Laure
écrit à

Harpagon
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Bonsoir Harpagon! Dame Laure, Comment diantre puissiez-vous parler d'avarice à mon sujet? Vous voilà bien coquine et effrontée! Harpagon! Avare? C'est une calomnie éhontée à laquelle je ne saurais me ranger! Dieu me préserve d'un tel vice! Quelle avarice mon comportement pourrait-il montrer? Dame! Si j'achète des aiguillettes, c'est pour éviter les dépenses superflues en rubans et autres coquetteries à la mode! Si je garde précieusement mes habits qui me servirent du temps de notre roi Henri IV, c'est que la mode n'a pas tant changé depuis une cinquantaine d'années! Si je demande à mes valets de ne point frotter trop fort les meubles, c'est pour préserver leur patine et éviter d'abîmer un patrimoine de valeur! Si je demande à ma cuisinière Dame Claude de préparer dix repas pour douze convives, c'est par souci d'économie de nourriture! Je ne puis supporter la vue de quelque indigent sans réduire moi-même le contenu de mon assiette! Et si je veux marier ma fille Élise sans dot, c'est uniquement dans le souci d'éveiller chez son prétendant un sentiment d'amour et non de cupidité! Combien de demoiselles sont épousées dans l'unique but d'obtenir la fortune d'un père? Je ne suis qu'un pauvre barbon désargenté, et les frêles réductions de dépenses que je puis réaliser ne servent qu'à entretenir mon logis et le personnel qui s'y trouve. D'ailleurs, Maître Jacques se plaint-il d'occuper à la fois la place de cocher et de cuisinier? Ne se sent-il point digne de l'honneur que je lui fais en lui confiant deux tâches? Voyez, dame Laure, que les habitudes de la maisonnée ne sont motivées que par le souci de soigner au mieux chaque personne qui s'y trouve! Harpagon |