Lettre d'acceptation
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Madame l'éditrice, Rendez-moi mon argent, coquine! Je sais que vous me l’avez pris! Sinon pourquoi m’auriez-vous contacté? Ou bien seriez-vous informée de quelque crime intolérable que vous vous refusez à m’avouer? Pendarde, je vous rosserai si vous ne m’éclairez point! Le bâton que voilà saura vous faire parler, traîtresse! Voilà que je viens de remuer toute la maison car on m’a dérobé ma cassette sans laquelle je me meurs… Si de bonnes âmes daignent m’aider à retrouver cet enfant que je chéris plus que tout, cet argent qui est ma seule consolation dans ce bas monde, avant que je ne trépasse, alors je serai prêt à leur répondre. Mais il est hors de question que je leur donne mon bonjour, que je leur donne raison, que je leur donne ma sympathie ou même ma confiance, car Harpagon ne donne rien. Tout juste veut-il bien prêter son bonjour de temps à autres… Mais attendez, comment être certain que mes lecteurs seront fiables et honnêtes pour que je leur confie mon triste sort? Je n’accorde ma confiance à personne, et je vais parfois jusqu’à me soupçonner moi-même. Ne cherchez point à me voler, car si vous tentez honteusement de profiter d’un pauvre barbon désargenté comme moi, Monsieur le Commissaire que j’ai mandé céans saura rendre justice… Mes soupçons se portent sur tous, mes valets, mon cocher, mon fils Cléante, ma fille Élise, l’éditrice, les lecteurs… et tous caresseront la corde -achetée d’occasion- si je ne retrouve tout le bien que l’on m’a dérobé… Assurément, pendarde d’éditrice, vous ignorez qui m’a volé? Je vous en prie, rendez-le moi sans vous fouiller…mon pauvre argent… mon cher ami… on m’a privé de toi… Justice, juste ciel ! Je suis perdu… Je suis assassiné… Harpagon |