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Félicitation pour le film «Si Versailles m'était conté».
C'est un film magnifique. Quelle belle mise en scène, les coutumes et les
décors sont superbes. Bravo!
Flore
Mademoiselle,
Rares sont les lettres qui me sont adressées pour le simple plaisir de me
féliciter, et je dois avouer que cela me laisse pour le moins perplexe. Non
pas que je doute que quelqu'un puisse éprouver l'envie de me décerner
un satisfecit mais avec le temps, j'ai plus souvent croisé l'envie que l'admiration,
du moins l'une fut plus exprimée que l'autre.
A propos de Si Versailles m'était conté, sachez que dans le cadre de
ce que certains appellent pompeusement fresques historiques, quand il s'agit avant
tout de remettre un peu de petite histoire dans la grande, ce qui est important,
ce n'est pas la fidélité à la lettre, c'est la vraisemblance,
l'oeuvre, dans son mensonge et son travestissement, se doit d'être crédible.
Nous sommes dans la fiction mais cela ne doit pas, et même cela nous oblige
à être, fidèle à l'esprit. Aussi en cela les décors,
les costumes, et tout ce qui fait le cadre, ce qui historise l'action, la contextualise
et même l'incarne dans son époque est une part du jeu. Écrire
et jouer Si Versailles m'était conté, c'est accepter de raconter mais
aussi de conter Versailles, de rendre à cette demeure, car des gens y ont
vécu, la magie d'une époque lointaine, et redonner cette magie ce n'est
en rien la regretter car le passé reste le passé, mais c'est la reconnaître,
c'est réapprendre aux hommes de ce siècle l'héritage fabuleux
qui est le leur. C'est aussi faire ressentir ce qu'était la galerie des glaces
avant de n'être qu'un point de visite, cette galerie était une simple
salle de danse et quand je dis simple c'est pour vous faire comprendre quelle est
l'importance du point de vue et pourquoi j'ai pris tant de plaisir à montrer
l'ordinaire de ce qui, pour nous, est extraordinaire.
Aussi, Madame, si ce film a pu, l'espace d'un instant, vous faire sentir des présences
fugaces comme celles de La Rochefoucauld, Le Nôtre, La Fontaine, Molière,
Pascal ou Racine, j'estimerais, alors, que ce film a atteint son but, à savoir
créer un lien tenu entre notre époque et la leur, entre nous et nos
ceux qui nous ont permis de les oublier, mais dont notre devoir devrait être
de conserver à tout jamais la mémoire.
Sacha Guitry
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