, Ce n'est pas sans certaines hésitations que j'accepte de reprendre le dialogue avec vous et vos contemporains là où nous l'avions laissé la dernière fois. En effet, lors de mon dernier séjour, j'ai été stupéfait de constater que le tapage suscité par mes engagements administratifs de 1933 ne s'était point encore estompé. Tout cela a, je dois dire, pris des proportions fort embarrassantes... Comprenez, cher ami: je suis las. Depuis ces pénibles interrogatoires de la commission d'épuration, jusqu'à cet entretien avec le Spiegel, on n'a eu de cesse de faire mon procès. Je vous prierais donc de bien vouloir ne plus me faire parvenir de questions ou de commentaires y faisant (explicitement ou implicitement) référence. Sachez, enfin, que cette requête n'est pas la complainte d'un homme mal compris: elle trahit bien plutôt ce que je tiens pour être une difficulté essentielle à tout effort de compréhension. Que ce qui est le plus proche puisse aussi être le plus loin; que le simple ne soit jamais le mieux compris - c'est là quelque chose que j'ai toujours pressenti. Mais qu'un chemin de pensée puisse préparer son propre dévoiement sans l'assurance qu'il s'agisse de son dévoiement le plus propre (Kehre) - cela demande à être médité. Pour le reste, selon le mot de Kleist, je m'en remets à vos correspondants: «Je m'efface devant quelqu'un qui n'est pas encore là et je m'incline à un millénaire de distance devant son esprit». En pensant amicalement à vous, Vôtre, Martin Heidegger |
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