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Monsieur Guitry, |
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Chère Madame, |
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Cher monsieur, |
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Chère Madame, Je vois, mais je l’avais déjà pressenti, que vous êtes
féministe. Oh, je ne vous en blâme pas, mais je m’étonne qu’après tant d’erreurs,
celles-ci persistent et signent. Doit-on y voir de la persévérance ou de
l’entêtement, ce n’est pas à moi de répondre. Comment en suis-je arrivé à déduire que vous êtes
féministe? Plus que par vos propos, c’est par votre incompréhension complète
de tout ce que je peux dire qui m’a amené à cette conclusion. Jamais je n’ai
dit que, par paresse, je voulais être une femme et que toutes ne sont bonnes
qu’à attendre le retour de leur mari. J’ai affirmé que, pour moi, la femme
est capable de tout, mais qu’elle n’est pas faite pour travailler, saisissez
la nuance… De plus, qui a dit qu’une femme au foyer ne travaille pas?
Sûrement pas moi! Je pense au contraire que cela tient du sacerdoce, et plus
encore, car ici le dieu est humain! La beauté dépend-elle de la volonté? Je crois en effet
que la femme a tous les artifices qui lui permettent d’être belle, à
condition qu’elle, et son mari, lui en donnent les moyens. Vous affirmez que les femmes doivent composer avec les
hommes, mais n’en est-il pas de même pour nous? Sans un minimum de
composition de la part de l’homme, combien de couples se sépareraient sur
l’heure et plus encore en votre siècle, Madame. Enfin, concernant l’âge des femmes, je vous dirai que le
galant homme est celui qui, rencontrant une femme entre deux âges, opte pour
le moins vraisemblable. Sacha Guitry |
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Cher Monsieur, Vous aussi, vous me comprenez de travers. Vous me
faites dire que «les femmes doivent composer avec les hommes». Or, ce n'est
pas du tout ce que j'ai dit. Je ne saurais faire preuve de misandrie et ce,
même si vous étiez misogyne (j'ai bien dit «si»). Ce que j'ai voulu faire
entendre, en l'occurrence, c'est que la femme que vous imagineriez être (soit
une belle oisive) aurait sans doute plus de facilité à composer avec les
femmes qu'avec les hommes. En union homosexuelle, vous n'aurez probablement
pas d'enfants à éduquer, ce qui vous épargnera une partie du labeur que vous
abhorrez. Une autre femme sera aussi plus encline à partager avec vous les
tâches ménagères, si j'en crois les statistiques, selon lesquelles c'est à la
gent féminine qu'incombe le rôle de fée du logis. Qui plus est, une dame
saura certainement mieux accepter votre vieillissement qu'un homme, car dans
notre société phallocentrique, un homme mûr est considéré comme séduisant et
une femme mûre comme bonne pour le rebut. À ce sujet, vous pourriez vous
référer à La Rochefoucauld, lui aussi sur Dialogus, qui affirme «qu'il ne
sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle sans être jeune».
Vous qui désirez rester belle, du moins aux yeux de votre partenaire,
connaîtrez plus de succès en union homosexuelle. Quant au reste, vous prétendez, comme Baudelaire, que
«L'idole doit se dorer pour être adorée». Je vous répondrai que ça ne fera
qu'un temps. Si vous vous fardez trop abondamment passé un certain âge, vous
n'aurez l'air que d'une précieuse ridicule. Vous rappellerez à ceux qui vous
regardent cette tirade qu'Hamlet déclama ayant le crâne de Yorick dans ses
mains: «Vous irez dire à la reine qu'elle a beau se farder, il faudra bien
qu'elle en vienne à cette figure-là». Bref, vous m'accuserez de ne pas appliquer mes
judicieuses suggestions, car je suis moi-même amoureuse d'un damoiseau et non
d'une damoiselle. Pour ce qui est d'être féministe, mon dictionnaire donne l'acception suivante au terme: «Doctrine qui préconise l'extension des droits, du rôle de la femme dans la société. Le féminisme politique des suffragettes.». Comment, alors, en tant que femme, pourrais-je faire autrement qu'être féministe. Avec votre intelligence, la femme que vous projetez être dans une prochaine réincarnation saurait-elle être autrement que féministe? Au plaisir de vous lire sous peu. Michèle Tremblay |
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Chère Madame, Je ne vous suis plus, mais il semble d’après vous que je
ne vous ai jamais comprise. Tout d’abord vous me demandez quelle femme je serais si
je devais me réincarner. Bien que la réincarnation soit pour moi une doctrine
étrange, en effet, si l’on agit mal, on est déclassé, si on agit bien, on est
surclassé, je me demande donc bien comment il faut agir pour se réincarner en
femme, j’accepte donc de vous répondre. Puis, vous me reprochez d’espérer me réincarner en femme
ayant des qualités, si vous vouliez que je me vois en camionneuse, comme l’on
dit, encore aurait-il fallu, Madame, me le préciser. Enfin, comme la femme
est amenée à vieillir, vous me conseillez, en cas de réincarnation, de
devenir lesbienne. Où voulez-vous en venir, Madame? De plus, si ce conseil
venait d’une homosexuelle convaincue et militante, j’y verrais un acte
politique fort, mais de votre propre aveu, Madame, vous ne l’êtes pas.
Qu’est-ce qui vous fait m’écrire, Madame? Un compte à régler avec monsieur,
avec les hommes, une frustration, un regret, que sais-je? Et puis, Madame, à vous en croire, toute femme est
féministe. Je n’en crois rien. Dans un premier temps, sachez que toute femme
n’est pas féminine, alors pourquoi seraient-elles toutes féministes? Vous me
direz que l’on ne choisit pas d’être féminine mais que l’on choisit d’être
féministe. Alors si c’est un choix, pensez-vous que toute femme le fait? Là
encore, je n’en crois rien. Vous le savez, je conviendrais facilement que les
femmes nous sont supérieures si cela pouvait les dissuader de se prétendre
nos égales. Pourquoi chercher l’égalité? Qu’est-ce qui vous fascine tant dans
notre position, Mesdames? Vous en conviendrez, derrière chaque grand homme,
il y a une femme, ou des femmes, et qu’est-ce qu’ils seraient sans elles? Sans
doute pas ce qu’ils sont. Les femmes ont cette faculté de voir les choses
telles qu’elles sont, les hommes telles qu’ils voudraient qu’elles fussent.
Alors, quitte à vous décevoir, Madame, je ne serais pas féministe, si j’étais
une femme, je crois que j’en obtiendrais bien plus en ne l’étant pas… Sacha Guitry |
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Cher Monsieur Guitry, Mon petit doigt me dit que vous faites exprès de ne pas
me comprendre pour me faire dire ce que je n'ai pas dit. Vous niez les
nuances de mon discours et décontextualisez mes affirmations. Je trouvais tout d'abord que vous aviez de l'esprit,
mais j'en viens à suspecter quelque malhonnête stratagème intellectuel de
votre part. Je ne fais aucun reproche et ne me mêle pas de régler
des comptes non plus. Je n'ai pas foi en la réincarnation et je vous pose la
question dans un but tout ludique. Vous acceptez de vous prêter au jeu, ce
que je trouve sympathique, mais vous devenez progressivement amer, ce que je
ne m'explique pas. Je ne prône pas le lesbianisme comme mode de vie. Je le
considère comme une préférence qu'on a ou qu'on n'a pas. Il ne me viendrait
ni à l'esprit de convertir un hétérosexuel convaincu à l'homosexualité, ni
l'inverse. Chacun fait ses choix de vie. Toutefois, comme vous et moi sommes dans des
spéculations fantaisistes (je vous le rappelle), je vous dis que la vie de
femme que vous souhaiteriez avoir (très utopique à mon humble avis) serait
plus facilement réalisable en la compagnie d'une nymphe que d'un Adonis. Il
me semble que ma position, en soi, est très claire, et je ne vois pas ce que
vous ne saisissez pas. Quant aux camionneuses, je ne sais pas comment elles
vous sont venues à l'esprit. Est-ce à «lesbienne» ou à «inculte» que vous les
associez? Enfin, bref, vous dites que vous ne seriez pas
féministe. Vous ne voudriez donc pas voter, ni travailler (en fait, vous me
l'avez déjà dit), ni avoir le droit de divorcer si votre époux vous
battait, ni lui réclamer de
l'argent pour votre subsistance s'il vous abandonnait après vous avoir mise
enceinte, ni que votre opinion soit sollicitée dans des débats intellectuels. Vous qui êtes si brillant, je me demande comment vous
supporteriez une telle soumission. Ça me porte à croire que votre vision de
la vie féminine diffère fortement de la réalité. Je n'ai pas de rancœur contre les hommes, monsieur Guitry,
ni contre vous-même d'ailleurs. Je constate simplement qu'à l'échelle
planétaire, le sort de la femme est moins enviable que celui de l'homme. Mais, bien sûr, si vous-même vous réincarniez en femme,
vous ne vous réincarneriez pas dans un pays où celle-ci se fait lancer du
vitriol au visage parce qu'elle refuse un homme en mariage ou se fait lapider
parce qu'elle a des relations extra-conjugales (qui sont bien souvent, en
fait, des viols)... Bon, je vous taquine un peu sur la naïveté de la
réponse que vous m'avez faite, mais soyez assuré que je ne nourris à votre
endroit aucune hargne, comme vous semblez le suspecter. Bien à vous, Michèle Tremblay P.S. Ayez, je vous en prie, l'amabilité de me pardonner
mes précédentes fautes d'orthographe. J'ai effectivement rougi de honte en
relisant notre correspondance. |
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Chère Madame, J'en viens à croire que vous ne pouvez vous passer de
moi, ce qu'en temps normal je trouverais charmant, mais, en ce cas précis, je
suis plus indécis. En effet, il semble qu'à vos yeux je n'aie pas une image
bien flatteuse. Qu'importe, mais enfin, pourquoi vouloir m'entraîner dans ce
que j'appellerais des questions plus que fermées, en un mot cadenassées. Si j'évoque la camionneuse, c'est que pour vous, si je dois être une femme, je dois être laide et sans charme. Pardonnez-moi mon outrecuidance, mais ayant été un homme, grand, charmant, et apprécié, tout cela au dire des femmes, et je peux vous dire que je n'en ai pas côtoyé et épousé que des soumises, je pensais à juste titre pouvoir espérer ne rien perdre de ce qui a fait ma personnalité, je vous rappelle que nous sommes dans des spéculations fantaisistes, je ne savais pas que vous seule en teniez les rênes. Je ne serais pas féministe, je le dis et le répète, et
je suis désolé de vous dire que si je vous parais malhonnête, vous me
paraissez légère, ou machiavélique: vous croyez, ou feignez de croire qu'il
existe un et un seul féminisme. Désolé de vous contredire, Madame, mais il en
existe plusieurs, celui des femmes battues, violées ou torturées dans des
pays où le mot de démocratie est un gros mot, n'a pour moi rien à voir avec
celui qui estime qu'une publicité dégrade à tel point la femme qu'on devrait
brûler son auteur en place publique. Les féministes qui un jour m'ont accusé
d'être misogyne n'ont rien à voir avec celles qui revendiquent, dans certains
pays, des droits que les enfants, mâles cela s'entend, ont depuis leur
naissance. Je deviens amer, c'est un fait, lorsque je vois que,
sous couvert du jeu, vous employez les mêmes méthodes que le pire des
phallocrates. Oh, je sais, les stratégies pré-closes, comme l'on dit, sont
plutôt féminines, il faut de la finesse pour les manier avec efficacité, mais
malheureusement, vous le savez, les femmes, je suis contre, tout contre,
alors je les vois venir. Le sort des femmes est moins enviable que celui des
hommes, je vous le confesse, mais ce que je me demande, c'est comment vous
pouvez méconnaître le mal que le féminisme a fait aux femmes. Les hommes
galants, ceux qui tenaient les portes, ne le font plus par peur de vexer,
ceux qui vous regardaient avec des yeux pleins d'amour se retiennent, par
peur de tomber sous le coup du harcèlement, bref, les hommes qui vous
aimaient sincèrement vous craignent, et les pires brutes qui vous frappaient
le font encore: il faut être sensible même pour éprouver la peur du gendarme. C'est pour toutes ces raisons, Madame, que vous me
trouvez amer. Je suis persuadé que vous êtes une femme adorable, mais que
l'air du temps vous a tourné la tête, c'est pour cela que je ne vous en veux
aucunement de ne plus croire que j'ai de l'esprit, vous me relirez plus tard,
et peut être m'en ferez vous crédit. Sacha Guitry |
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Ah-ha! Vous vous contredisez, cher ami! Non, je ne crois pas et ne feins pas de croire qu'il n'existe
qu'une seule forme de féminisme. Je vous donnais l'acception du dictionnaire,
qui est générale, mais je sais pertinemment que ce mouvement peut aussi bien
être influencé par des tendances soit libérales, soit radicales et cetera!
Eh-he! Je ne suis pas peu fière de mon coup. J'ai réussi à
vous faire dire implicitement que le féminisme avait sa raison d'être dans
«les pays où "démocratie" est un gros mot». La-la-la-la-lèèèère!
Bisque-bisque-rage! Quoi qu'il en soit, je ne dis pas que les publicitaires
devraient être brûlés sur la place publique, ni même mis au pilori, mais il
n'en demeure pas moins que la société de consommation véhicule certains
stéréotypes sexistes tout aussi réducteurs pour l'homme que la femme... Mais
je suis si heureuse de ma victoire! Pompelipompompidou! Tout ça pour vous dire aussi que l'existence d'une
jolie camionneuse ne doit pas être déplaisante non plus... Vous pourriez
voyager. Ce ne serait pas poétique? Pour conclure, sans vouloir vous narguer avec mon
triomphe, ni vous confondre dans les affres de votre défaite, je vous dirai
une fois encore: ah-ha, eh-he! Bien à vous, Michèle Tremblay |
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Chère Madame, Vous me réjouissez chaque jour un peu plus. À vous
imaginer sautiller et vous trémousser devant votre «victoire», j'esquisse un
sourire grand comme votre méprise. D'où tirez-vous, Madame, cette idée saugrenue que je
suis opposé à toute forme de féminisme? Le seul féminisme, pour moi, qui ait
une utilité réelle, c'est celui qui pousse des femmes opprimées, violées,
torturées et j'en passe, à se dresser contre l'oppression et la tyrannie.
Pour moi, ce féminisme est une forme de révolte des esclaves. J'ai toujours
été l'ennemi de la tyrannie, et les bruits de bottes m'ont toujours laissé un
sentiment d’écœurement; aussi, que des esclaves se révoltent, et vous me
verrez au premier rang. J'ai agi contre des bourreaux, j'ai aidé des
victimes, alors toute injustice m'est odieuse. Mais ce féminisme pudibond, hargneux, affiché par des
femmes qui ont des droits et qui souvent, d'ailleurs, oublient leurs devoirs,
ce féminisme occidental, ce féminisme des nantis (car, auprès de ces femmes
opprimées, êtes-vous à plaindre, Mesdames?), ce féminisme, enfin, qui traite
de machiste, de phallocrate, de porc immonde celui qui ne pense pas comme
lui, c'est lui que je trouve inutile et contre-productif. Aussi, Madame, ne voulant pas vous laisser vous bercer
d'illusions, je viens, fort modestement, nous nous connaissons assez
maintenant, crever votre si jolie bulle de suffisance. Je suis heureux car,
aujourd'hui, je viens d'avoir ma réponse. En effet, depuis votre si étrange
question sur ma possible réincarnation, je me demandais ce qui vous avait
poussée, et vous poussait encore, à m'interroger. Je le sais maintenant. Asinus
asinum fricat, vous êtes partie de cette idée que j'étais un adversaire
digne d'affrontement, vous l'avouez, vous pensiez que j'avais de l'esprit, en
disant cela, vous affirmez que vous vous frottiez à quelqu'un qui pouvait
vous en remontrer mais aussi qu'il n'en est rien. Puis, par un jeu très
féminin qui est de ne retenir que ce qui vous intéresse (si j'avais été
macho, j'aurais dit, «que ce que vous comprenez»), vous me faites dire ce qui
vous arrange pour en conclure que j'ai tort, ce qui est, ma foi, un peu
cavalier. On me reprochait ma façon de dire môa, sachez Madame que, si «vous
n'êtes pas peu fière de votre coup», c'est qu'alors vous vous contentez de
peu. Enfin
sachez aussi que la poésie du cambouis n'a jamais été mon fort. Quant à
voyager, je pense avoir, dans ma vie et ce, depuis ma plus tendre jeunesse,
voyagé plus souvent qu'à mon tour en suivant d'abord mon père, puis en ayant
ma propre carrière. Souffrez donc, Madame, que je vous égratigne un peu en
vous comparant à un buvard: vous retenez parfaitement les choses, mais à
l'envers. Sacha Guitry
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Cher Monsieur, Je prends le parti d'ignorer vos multiples insultes
(argumentation ad personam, donc sophisme auquel il ne vaut pas la peine de
répondre) pour vous dire que ce n'est pas parce que certaines femmes sont
plus opprimées que d'autres que ces dernières doivent cesser de faire valoir
leurs droits. Sachez que même en «Occident», il existe des femmes
battues, violées, victimes d'inceste et cetera. Et même sans être de
celles-ci, il est tout de même très raisonnable pour nous, les femmes, de
déployer toutes nos énergies pour nous sortir du carcan infantilisant et
stéréotypé dans lequel nous sommes enfermées. Ce n'est certes pas sous
prétexte que certains hommes sont torturés pour la liberté d'expression dans
d'autres pays que vous supporteriez sans rien dire qu'on ne fasse que vous
casser un pied pour la même cause dans le vôtre. Concernant nos «devoirs», j'aurais bien aimé savoir ce
que vous entendez par là. Quant à vos spéculations sur ce qui m'a poussée à vous
interroger, vous cherchez trop loin. La réponse était: le divertissement.
Rien de plus. Pour conclure, je veux bien admettre que je ne retiens
que ce que je veux pourvu que vous avouiez me faire dire bien des choses que
je n'ai jamais dites. Michèle Tremblay |
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Chère Madame, Vous ne cesserez de me ravir, Madame, je découvre sous votre
plume que je vous insulte! Mais je crois n'avoir fait que vous répondre, et
si ne vous céder un pouce de terrain c'est vous insulter, alors oui, Madame,
je l'avoue, je vous ai insultée. Oh, bien entendu, j'aurais beau jeu de vous
dire que vos propos n'ont pas été empreints de tout le respect que je suis en
droit d'attendre, mais je n'en ferai rien. Oh, bien entendu, je ne vous ferai
pas remarquer que je n'ai jamais insulté une femme et que je ne vois pas
pourquoi je devrais commencer avec vous, et que si j'avais à y passer, Yvonne
Printemps serait plus indiquée. Mais non, je n'en ferai rien, vous trouveriez
encore quelque chose à me reprocher, j'en suis persuadé… Quand je dis que
vous ne cessez de me ravir, c'est que votre constance est admirable: vous me
jetez au visage ce que vous appelez mon «argumentation ad personam», en bonne
féministe que vous n'êtes pas, vous n'avez pas pu écrire que mon
argumentation pouvait être «ad hominem»! Vous parlez de «carcan infantilisant», mais ne
savez-vous, Madame, que la femme la plus habile est celle qui sait jouer de
ce caractère enfantin. Oh, je sais, c'est pour les femmes mûres que vous vous
battez, elles ne peuvent en jouer sans être ridicule, c'est une sorte de
reclassement de la femme qui semble vous effrayer. Mais n'oubliez pas que les
femmes s'adaptent et c'est là leur principale qualité. Que ne vous
adaptez-vous pas, Madame? Pourquoi reprocher les stéréotypes qui semblent
vous coller à la peau, Mesdames, alors que vous, Madame, me chargez de tout
ce que les rancoeurs féminines ont produit de plus vil? Les devoirs des femmes? Mais, Madame, me croyez-vous
assez fou pour vous fournir les verges, excusez-moi du mot, avec lesquelles
vous me flagellerez? Les femmes ont des devoirs, elles les connaissent, et
certaines, fortes de leurs droits à revendiquer, s'en affranchissent. Vous arguez du divertissement pour m'assaillir de
perfidies, je savais les femmes joueuses, mais vous les battez toutes et de
loin! Et enfin, vous voulez me faire avouer que je vous fais dire
des choses que vous ne dites pas. Et bien, je vous donne le choix: soit vous
êtes consciente de penser plus que vous ne dites, et vous connaissez le
filigrane de vos propos et dans ce cas, je suis innocent, soit vous êtes
inconsciente de la contrebande intellectuelle qui est la vôtre, et je vous ai
surestimée, Madame. Sacha Guitry |