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kh791414@er.uqam.ca
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Cher
monsieur Guitry,
Je sais que vous affectionnez beaucoup Larochefoucauld que vous citez très
souvent (et très pertinemment, je dois avouer). Je voudrais donc vous
demander ce que vous pensez de la maxime suivante, qui est de lui (bien
entendu):
«Il n'y a que les êtres méprisants qui soient méprisables.»
Merci à l'avance pour la réponse que vous daignerez bien m'adresser.
Michèle
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Sacha
Guitry
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Monsieur,
"Il n'y a que les êtres méprisants qui soient méprisables", voilà ce
qu'aurait dit Larochefoucauld, je ne connaissais pas cette citation mais vous
me demandez d'y réfléchir et comme j'ai accepté de me prêter à ce jeu de
questions réponses, je vais me plier à cet exercice. Tout d'abord, Monsieur,
il faudrait pouvoir définir ce que, Larouchefoucauld et vous-même, entendez
par "méprisant" car si l'on est méprisant envers un être vil alors
cela s'appelle de la clairevoyance, du bon sens, une attitude normale.
Et mépriser cela peut être la marque d'une réelle vision de soi et un
jugement porté sur l'inacceptable. Et puis je crois discerner dans votre ton
une raillerie à mon endroit qui perce dans le mot "daigner" que
vous employez. Je ne me sens pas méprisant, loin s'en faut. Je réserve mon
estime aux êtres d'exception, mon amitié à des gens plus rares encore et mon
indifférence à la majorité, mon mépris ne va, heureusement, qu'à ceux qui
sont objectivement dignes du mépris des honnêtes hommes. Aussi, si votre
question était rhétorique, je vous adresse mon indifférence la plus sincère,
si elle était narquoise, je vous adresse cette même indifférence mais teintée
d'un sourire et d'une suffisance incommensurable car il est bon de donner, de
temps en temps, aux gens ce qu'ils attendent de vous.
Mais je m'aperçois, tardivement, je l'admets, que vous êtes une femme aussi,
ne tenez pas compte du paragraphe où je pose comme une probabilité que votre
question pourrait être rhétorique, car votre sexe a pour moi, écoutez bien
Madame, deux attitudes: soit un amour intense que je ne comprends pas et
une rancoeur tenace que je ne ressens que trop.
Au revoir donc, Madame.
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