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Bonjour Maître,
Une longue amitié vous a lié à Georges Feydeau, le maître
du «Vaudeville»; comment était-il dans la vie de tous les jours? Je crois qu'il
était très fidèle à ses amis. Parlez-moi de lui.
Marie-Christine
Madame,
Que vous dire de lui? Qu'il a été un témoin de mon mariage avec
Yvonne Printemps (car il faut pour se marier, vous le savez, des témoins, comme
pour un accident ou un duel)? Cela qui prouve tout l'attachement que j'avais
pour lui: je ne prends pas mes mariages à la légère.
Il a comme moi eu
un père célèbre dans le milieu artistique, et cela, croyez-moi, vous forge un
homme. On croit que tout est rose lorsque son père a fait le même travail. C'est
vrai pour certaines professions où la succession est gage de sérieux. Dans nos
professions, la succession, c'est la suspicion. En effet, on est toujours
suspect de n'être là que parce que l'on est «le fils de...», immonde ombre sur
une carrière naissante. J'en ai même pris un pseudonyme, à mes débuts, cachant
ce nom dont je suis si fier, celui de mon père.
Il a commencé très tôt à
écrire, étant en cela très précoce. Il a fréquenté les salons littéraires avec
son père, il a même fréquenté celui de mon père et c'est là que nous nous sommes
connus. Il y croisa ceux qui seront important tant dans sa vie que dans la
mienne: Anatole France, Edmond Rostand, Octave Mirbeau, Alfred Capus, Jules
Renard, Alphonse Allais. Que de beaux exemples à suivre, ne trouvez-vous pas?
Mon grand regret, c'est que ses projets cinématographiques soient restés
dans sa tête, la maladie l'empêchant d'aller jusqu'au bout et de laisser une
trace indélébile, sur pellicule, de son talent.
Mais voilà, il aura bien
vécu, les femmes auront été son talon d'Achille, avec le jeu et les collections
d'œuvres d'art. Toute ressemblance avec un auteur qui s'appellerait comme moi ne
serait que pure coïncidence, madame.
Sacha Guitry
Marie-Christine
Merci,
Maître.
Cordialement,
Marie-Christine Giordano
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