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Sacha Guitry

     
   

Tu n'aimes pas le tu, Sacha?

    Salut Sacha, je sais que tu n'aimes pas le tu (le tu tue, comme tu l'as joliment écrit quelque part... non?) Alors j'y vais de bon coeur, tu vas bien, toi?...

Dans la réponse que tu fais à Flore qui te félicite pour ton «si Versailles...», tu réponds comme un crétin, allais-je dire, oh! tu ne m'en voudras pas, car tu l'es un petit peu, allez! tu réponds donc, que tu as voulu évoquer la présence dans le château de divers personnages dont... Pascal!... Attends, holà!... Blaise Pascal?...tu te goures, bonhomme!... Le quidam a trépassé l'année même où le 14ème Louis a décidé le début des travaux d'agrandissement du pavillon de chasse de son papa,1662... t'es pourtant quand même pas nul à ce point, mec?

Tu es un brave type quand même, toi, le faux aristo à la bouche en cul de poule... Mais il est une chose qui m'agace, chez vous, cher ami, qui m'horripile, devrais-je préciser, c'est cette manie que vous avez de mettre en scène des... domestiques!...Ah! qu'est ce que tu ferais sans cette valetaille, Chacha? les amours ancillaires, ouais avec les boniches si tu préfères, les chauffeurs en livrée blanche bien boutonnée, casquette à la main attendant les ordres pour conduire Mossieur à Biarritz ou à Juan, on emmène la femme de chambre, naturellement... tu parles des larbins comme s'il s'agissait d'objets, de meubles, d'esclaves, quoi!...

Les riches avec leurs millions, leurs pavillons à décorer, leurs mariages plus ou moins ratés, leurs affaires plus ou moins florissantes, et les pauvres avec leurs maigres gages, leur escalier de service et leur résignation bornée, ainsi se résume ta conception du monde, triste et affligeante, et, bien entendu, tu ne seras d'accord ni sur le fond ni sur la forme...



Monsieur,

Souffrez que je vous vouvoie, j'y prends un malin plaisir, votre outrecuidance s'amuserait follement du moindre tutoiement alors... Je dois le dire, vous me ravissez. Oh, non pas que votre style soit inoubliable (encore que, lorsqu'on vous écorche les oreilles ou les yeux, ça laisse un désagréable souvenir), non pas que vos propos aient la moindre profondeur (ils donnent soit le vertige, mais à part la profondeur que nous avons exclue, le vide le donne lui aussi), non qu'ils m'énervent ou m'agacent (ce serait leur accorder un bien grand intérêt), non, vos propos me ravissent car ils apportent une preuve supplémentaire de la suffisance de l'être humain quelle que soit sa bassesse et sa vilenie, et là-dessus, cher corbeau, car votre lâcheté va même jusqu'à omettre de signer votre prose, oui, là-dessus, vous êtes un maître. Je m'en explique.

Vous faites semblant de ne pas connaître la licence poétique qui me permettrait même de mettre en scène Pascal sur la Lune entouré de Sélénites éméchés. Mais non, il vous faut un historien, alors allons-y, les travaux à Versailles pour son agrandissement commencent en 1661 et, au risque de vous décevoir, Pascal à cette date n'était pas sous la terre mais aurait pu manier la pioche. Alors, même sans licence poétique, je peux le faire pénétrer dans Versailles et par la grande porte en plus, cher corvidé.

Mais laissons là ces querelles, je vous vois vous pourlécher car ceci n'est qu'une mise en bouche en effet, vous le savez, j'ai déjà pratiqué l'art de la discussion avec plus retors que vous alors, cette façon d'essayer de me dévaloriser aux yeux des lecteurs, car vous écrivez surtout pour eux plus que pour moi, votre besoin de reconnaissance, votre ego est surdimensionné, mon ami, cette manoeuvre, disais-je, tient de la manipulation; souffrez donc que je la désamorce.

La pièce de résistance, si je puis dire, est votre charge sur la mise en scène de domestiques que vous appelez, excusez-moi du peu, larbins. Alors là, les bras m'en tombent! Sachez, cher Corvus corax, que j'ai toujours accordé à mes domestiques, et à eux seuls, le pouvoir de me rendre la vie insupportable, je leur ai accordé toute ma confiance, et si l'un d'entre eux avait eu une résignation bornée, je l'aurais mis à la porte. Des domestiques, il en existait deux catégories, les dévoués et les pas dévoués. Maintenant il ne reste que les bons d'un côté et les mauvais de l'autre. Mais c'est maintenant au domestique de laisser un papier, une lettre de recommandation, des références à son employeur, un certificat attestant le bon caractère et l'honnêteté du bourgeois qu'il délaisse. Les domestiques ont souvent une vie plus riche que leurs employeurs, ils vivent plus, car ils vivent la vraie vie. Mais une fois que j'ai dit cela, croyez-vous que je regrette ma vie? Pas une seconde.

Et vous, Monsieur, qui pensez connaître ma conception du monde au point de pouvoir la résumer, je vous connais plus que vous ne le supposez. Vous êtes de ces gens qui cherchent à se faire valoir, qui cherchent à épingler sur leur tableau de chasse tel ou tel. Vous usez de tous les moyens, discrédit, attaques ad hominem, litotes... vous allez même jusqu'à me reprocher ce que je ne vous ai pas encore répondu. En un mot, Monsieur, ou en plusieurs allez, vous êtes un petit, un médiocre, un obscur peine-à-jouir qui ne trouve son plaisir qu'en avilissant, en provoquant, en simplifiant. Je ne vous blâme pas, Monsieur, je vous plains: vous avilissez car vous salissez ce que vous touchez, vous provoquez car vous êtes mort de peur devant votre insignifiance, vous simplifiez car vous ne comprenez rien. Alors, Monsieur, je continue à vous tutoyer car écrire «Tu m'emmerdes» est plus difficile que d'écrire «Tu me fais chier».



Votre Majestissime Éminence Alexandre, Tsar du bon-mot-qu'il-est-toujours-très-chic-de-citer-quand-on-manque-d'à propos,

Le «lâche corvidé suffisant» récidive...

Ta réponse sur Pascal avec des luniens bourrés, tu te fous de qui, là?... Et les larbins recommandant leurs maîtres à d'autres larbins, qu'est ce que c'est que cette sachaguitrerie?...

Mais c'est surtout la fin de ta «lettre bien écrite» qui me rassure sur ta Grandeur d'Homme Illustre. Ah! les chères paroles! ah! les profondes pensées!...Tu avais jusqu'à aujourd'hui longuement médité sur l'infériorité patente de ces êtres frivoles et charmants -mais disgracieux avec l'âge, qu'on nomme femmes, et sur la supériorité indiscutable de la gent masculine d'essence supérieure appelée Sachaguitry. Certes, les prisons de la République furent bien inconfortables au trou-du-c...de Votre Monseigneurie, Fresnes ou la Santé, c'est pas le Tabarin... D'ailleurs, pourquoi t'avoir distingué, toi particulièrement parmi ces millions de patriotes courageux, il n'était pas de notoriété publique que te fréquentassâs les salons vert-de-grisés... Alors, une malheureuse poignée de main au Feldmarschall Hermann Göring, la belle affaire! Pétain a bien serré la main de Herr Hitler, on ne l'a pas fusillé pour si peu!...Et puis en qualité de médiocre, obscur, avilissant, salissant et insignifiant, j'ai bien le droit imprescriptible de te blanchir de ces accusations collaborationneuses, même si tu ne pouvais décemment pas échapper à la honte et à la calomnie, tu l'avais en quelque sorte bien cherché, surtout en diffusant les vertigineuses émanations de tes pensées éblouissantes sur les ondes amères de Radio-Paris. Bref, tu l'as eu où tu penses, mais sans gloire et sans vaseline! Tu as eu beau jeu de t'emparer de la défroque d'un Talleyrand pour justifier tes choix et fustiger tes détracteurs, c'était déjà trop tard, le mal était fait et le Diable, boiteux ou pas, cacha bien mal le visage ordinaire d'un Monsieur ordinaire placé dans des circonstances extraordinaires, dans lesquelles tu n'as, en réalité, rien fait d'autre que d'être «occupé»...

Tu as donc médité sur les bassesses et les vilenies de la crasseuse race des imbéciles qui naissent et meurent aux côtés des Grands Auteurs, lesquels doivent néanmoins, bon gré mal gré supporter cette indigne promiscuité. Oui, je suis de cette catégorie d'emmerdeurs, de chieurs «insignifiants», d'empêcheurs de danser en rond et je m'en glorifie, m'en félicite et m'en flatte sournoisement... Il faut des Empereurs du Verbe et des auteurs de graffitis dans les chiottes du monde, l'ombre de ceux-ci mettant en relief l'Immortelle Gloire de ceux-là... Continue à me «tutoyer», tes lapsus m'amusent...



Monsieur,

Je ne suis pas étonné de retrouver une de vos lettres dans mon courrier. Je vous informe que celle-ci sera la dernière que je prendrai le temps de lire. Oui, comme vous l'ignorez sûrement, bouffi d'orgueil, et confit de suffisance, mon temps est, et je ne m'en excuse pas, plus précieux que le vôtre: en effet, je n'ai pas que vous dans ma vie, Dieu m'en garde, celle-ci serait bien vide...

Comme vous prenez plus de temps à instruire à charge, procureur autoproclamé du bon goût et de l'histoire revisitée, vous n'avez même pas eu le courage de me lire, sinon la simple honnêteté intellectuelle vous eût empêché d'écrire de telles ignominies, mais que peut-on attendre de vous?

D'abord, vous commencez à me parler des femmes, et puis, ne connaissant sans doute pas le sujet (Oui, les femmes fuient la bêtise et l'aigreur, alors comment imaginer que vous eussiez pu les approcher?), vous biaisez fort maladroitement d'ailleurs... Vous parlez de mes passages en prison, n'oubliez pas Drancy, en tout cas, moi, je ne l'oublie pas. Pour plus d'informations, allez voir le reste de ma correspondance, j'ai expliqué à plus intéressant que vous ma vie; recommencer pour vous ressemblerait trop à de la justification, et s'il y a un genre d'homme devant lequel je ne me justifierai jamais, c'est bien le vôtre.

On ne reproche bien aux autres que ce que l'on connaît; aussi, me voir traiter d'homme ordinaire, moi qui ai, j'en suis désolé pour vous, mais c'est maintenant historique, sauvé des vies, moi qui ai arraché, justement parce que je ne me cachais pas dans le sud, des hommes et des femmes, jeunes ou moins jeunes au départ pour les camps, oui, me voir traité d'homme ordinaire par vous, c'est pour le moins d'un cocasse que je regretterai pour l'éternité de n'avoir pas mis en scène.

Vous, un empêcheur de danser en rond? Mais pour qui vous prenez-vous? Vous n'avez que l'importance que l'on veut vous accorder; sans nous, vous n'êtes rien. Aussi, c'est pour cela que j'ai décidé de vous répondre une seconde fois, notez bien je n'ai pas dit deuxième, j'ai dit seconde, il n'y en aura donc pas d'autre. Pourquoi ne pas m'être arrêté à la première? Pour une simple raison: vous auriez eu l'impression d'être parti sur une pirouette. Vous aviez, et je m'en excuse, je ne devrais pas le dire, essayé de briller par une charge, et maintenant, vous avez glissé d'un étage, vous en êtes venu à insinuer, vous polluez mon espace, vous n'êtes plus à plaindre, vous êtes nuisible, vous êtes à éliminer, et comme je ne peux vous éradiquer autrement que dans le virtuel, eh bien! je ne m'en priverai pas.

Enfin, comme je ne peux vous laisser dans l'ignorance crasse qu'est la vôtre, je vous dirai qu'un lapsus est considéré comme l'emploi involontaire d'un mot pour un autre; aussi, apprenez que jamais au grand jamais, à l'écrit, je n'ai commis de lapsus, car chez moi rien n'est jamais involontaire. Aussi, c'est en pleine possession de mes moyens que je me demande si vous pouvez en dire autant, que je vous quitte et vous laisse retomber dans le néant et l'oubli dont j'ai eu, l'espace d'un instant, la faiblesse de vous sortir. Retournez donc aboyer parmi vos semblables, je suis sûr que vous trouverez de quoi monter une chorale, celle des pleureuses en tous genres ou des paranoïaques haineux associés, et avec un peu de persévérance, vous nous sortirez un disque qui s'appellera «Aimez-moi, ou je vous casse la gueule», prochain succès et numéro un des ventes.