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L'adaptation du «Nouveau Testament»
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Pouic81@aol.com
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Cher M.
Guitry,
N'étant pourtant pas de votre temps (je suis née en 1981), et étant une
femme, ce qui fait de moi l'une de vos cibles favorites, vos textes et
dialogues me font hurler de rire!! La façon dont sont introduits les
sarcasmes sexistes est parfois si fine qu'on les apprécie au lieu d'en être «vexée».
Cependant j'aimerais savoir ce que vous pensez de l'adaptation d'une de vos
pièces «le nouveau testament» joué par J-P Marielle, comédien d'exception
d'ailleurs. Il me semble, que cette pièce est moins engagée que les autres en
ce qui concerne les femmes. Est-ce vrai ou bien est-elle tellement subtile
que je n'en ai pas saisi autant que d'habitude?
En tous les cas, merci pour tous vos textes et quel dommage que vous ne
puissiez en inventer d'autres...
Merci,
Pouic Pouic
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Sacha
Guitry
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Chère
Madame (ou devrais-je dire Mademoiselle car votre âge ou plutôt le mien m'y
autorise),
Vous parlez de cible en ce qui concerne les femmes mais il n'en est rien: en
effet, pour être une cible il faut être chassée or, les femmes sont bien plus
chasseresses que les hommes. C'est une évidence: le chasseur a recours à une
tenue de chasse et la femme a sa toilette, le chasseur est armé et la femme a
ses oeillades, le chasseur s'embusque et la femme est patiente, et n'oubliez
pas que flirter, c'est courir après une femme jusqu'à temps qu'elle vous
attrape. Quant à être sexiste j'ai déjà répondu à cette question il y a peu
et par le même canal (mon Dieu, que ce vocabulaire moderne est étrange...).
Vous trouvez mes pièces «engagées» mais croyez-vous sérieusement que je me
livre à une croisade antiféminine (car je me livre à une croisade antiféministe
car pour moi, c'est le féminisme qui fait du mal aux femmes: celui qui, dans
sa vie, a eu à tenter de parler à une féministe sait comme moi que c'est
cette espèce qui pourrait nourrir ses a priori envers les femmes...)? Non,
pas de croisade contre les femmes, car si je suis contre, c'est tout
contre... Le nouveau testament est une pièce interprétée par un certain
Jean-Pierre Marielle or, vous savez que les pièces que j'ai composées l'étaient
en pensant à qui devait les interpréter alors qu'elle ne possède pas le même
sel que lorsque je l'ai écrite, j'en suis moins étonné que vous. Quant à
penser même l'espace d'une seconde que vous puissiez ne pas avoir saisi la pièce,
je ne saurais m'attarder sur cette fort peu probable solution.
En espérant que ces quelques lignes vous convaincront que je peux encore écrire
quelques textes, je vous prie de croire, Mademoiselle, en mon respect pour
une femme qui n'a pas, et vous êtes bien rares, envers moi cette haine
aveugle que la féministe bornée (vibrant pléonasme) entretient et brandit tel
un étendard, celui de l'intolérance et de la cécité intellectuelle.
Sacha Guitry
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Pouic81@aol.com
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En tout
cas, moi, j'ai adoré cette pièce. Voilà ma conclusion.
Amicalement,
Pouic Pouic.
P.S.: Oui, oui je suis bien une mademoiselle...
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Sacha
Guitry
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Sachez,
Mademoiselle, que si vous l'avez adorée alors c'est bien la preuve que je
l'avais écrite pour vous. Et si vous pensez que ces paroles sont celles d'un
homme qui cherche à vous complimenter je vous répondrai que la différence d'âge
(et je pourrais même dire la différence d'âges) n'a jamais gêné un homme, et
il me revient en mémoire ces paroles que j'ai dites à ma dernière compagne:
les autres ont été mes femmes, vous, vous serez ma veuve.
Sacha Guitry
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Pouic81@aol.com
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Merci
Merci que de compliments...
Je voudrais vous poser une autre question: quelle est cette maladie qui vous
accable dans votre manuscrit «La maladie par Sacha Guitry»? Avez-vous
vraiment été malade (en tout cas c'est criant de vérité!) et avez-vous
vraiment écrit ces pages en temps réel?
Merci beaucoup.
Amicalement,
Pouic Pouic
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Sacha
Guitry
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Chère
Mademoiselle (et je finirais presque par vous appeler Pouic Pouic si je
n'avais peur d'être ridicule même si les temps ont changé, je ne crois pas
avoir suivi à ce point les temps...)
Notre correspondance va finir par faire l'objet d'une édition (car il est
bien connu qu'un ami bien intentionné qui vous survit arrive toujours à faire
de l'argent avec votre courrier personnel après votre mort), mais qu'importe.
Vous me demandez quelle est la maladie dont je souffre dans «La maladie», eh
bien sachez que je souffre de La Maladie car dans cet ouvrage je parle de la
maladie en général car toute affection que les médecins, hommes très compétents
pour dire, a posteriori à votre veuve pourquoi vous êtes mort, se plaisent à
baptiser de noms barbares ne sont que la manifestation de ce que j'appelle La
Maladie.
Je n'ai pas fait un journal de malade mais un texte pour tous ceux qui sont
cloués au lit et qui, comme moi, ont un jour fait l'expérience de la
relativité de l'intérêt des autres et les vingt et un jours réglementaires
dont je parle pour éprouver l'éloignement de vos «amis» est une réalité. Bien
sûr, j'ai dans ma vie été malade, qui ne l'est pas, et malheureusement la maladie
ne s'attaque pas qu'aux médiocres, à ceux qui me reprochent ma façon de dire «moi»
et qui, frileusement baissent la tête sitôt qu'un microbe traîne.
Sachez, Mademoiselle, qu'un microbe ne m'a jamais empêché d'aller voir une
femme même si celle-ci était la pire des pestes! En espérant que cette révélation
sur mon écriture, peu d'auteurs acceptent de jouer le jeu mais nous sommes de
vieilles connaissances, Mademoiselle (sans sous-entendu cela va de soi), aura
eu l'heur de vous plaire, recevez encore une fois (non pas mon amitié car
vous le savez elle est rare) mais toute mon attention (qui elle aussi est une
denrée rare)...
Sacha Guitry
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