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G. Lison 
écrit à
Harpagon
Harpagon


Fascination de l'argent


    Cher Monsieur Harpagon,

Je vous écris pour vous faire part de mon émotion face à l’ignoble préjudice dont vous êtes victime. Ce vol est une perte effroyable et sachez bien que je partage votre douleur. Si Dieu existe, il vous rendra justice et fortune.

Avoir de l’argent, sentir cette richesse qui vous place au-dessus du vulgaire représente une merveilleuse sensation de confort et de bien-être. Nous voyons de partout de ces fous qui imaginent vivre d’amour et d’eau fraîche et méprisent l’argent. Tous finissent dans la misère et la prostitution et c’est bien fait pour eux.

Je vous prête le bonjour.

Amicalement,

G. Lison



Sieur Lison,

Des enragés de votre espèce ne méritent point qu'on leur prête le bonjour!

Comment diantre pouvez-vous profiter de la faiblesse d'un indigent? Traître!

Vous voici envoyé par mon pendard de fils afin de me raisonner, je le vois bien! J'enrage que des coquins jouent une telle comédie céans! Je vous empêcherai bien de jaser et d'être insolent! Ce chien de boiteux-là fait le raisonneur mais Marianne n'épousera point quelqu'un d'autre que moi! Ah! Traître! Votre compassion n'a d'autre dessein que celui de me voler davantage que je ne le suis déjà, et il y a quelque mystère là-dessous que je saurai débusquer!

Monsieur le Commissaire, que j'ai mandé dans l'heure, donnera la question à toute la maison! À servantes, à valets, à fils et à fille! Croyez-moi, votre crime ne sera point impuni, et vous serez pendu avant qu'il soit huit heures! Vrai gibier de potence! A-t-on déjà vu un enragé de la sorte porter des égards sournois à un barbon désargenté?

Ah! Traître! Dieu me rendra justice et fortune! Son index saura damner votre âme afin de racheter vos péchés! Il me rendra mon or, mon unique consolation dans ce bas monde où même les enfants n'ont d'autre dessein que celui de dilapider leur père! On m'a dépossédé de mon bien, et c'est à nu que je parle à présent! Ce bien que je caressais, que je comptais, ces dix mille écus trébuchants, ces louis flamboyants, ces pistoles résonnantes, que ferai-je pour les trouver?

Je vous maudis par tous les diables!

Harpagon
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