Par amour ou pour «durer»?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

nicole.frey@wanadoo.fr

 

 

 

Cher Maître,

Finalement, voyez-vous, en tant que femme, je m'interroge: Ne vous êtes-vous jamais demandé, quand une femme acceptait de vous épouser: "Accepte-t-elle de devenir "mienne", par amour... Ou pour "durer" plus longtemps que les autres?" Ce qui, soyez beau joueur, en écartant péremptoirement la notion d'amour au profit d'un immense sentiment de supériorité, la placerait d'emblée à votre niveau!

Nicole

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Oui, voilà, je l'attendais cette question et de la trouver sous une plume féminine, que dis-je féminine alors que je subodore féministe, cela ne m'étonne guère. En effet, votre question semble vouloir insinuer sur la fin que j'ai un immense sentiment de supériorité, si par cela vous entendez la connaissance de soi, de sa valeur et la non-dépréciation relevant d'une fausse modestie outrée, alors j'ai bien un sentiment de supériorité qui ne fait que s'accroître lorsque je vois vos contemporains qui, il faut bien l'admettre, ne sont pas meilleurs, loin s'en faut, que les miens.

Aussi, si Napoléon affirmait que "La femme appartient à l'homme, comme l'arbre fruitier appartient au jardinier" (mon sentiment de supériorité ne me poussant pas à feindre d'ignorer les grandes figures des siècles passés, soit dit en passant) je n'ai jamais en ce qui me concerne, considéré qu'une femme m'appartenait, je les ai toujours trouvé sur de nombreux points plus "malines" (ou malignes) que les hommes et je sais de sources sûres que ce n'est pas l'homme qui choisit la femme, elle vous choisit toujours une fraction de seconde avant vous, pense avant vous, et trompe, malheureusement très souvent avec vous.

Certaines de mes femmes se sont jetées sur moi comme sur un cheval pour me faire croire que j'étais emballé alors qu'il n'en était rien. Et comment ne pas envisager que ces femmes puissent avoir secrètement pensé à me séduire pour, comme dans ces "rodéos" américains savoir laquelle tiendrait le plus longtemps en selle? Si tel a été le cas, je n'en ai pas souffert car être avec une femme, c'est s'exposer à ce que cela finisse, toujours tragiquement.

Je reconnaîtrais volontiers que les femmes nous sont supérieures si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales. Aussi je serai beau joueur et vous dirai ceci: si vous madame décidiez d'être la suivante, je serai, malheureusement dans l'impossibilité physique d'être votre homme de coeur mais je reste en tous cas cet homme de plume que même la mort, importune convive au buffet de la vie, n'a, excusez-moi mesdames, pas encore réussi à bâillonner.

Guitry