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David
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Quelle bonne époque |
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Cher Sacha, Cher Monsieur, J’ai mis du temps à répondre à votre question mais j’ai de bonnes raisons pour cela. En effet, pendant longtemps, j’ai décidé de n’y point répondre. Et puis, ce matin, je me suis dit que je me devais de le faire, non pour vous, mais pour ceux qui, peut-être se posent, en d’autres termes, la même question que vous. Avant tout, je me dois de vous expliquer pourquoi je ne voulais pas donner suite à votre courrier. Vous avez décidé, de façon unilatérale et purement apriorique de m’appeler par mon prénom et de plus -comble de la goujaterie! de me tutoyer comme si nous avions entretenu des rapports d’amitié! Je n’ai pas d’ami d’enfance, et mes amis savent que je suis un chatouilleux. Les plus grands, les plus illustres m’ont appelé "maître" avant de me tutoyer et de m’appeler Sacha. J’ai donc lu votre question avec un réel déplaisir. Mais bon, revenu à de plus sereines pensées, j’ai décidé de répondre à votre question sur le fond et non pas sur la forme. Est-ce que je suis nostalgique de mon époque? Ah, non, je suis nostalgique des époques qui l’ont précédée. En effet, l’après-guerre, pour moi, signifie la prison, les camps, les accusations scandaleuses, les procès absurdes. Comment pourrais-je regretter cette époque? Je n’ai pas vécu la guerre et l’après-guerre sans soucis. L’amitié, le respect et l’entraide disiez-vous ? Mais que dire de ceux qui ont sali mon honneur? Qui m’ont traîné dans la boue, qui m’ont enfermé alors que j’étais innocent? Je crois que vous voyez, de loin, un âge d’or, comme je vois l’Histoire de France avec des yeux d’enfant. Ce que j'ai le plus aimé, c’est encore d’être entouré de mes collections dans ma maison, avec des amis, illustres ou inconnus rassemblés dans une bibliothèque avec un bon alcool et la compagnie de chefs-d'œuvre. Quand on a la chance d’avoir Jules Renard avec soi, de quoi peut on avoir besoin? Mirbeau m’avait légué sa haine de la laideur, j’ai donc toujours cherché à m’entourer de beauté, de finesse que j’ai mis en vitrine pour faire plaisir à mes amis. Voilà quelles furent mes passions, passions intemporelles et tournées vers le passé mais au service de l’avenir. Au revoir donc, Monsieur, je vous salue et vous vouvoie jusqu’au bout, même si cela vous paraît ringard: c’était comme cela dans l’après-guerre! Sacha Guitry |
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