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lesad@swing.be
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Salutations à vous qui savez
ce qu'écrire veut dire. Afin d'élargir mes horizons littéraires par trop
étriqués je me suis lancé un défi. Rassembler et lire des romans dont
l'intrigue ou les personnages ont un rapport avec l'écriture. Comme
«Illusions Perdues » de H. de Balzac, «Les Faux-Monnayeurs» de A. Gide, et
tant d'autres.
Avez-vous dans votre oeuvre, en un passage, ce genre de sujet?
Merci beaucoup.
Thierry Dave
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Sacha
Guitry
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Monsieur,
Avant de répondre à votre question, j'aimerai à mon tour vous en poser une.
Celle-ci est fort simple: Pourquoi rassembler et lire des romans dont
l'intrigue ou les personnages ont un rapport avec l'écriture? Si je vous pose
cette question c'est que pour moi, toute oeuvre littéraire, à part quelques
livres d'auteurs, possède une intrigue ou des personnages en rapport avec
l'écriture. Qu'est-ce que l'écriture? Ce n'est que la vision originale d'un
homme un peu moins aveugle que les autres à un moment donné. Lorsque j'écris Le
Comédien l'intrigue se passe dans un théâtre, le personnage principal est
un comédien, lorsque je mets en scène Yvonne Printemps, où s'arrête la vie
d'homme, où commence celle d'acteur, de metteur en scène? Dans ces oeuvres doit-on
considérer que j'écris une oeuvre qui ne parle pas du travail de l'homme, de
l'artiste, de l'écrivain? Mon conseil, que vous ne me demandez pas mais que
je vous donnerai, est simple: lisez, lisez et lisez. Lisez ce qui vous
chante, ce qui vous plaît, ce qui vous émeut, ce qui vous fait réfléchir.
Mais ne lisez jamais avec un a priori, car c'est lui qui fera de votre
lecture un désert aride au lieu de l'oasis de fraîcheur que vous recherchez,
j'en suis persuadé.
Bonne lecture et si je ne devais vous conseiller qu'une seule de mes oeuvres
ce serait Le roman d'un tricheur, il vous apprendra à regarder la vie
pour ce qu'elle est et non pas pour ce que l'on voudrait vous faire croire
qu'elle est.
Sacha Guitry
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lesad@swing.be
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Qu'il est plaisant de lire une
pensée bien faite vêtue d'élégance. Ma démarche est gauche. Celle de l'enfant
d'un an est plus sûre. Cela tient à peu. Un mot méprisant au fils sur les...
«artistes» et l'on se croit un scientifique. Les temps passent. Las de ma
paillasse blanche, dans un cachot de certitude, j'ouvre la fenêtre. Pas
assez. J'ouvre un livre. Puis j'entrouvre la tête. Et voilà le prisonnier
étourdi hors routine. Que lire?
Il me semblait temporairement agréable de me servir d'une consigne.
C'est-à-dire une consigne... avec clé. Où je déposerais mes voyages. Vous
avez raison. Ce sujet («l'écrit dans son récit») est universel et tant mieux,
je déteste les frontières. Grâce à lui j'ai découvert des oeuvres sur
lesquelles jamais mes yeux ne se seraient posés. Je m'amuse juste à ranger
après coup celui-là d'un côté parce qu'il parle d'un imprimeur. Et tel autre
ici parlant d'une éditrice. Mais ce temps perdu n'est que passerelle vers une
autre oasis de plaisir. À mes côtés d'autres consignes. «On» a lu toutes les
publications de Machin, toute la collection Truc de Savez-qui. Ma méthode de
petit bonheur littéraire ne vaut pas plus. Et de passerelle en voyage la
route s'éparpille. Les sentiers bifurquent. Le plus beau de la pérégrination
est la rencontre. Dans les bibliothèques, bien sûr mais aussi les parcs. On
s'interroge sur ma consigne comme si elle obligeait à un nettoyage de
printemps. Bien sûr rares sont les souvenirs adéquats. Alors on dévie. La
consigne devient clé. Les coeurs s'ouvrent. J'ai rencontré des oeuvres, des
auteurs et des lecteurs. Et je vous rencontre vous, que je relis encore.
Merci Monsieur Guitry.
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Sacha
Guitry
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Monsieur,
Je me réjouis de notre correspondance et, si j'ai pu vous paraître un peu
cavalier, mais ce fut ma réputation avec les femmes, du moins certaines, c'est
que, fort de mon expérience des hommes et de leurs limites, de nos limites,
je sais que la consigne devient plus souvent règle d'airain que clef,
passe-partout vers un avenir merveilleux de la lecture qui nous ouvre
l'esprit et nous fait sentir tous frères, inutile de vous préciser que ce
«tous frères» m'effraie plus qu'il ne me rassure. C'était mon propos lorsque
j'énonçais ces mots qui pour moi résument la littérature: «Quoi de nouveau?
Molière». Notre amour de la lecture n'est souvent qu'un palliatif à notre
impuissance à écrire que ne dépassent que quelques auteurs, et Dieu sait
qu'ils sont peu nombreux. Donc je vous renouvelle mon conseil qui est de
lire, lire et lire encore et toujours, aveuglément, passionnément, d'une
lecture enfantine, fraîche, sans amour et sans haine mais avec passion et
avec cette fougue que seuls les vrais amoureux ont connu une fois, un instant
dans leur vie. Parce que c'est ce livre et parce que c'est vous à un moment
précis, et le lendemain parce que c'en est un autre. Lire, vivre, quelle
plaisante approximation phonique...
À vous lire, Monsieur.
Sacha Guitry
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