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Monsieur,
Auriez-vous la gentillesse de nous décrire votre cassette? En
effet, depuis environ trois-cent-cinquante ans que nous en entendons parler,
aucune description ne nous en est encore parvenue! Peut-être finirons-nous un
jour par la retrouver...
Avec mes respects,
Laurence
Dame Laurence,
Comment? J'enrage! On parle dans ma maison de celui qui
m'a dérobé! Qui diable a pu faire courir le bruit que j'avais chez moi de
l'argent caché? Quel pendard de valet a dévoilé l'affaire? Vous semblez fort
intéressée par mon bien, et je vous soupçonne d'être impliquée dans la
disparition de mon cher ami. Ne vous ai-je point vu rôder dans mon jardin ces
jours-ci? N'avez-vous point questionné servantes et valets dans les
cuisines?
Coquine! Vous souhaitez que je vous donne des indications à
propos de ma cassette? Croyez-vous vraiment que je sois devenu fou au point de
vous offrir le moyen de voler le pauvre vieillard que je suis? Si d'aventure
vous eûtes aperçu ma cassette, décrivez-la un peu, que je voie si c'est la
mienne. Comment est-elle faite? De quelle couleur est-elle? Je ne puis vous
aider, vous seriez fort capable de me dilapider. D'ailleurs, peut-être vous
jouez vous de moi en ce moment! Traîtresse! Rendez-moi ce que vous m'avez pris!
Sans mon argent, je n'ai plus que faire au monde.
Mon esprit est troublé.
Je vous accuse comme je m'accuse moi-même. Donnez-moi, sans vous prier, les
informations qui vous sont parvenues concernant mon argent. Je tremble à l'idée
que mon bien soit perdu à jamais, et je prendrai toute l'aide que vous me
donnerez, mais ne comptez pas sur moi pour vous la rendre! Mais si vous avez
voulu me leurrer, mon bâton saura vous montrer de quelle manière j'abhorre le
mensonge et la trahison!
À bon entendeur,
Harpagon
Monsieur,
Vous voler, moi! Que nenni! Vous vous méprenez, que diantre! Je
souhaitais tout simplement vous aider! Vous semblez si malheureux sans votre
cassette! C'est comme si vous étiez dénué de tout, comme si vous aviez perdu la
douce Élise, votre fille, ou votre fils, le valeureux Cléante. Et je me demande
ce qui vous affecterait le plus: la perte de l'un de vos enfants ou celle de
votre fortune?
Certes, je suis au courant de la perte de votre trésor,
puisque vous en avez averti l'éditrice et les lecteurs de Dialogus dans votre
lettre d'acceptation. Mais ne l'ayant jamais vue auparavant, je serais bien en
peine de vous la décrire... Ce qui me complique la tâche pour tenter de vous la
retrouver!
Je vous souhaite bon courage pour vos
recherches,
Laurence
Dame Laurence,
Vous faites la raisonneuse! Vous voilà bien impertinente!
Est-ce là le rôle d’une femme de se mêler des affaires et des sentiments d’un
barbon démuni de tout? N’avez-vous point votre place en cuisine, aux côtés de
Dame Claude, ma servante? Vous n’êtes que des intrigantes et des commères,
toutes autant que vous êtes! Sans votre dot ou vos charmes diaboliques, votre
intérêt serait inférieur à celui que nous accordons aux chevaux!
Je ne
vous apprendrai nullement que les enfants se remplacent, Dame Laurence, pas
l’argent… Je soupçonne d’ailleurs Elise et Cléante de comploter derrière mon
dos, mais ce n’est pas là l’affaire qui nous préoccupe. Serais-je affecté par la
perte de mes enfants? Ma foi oui, puisque je ne pourrais les marier sans dot à
de grands seigneurs. Ce serait une perte considérable, une affreuse déconvenue,
une maudite guigne!
Ah! Coquine! Ton désintéressement me paraît
suspect! Tu voudrais m’apporter une aide dénuée d’un intérêt quelconque pour mon
bien? Sans doute n’as-tu pas reconnu le bâton que je tiens près de moi! Je
n’hésiterai pas à rosser les pendards qui tenteront de me dérober mon trésor. Je
puis cependant vous accorder ceci: ma cassette est petite et grise; sans doute
est-elle encore recouverte de terre puisqu’on l’a déterrée de mon jardin
aujourd’hui même… Quant à son contenu… si vous vous avisez de l’ouvrir, gare au
courroux d’Harpagon!
Et cessez cette fourbe complaisance à mon égard,
elle m’insupporte! La peste soit des femmes et de leur maudite
raison!
Harpagon
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