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blanchard.jean-pierre@libertysurf.fr
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Maître!
Votre vie était-elle un éternel besoin de paraître? Un éternel cinéma ou un
éternel théâtre où les bons mots priment sur les vrais sentiments?
Votre finesse d'esprit n'a d'égale, j'estime, que votre goujaterie distinguée
et votre suffisance. Avec tout le respect que je vous dois je vous prie
d'accepter ces propos d'un homme sincère et sans vous en offusquer.
J.P. Blanchard
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Sacha
Guitry
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Monsieur Blanchard,
Ma vie fut-elle théâtre, telle est votre question posée, et c'est dommage,
avec une certaine suffisance que le détachement apparent du ton masque avec ô
combien de peine. Shakespeare, puisqu'après Molière il y a bien quelques
hommes qui se dégagent de la grisaille du commun, disait que le monde est un
théâtre et que les hommes en sont les acteurs. Et si tout le monde est
acteur, à part quelques comédiennes, alors oui, ma vie fut une pièce digne du
meilleur mélange des genres puisque les larmes et les rires n'ont cessé
d'émailler ce pittoresque chemin qui fut le mien. Mon apparent, pour vous,
besoin de paraître ne fut rien à côté de mon incessante volonté d'être: être
môa pour tout dire et ajoute un peu d'eau aux cataractes de votre moulin.
Quant à ma suffisance elle ne fut et n'est encore qu'une farouche conviction
de mon autosuffisance et si je devais choisir entre l'autarcie intellectuelle
et le mondialisme de l'abrutissement je crois que la réponse se trouve déjà
dans l'énoncé.
En espérant que votre respect pour ce que je représente était feint, je vous
laisse à vos interrogations et à mes convictions.
Sacha Guitry
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