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Généralités |
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Monsieur Guitry, Monsieur, Vous m’interrogez sur des sujets tellement divers et variés que je me demande bien par où je vais commencer à répondre à vos questions. D’ailleurs, je m’interroge: suis-je bien placé pour répondre à celles-ci? Vous le savez, j’ai mon avenir derrière moi. Aussi, comment vous dépeindre l’avenir de l’humanité? Peut-on même penser que l’humanité a un avenir? Elle a, c’est évident, un futur, mais a-t-elle de l’avenir, rien n’est moins sûr. Non pas que je sois un pessimiste patenté, mais je me flatte d’être un réaliste visionnaire. Je crois en la réalité des choses mais leur pérennité m’effraie.
Sait-on de quoi demain sera fait? Heureusement non, sinon quel
gâchis! Imaginez, si on savait à l’avance qu’une
pièce fera un four, on ne la monterait pas et, dans ce cas
là, combien d’auteurs seraient au chômage? Si on savait
à l’avance de quoi demain sera fait, combien de femmes
n’épouserait-on pas et combien de soirées ratées
annulerions-nous? En fait, si l’on pouvait voir l’avenir, on ne ferait
plus rien, ce qui serait, reconnaissez-le, assez dommage. De même
pour l’avenir des sciences, si l’homme qui cherche, et qui trouve,
savait que sa géniale invention devait un jour tuer par milliers
d’autres hommes, que ferait-il? Il continuerait à chercher soit,
mais sa conscience ne l’empêcherait-elle pas de dormir? L’avenir
de la planète? mais si nous le connaissions, nombreux sont ceux
qui se tireraient une balle afin de ne pas voir arriver ce qu’ils
sauraient inéluctable! Plus que mes prévisions, vous me demandez mon avis sur d’autres domaines aussi différents que les religions, les vacances, la Bible et la Belgique. Qu’à cela ne tienne. Les religions? Un sujet bien trop important pour que les religieux s’en occupent. Un sujet aussi sensible, confions-le aux directeurs de théâtre. Ils sont seuls aptes à vous expliquer pourquoi une erreur bien pensée est meilleure qu’un coup de génie. Les vacances? Un sujet sur lequel je n’ai rien à dire, n’ayant jamais pris moi-même de vacances. Ce que je peux en dire c’est que le public des vacances n’a rien à voir avec le public de l’année. Il vient ici car il a déjà épuisé ses distractions alors que durant l’année, le théâtre est souvent sa seule distraction. Il est moins en demande, plus en attente donc. Pour un acteur, il faut plus aller le chercher, ce qui est fatigant, mais tellement bon sitôt que l’acteur, tenant son public par la main, lui donne le mode d’emploi de son rire pour la soirée. La Bible? Le premier roman au monde. Que lui reprocher? Un certain manque de dialogues et des personnages très archétypaux. Enfin la Belgique. C’est un pays dans lequel j’ai eu le privilège de jouer, le public y est déconcertant, je ne dirai pas que c’est le meilleur, mais je dirai l’un des meilleurs. Meilleur que celui de Paris, car le public parisien pense que tout lui est dû alors que le public belge vous remercie, par avance, d’être venu à lui, ce qui est toujours agréable. Et comment vous remercie-t-il? Mais en venant, à son tour, à notre rencontre, chez nous, dans un théâtre qui est chez lui. En espérant, Monsieur, avoir répondu à vos interrogations qui m’ont plus donné à penser qu’à répondre. Sacha Guitry |
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