Femme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tremblay_michele@yahoo.ca

 

 

 

Monsieur Guitry,

Si vous deviez, après votre mort, vous réincarner en femme, quelle genre de femme seriez-vous?

Michèle Tremblay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Chère Madame,

Il n'est pas anodin qu'une telle
question émane d'une femme. Mais, sans vous offenser, je crois que ce n'est pas, dans un premier temps, de savoir en quel genre de femme j'aimerais me réincarner qui est le plus important. Le point crucial, semble-t-il, est, de mon point de vue: «Est-ce que je voudrais me réincarner en femme?». La réponse est oui, assurément oui. Tout d'abord, parce qu'ayant toujours été un bourreau de travail, j'aspirerais à avoir une vie durant laquelle je ne travaillerais pas. La femme n'est, à mon sens, pas faite pour travailler et c'est un bien. En effet, l'homme n'est pleinement heureux et satisfait que lorsqu'il peut tirer une certaine fierté du grand train que sa femme peut mener. Bien entendu, ce train, il doit en être la seule locomotive, sous peine de perdre tout plaisir, à moins d'avoir une âme de souteneur.

Quelle femme serais-je? Jolie assurément car aimée. Toutes les femmes qui sont aimées ont cela en commun qu'elles sont jolies, charmantes et ravissantes. Intelligente à coup sûr, car les femmes, toutes les femmes, exception faite de quelques féministes, sont intelligentes. Et je ne parle pas de cette intelligence du coeur que l'on accorde perfidement et comme une aumône aux gens dont on n’ose pas dire qu'ils vous font pitié. Non, je pense à l'intelligence, la vraie, celle qui parle de jugement, de perspicacité et de réflexion. N'en faut-il pas pour trouver le moment le plus adéquat pour annoncer à l'être jadis aimé «C'est fini»? Et par adéquat, j'entends le pire moment pour l'autre, qui est en général le meilleur pour vous. N'en faut-il pas pour répondre à la pathétique question: «Mais est-ce que tu m'aimes encore?» un «Je ne sais pas...»? Notez bien, Madame, ne pas répondre «Oui», ça laisserait de l'espoir, ne pas répondre «Non», il se consolerait, laisser planer le mystère, qu'il se ronge. Après tout, une femme qui s'en va ne va tout de même pas penser au désordre qu'elle laisse derrière elle. À lui de faire le ménage pour une fois.

Je serais de ces femmes qui écrivent des lettres impudiques et qui font jurer à leur amant de les détruire. Je serais de ces femmes qui reprochent à leur amant d'avoir détruit leurs lettres. Je serais de ces femmes qui inventent des mensonges tellement vrais pour cacher leurs aventures qu'elles ne sont plus crédibles quand elles disent la vérité. Je serais de ces femmes qui aiment l'amour mais qui, qu'importe ce que cela leur coûtent, certains soirs, se refusent pour assurer leur pouvoir à un homme au désir animal.

Je serais de ces femmes qui s'interrogent sur ce qu'un homme, qu'on a érigé en misogyne, serait comme genre de femme.

En un mot, si je devais être une femme, je serais extraordinaire, anormale, tellement différente que je ressemblerais à toutes les femmes. Si j'ai parlé des femmes, sachez que c'est en pensant au mal qu'elles m'ont fait, mais, à chaque fois que je pense au bonheur qu'elles m'ont apporté, c'est à Elle, au singulier, que je m'attache.

Alors pour finir par, enfin, vous répondre, si j'étais une femme, je serais moi, mais en mieux, et je crois que je fuirais comme la peste l'homme que je suis, je me connais tellement...

Sacha Guitry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tremblay_michele@yahoo.ca

 

 

 

Cher monsieur,

Un conseil cependant: si vous souhaitez vivre en femme pour mener une vie d'oisiveté, je vous suggère vivement de ne pas être hétérosexuelle, car l'homme vous fera indubitablement travailler et ce, sans rémunération digne de ce nom. Vous devrez le torcher, élever ses enfants, lui faire ses repas et ce, en gardant toujours en tête d'être présentable (ça va de soi).

Vous serez belle, certes, puisque vous êtes si certain que la beauté dépend de notre volonté uniquement. Toutefois, n'omettez point qu'il en va autrement pour les membres de la gent féminine que pour les mâles: après 45 ans, on ne vous regardera même plus. (Et je suis généreuse).

Je vous exhorte donc à conserver votre attirance actuelle pour les femmes dans votre vie postérieure (pardonnez-moi ce calembours douteux), car l'ensorcelante que vous projetez d'être sera fort déçue si elle doit composer avec les hommes...

Amitiés,

Michèle Tremblay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Chère Madame,

 

Je vois, mais je l’avais déjà pressenti, que vous êtes féministe. Oh, je ne vous en blâme pas, mais je m’étonne qu’après tant d’erreurs, celles-ci persistent et signent. Doit-on y voir de la persévérance ou de l’entêtement, ce n’est pas à moi de répondre.

 

Comment en suis-je arrivé à déduire que vous êtes féministe? Plus que par vos propos, c’est par votre incompréhension complète de tout ce que je peux dire qui m’a amené à cette conclusion. Jamais je n’ai dit que, par paresse, je voulais être une femme et que toutes ne sont bonnes qu’à attendre le retour de leur mari. J’ai affirmé que, pour moi, la femme est capable de tout, mais qu’elle n’est pas faite pour travailler, saisissez la nuance… De plus, qui a dit qu’une femme au foyer ne travaille pas? Sûrement pas moi! Je pense au contraire que cela tient du sacerdoce, et plus encore, car ici le dieu est humain!

 

La beauté dépend-elle de la volonté? Je crois en effet que la femme a tous les artifices qui lui permettent d’être belle, à condition qu’elle, et son mari, lui en donnent les moyens.

 

Vous affirmez que les femmes doivent composer avec les hommes, mais n’en est-il pas de même pour nous? Sans un minimum de composition de la part de l’homme, combien de couples se sépareraient sur l’heure et plus encore en votre siècle, Madame.

 

Enfin, concernant l’âge des femmes, je vous dirai que le galant homme est celui qui, rencontrant une femme entre deux âges, opte pour le moins vraisemblable.

 

Sacha Guitry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tremblay_michele@yahoo.ca

 

 

 

Cher Monsieur,

 

Vous aussi, vous me comprenez de travers. Vous me faites dire que «les femmes doivent composer avec les hommes». Or, ce n'est pas du tout ce que j'ai dit. Je ne saurais faire preuve de misandrie et ce, même si vous étiez misogyne (j'ai bien dit «si»). Ce que j'ai voulu faire entendre, en l'occurrence, c'est que la femme que vous imagineriez être (soit une belle oisive) aurait sans doute plus de facilité à composer avec les femmes qu'avec les hommes. En union homosexuelle, vous n'aurez probablement pas d'enfants à éduquer, ce qui vous épargnera une partie du labeur que vous abhorrez. Une autre femme sera aussi plus encline à partager avec vous les tâches ménagères, si j'en crois les statistiques, selon lesquelles c'est à la gent féminine qu'incombe le rôle de fée du logis. Qui plus est, une dame saura certainement mieux accepter votre vieillissement qu'un homme, car dans notre société phallocentrique, un homme mûr est considéré comme séduisant et une femme mûre comme bonne pour le rebut. À ce sujet, vous pourriez vous référer à La Rochefoucauld, lui aussi sur Dialogus, qui affirme «qu'il ne sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle sans être jeune». Vous qui désirez rester belle, du moins aux yeux de votre partenaire, connaîtrez plus de succès en union homosexuelle.

 

Quant au reste, vous prétendez, comme Baudelaire, que «L'idole doit se dorer pour être adorée». Je vous répondrai que ça ne fera qu'un temps. Si vous vous fardez trop abondamment passé un certain âge, vous n'aurez l'air que d'une précieuse ridicule. Vous rappellerez à ceux qui vous regardent cette tirade qu'Hamlet déclama ayant le crâne de Yorick dans ses mains: «Vous irez dire à la reine qu'elle a beau se farder, il faudra bien qu'elle en vienne à cette figure-là».

 

Bref, vous m'accuserez de ne pas appliquer mes judicieuses suggestions, car je suis moi-même amoureuse d'un damoiseau et non d'une damoiselle.

 

Pour ce qui est d'être féministe, mon dictionnaire donne l'acception suivante au terme: «Doctrine qui préconise l'extension des droits, du rôle de la femme dans la société. Le féminisme politique des suffragettes.». Comment, alors, en tant que femme, pourrais-je faire autrement qu'être féministe. Avec votre intelligence, la femme que vous projetez être dans une prochaine réincarnation saurait-elle être autrement que féministe?

 

Au plaisir de vous lire sous peu.

 

Michèle Tremblay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Chère Madame,

 

Je ne vous suis plus, mais il semble d’après vous que je ne vous ai jamais comprise.

 

Tout d’abord vous me demandez quelle femme je serais si je devais me réincarner. Bien que la réincarnation soit pour moi une doctrine étrange, en effet, si l’on agit mal, on est déclassé, si on agit bien, on est surclassé, je me demande donc bien comment il faut agir pour se réincarner en femme, j’accepte donc de vous répondre.

 

Puis, vous me reprochez d’espérer me réincarner en femme ayant des qualités, si vous vouliez que je me vois en camionneuse, comme l’on dit, encore aurait-il fallu, Madame, me le préciser. Enfin, comme la femme est amenée à vieillir, vous me conseillez, en cas de réincarnation, de devenir lesbienne. Où voulez-vous en venir, Madame? De plus, si ce conseil venait d’une homosexuelle convaincue et militante, j’y verrais un acte politique fort, mais de votre propre aveu, Madame, vous ne l’êtes pas. Qu’est-ce qui vous fait m’écrire, Madame? Un compte à régler avec monsieur, avec les hommes, une frustration, un regret, que sais-je?

 

Et puis, Madame, à vous en croire, toute femme est féministe. Je n’en crois rien. Dans un premier temps, sachez que toute femme n’est pas féminine, alors pourquoi seraient-elles toutes féministes? Vous me direz que l’on ne choisit pas d’être féminine mais que l’on choisit d’être féministe. Alors si c’est un choix, pensez-vous que toute femme le fait? Là encore, je n’en crois rien. Vous le savez, je conviendrais facilement que les femmes nous sont supérieures si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales. Pourquoi chercher l’égalité? Qu’est-ce qui vous fascine tant dans notre position, Mesdames? Vous en conviendrez, derrière chaque grand homme, il y a une femme, ou des femmes, et qu’est-ce qu’ils seraient sans elles? Sans doute pas ce qu’ils sont. Les femmes ont cette faculté de voir les choses telles qu’elles sont, les hommes telles qu’ils voudraient qu’elles fussent. Alors, quitte à vous décevoir, Madame, je ne serais pas féministe, si j’étais une femme, je crois que j’en obtiendrais bien plus en ne l’étant pas…

 

Sacha Guitry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tremblay_michele@yahoo.ca

 

 

 

Cher Monsieur Guitry,

 

Mon petit doigt me dit que vous faites exprès de ne pas me comprendre pour me faire dire ce que je n'ai pas dit. Vous niez les nuances de mon discours et décontextualisez mes affirmations.

 

Je trouvais tout d'abord que vous aviez de l'esprit, mais j'en viens à suspecter quelque malhonnête stratagème intellectuel de votre part.

Je ne fais aucun reproche et ne me mêle pas de régler des comptes non plus.

 

Je n'ai pas foi en la réincarnation et je vous pose la question dans un but tout ludique. Vous acceptez de vous prêter au jeu, ce que je trouve sympathique, mais vous devenez progressivement amer, ce que je ne m'explique pas.

 

Je ne prône pas le lesbianisme comme mode de vie. Je le considère comme une préférence qu'on a ou qu'on n'a pas. Il ne me viendrait ni à l'esprit de convertir un hétérosexuel convaincu à l'homosexualité, ni l'inverse. Chacun fait ses choix de vie.

 

Toutefois, comme vous et moi sommes dans des spéculations fantaisistes (je vous le rappelle), je vous dis que la vie de femme que vous souhaiteriez avoir (très utopique à mon humble avis) serait plus facilement réalisable en la compagnie d'une nymphe que d'un Adonis. Il me semble que ma position, en soi, est très claire, et je ne vois pas ce que vous ne saisissez pas.

 

Quant aux camionneuses, je ne sais pas comment elles vous sont venues à l'esprit. Est-ce à «lesbienne» ou à «inculte» que vous les associez?

 

Enfin, bref, vous dites que vous ne seriez pas féministe. Vous ne voudriez donc pas voter, ni travailler (en fait, vous me l'avez déjà dit), ni avoir le droit de divorcer si votre époux vous battait,  ni lui réclamer de l'argent pour votre subsistance s'il vous abandonnait après vous avoir mise enceinte, ni que votre opinion soit sollicitée dans des débats intellectuels.

 

Vous qui êtes si brillant, je me demande comment vous supporteriez une telle soumission. Ça me porte à croire que votre vision de la vie féminine diffère fortement de la réalité.

 

Je n'ai pas de rancœur contre les hommes, monsieur Guitry, ni contre vous-même d'ailleurs. Je constate simplement qu'à l'échelle planétaire, le sort de la femme est moins enviable que celui de l'homme.

 

Mais, bien sûr, si vous-même vous réincarniez en femme, vous ne vous réincarneriez pas dans un pays où celle-ci se fait lancer du vitriol au visage parce qu'elle refuse un homme en mariage ou se fait lapider parce qu'elle a des relations extra-conjugales (qui sont bien souvent, en fait, des viols)...

 

Bon, je vous taquine un peu sur la naïveté de la réponse que vous m'avez faite, mais soyez assuré que je ne nourris à votre endroit aucune hargne, comme vous semblez le suspecter.

 

Bien à vous,

 

Michèle Tremblay

 

P.S. Ayez, je vous en prie, l'amabilité de me pardonner mes précédentes fautes d'orthographe. J'ai effectivement rougi de honte en relisant notre correspondance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Chère Madame,

 

J'en viens à croire que vous ne pouvez vous passer de moi, ce qu'en temps normal je trouverais charmant, mais, en ce cas précis, je suis plus indécis. En effet, il semble qu'à vos yeux je n'aie pas une image bien flatteuse. Qu'importe, mais enfin, pourquoi vouloir m'entraîner dans ce que j'appellerais des questions plus que fermées, en un mot cadenassées.

 

Si j'évoque la camionneuse, c'est que pour vous, si je dois être une femme, je dois être laide et sans charme. Pardonnez-moi mon outrecuidance, mais ayant été un homme, grand, charmant, et apprécié, tout cela au dire des femmes, et je peux vous dire que je n'en ai pas côtoyé et épousé que des soumises, je pensais à juste titre pouvoir espérer ne rien perdre de ce qui a fait ma personnalité, je vous rappelle que nous sommes dans des spéculations fantaisistes, je ne savais pas que vous seule en teniez les rênes.

 

Je ne serais pas féministe, je le dis et le répète, et je suis désolé de vous dire que si je vous parais malhonnête, vous me paraissez légère, ou machiavélique: vous croyez, ou feignez de croire qu'il existe un et un seul féminisme. Désolé de vous contredire, Madame, mais il en existe plusieurs, celui des femmes battues, violées ou torturées dans des pays où le mot de démocratie est un gros mot, n'a pour moi rien à voir avec celui qui estime qu'une publicité dégrade à tel point la femme qu'on devrait brûler son auteur en place publique. Les féministes qui un jour m'ont accusé d'être misogyne n'ont rien à voir avec celles qui revendiquent, dans certains pays, des droits que les enfants, mâles cela s'entend, ont depuis leur naissance.

 

Je deviens amer, c'est un fait, lorsque je vois que, sous couvert du jeu, vous employez les mêmes méthodes que le pire des phallocrates. Oh, je sais, les stratégies pré-closes, comme l'on dit, sont plutôt féminines, il faut de la finesse pour les manier avec efficacité, mais malheureusement, vous le savez, les femmes, je suis contre, tout contre, alors je les vois venir.

 

Le sort des femmes est moins enviable que celui des hommes, je vous le confesse, mais ce que je me demande, c'est comment vous pouvez méconnaître le mal que le féminisme a fait aux femmes. Les hommes galants, ceux qui tenaient les portes, ne le font plus par peur de vexer, ceux qui vous regardaient avec des yeux pleins d'amour se retiennent, par peur de tomber sous le coup du harcèlement, bref, les hommes qui vous aimaient sincèrement vous craignent, et les pires brutes qui vous frappaient le font encore: il faut être sensible même pour éprouver la peur du gendarme.

 

C'est pour toutes ces raisons, Madame, que vous me trouvez amer. Je suis persuadé que vous êtes une femme adorable, mais que l'air du temps vous a tourné la tête, c'est pour cela que je ne vous en veux aucunement de ne plus croire que j'ai de l'esprit, vous me relirez plus tard, et peut être m'en ferez vous crédit.

 

Sacha Guitry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tremblay_michele@yahoo.ca

 

 

 

Ah-ha!

 

Vous vous contredisez, cher ami!

 

Non, je ne crois pas et ne feins pas de croire qu'il n'existe qu'une seule forme de féminisme. Je vous donnais l'acception du dictionnaire, qui est générale, mais je sais pertinemment que ce mouvement peut aussi bien être influencé par des tendances soit libérales, soit radicales et cetera! Eh-he!

 

Je ne suis pas peu fière de mon coup. J'ai réussi à vous faire dire implicitement que le féminisme avait sa raison d'être dans «les pays où "démocratie" est un gros mot». La-la-la-la-lèèèère! Bisque-bisque-rage!

 

Quoi qu'il en soit, je ne dis pas que les publicitaires devraient être brûlés sur la place publique, ni même mis au pilori, mais il n'en demeure pas moins que la société de consommation véhicule certains stéréotypes sexistes tout aussi réducteurs pour l'homme que la femme... Mais je suis si heureuse de ma victoire! Pompelipompompidou!

 

Tout ça pour vous dire aussi que l'existence d'une jolie camionneuse ne doit pas être déplaisante non plus... Vous pourriez voyager. Ce ne serait pas poétique?

 

Pour conclure, sans vouloir vous narguer avec mon triomphe, ni vous confondre dans les affres de votre défaite, je vous dirai une fois encore: ah-ha, eh-he!

 

Bien à vous,

 

Michèle Tremblay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Chère Madame,

 

Vous me réjouissez chaque jour un peu plus. À vous imaginer sautiller et vous trémousser devant votre «victoire», j'esquisse un sourire grand comme votre méprise.

 

D'où tirez-vous, Madame, cette idée saugrenue que je suis opposé à toute forme de féminisme? Le seul féminisme, pour moi, qui ait une utilité réelle, c'est celui qui pousse des femmes opprimées, violées, torturées et j'en passe, à se dresser contre l'oppression et la tyrannie. Pour moi, ce féminisme est une forme de révolte des esclaves. J'ai toujours été l'ennemi de la tyrannie, et les bruits de bottes m'ont toujours laissé un sentiment d’écœurement; aussi, que des esclaves se révoltent, et vous me verrez au premier rang. J'ai agi contre des bourreaux, j'ai aidé des victimes, alors toute injustice m'est odieuse.

 

Mais ce féminisme pudibond, hargneux, affiché par des femmes qui ont des droits et qui souvent, d'ailleurs, oublient leurs devoirs, ce féminisme occidental, ce féminisme des nantis (car, auprès de ces femmes opprimées, êtes-vous à plaindre, Mesdames?), ce féminisme, enfin, qui traite de machiste, de phallocrate, de porc immonde celui qui ne pense pas comme lui, c'est lui que je trouve inutile et contre-productif.

 

Aussi, Madame, ne voulant pas vous laisser vous bercer d'illusions, je viens, fort modestement, nous nous connaissons assez maintenant, crever votre si jolie bulle de suffisance. Je suis heureux car, aujourd'hui, je viens d'avoir ma réponse. En effet, depuis votre si étrange question sur ma possible réincarnation, je me demandais ce qui vous avait poussée, et vous poussait encore, à m'interroger. Je le sais maintenant. Asinus asinum fricat, vous êtes partie de cette idée que j'étais un adversaire digne d'affrontement, vous l'avouez, vous pensiez que j'avais de l'esprit, en disant cela, vous affirmez que vous vous frottiez à quelqu'un qui pouvait vous en remontrer mais aussi qu'il n'en est rien. Puis, par un jeu très féminin qui est de ne retenir que ce qui vous intéresse (si j'avais été macho, j'aurais dit, «que ce que vous comprenez»), vous me faites dire ce qui vous arrange pour en conclure que j'ai tort, ce qui est, ma foi, un peu cavalier. On me reprochait ma façon de dire môa, sachez Madame que, si «vous n'êtes pas peu fière de votre coup», c'est qu'alors vous vous contentez de peu.

 

 Enfin sachez aussi que la poésie du cambouis n'a jamais été mon fort. Quant à voyager, je pense avoir, dans ma vie et ce, depuis ma plus tendre jeunesse, voyagé plus souvent qu'à mon tour en suivant d'abord mon père, puis en ayant ma propre carrière.

 

Souffrez donc, Madame, que je vous égratigne un peu en vous comparant à un buvard: vous retenez parfaitement les choses, mais à l'envers.

 

Sacha Guitry 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tremblay_michele@yahoo.ca

 

 

 

Cher Monsieur,

 

Je prends le parti d'ignorer vos multiples insultes (argumentation ad personam, donc sophisme auquel il ne vaut pas la peine de répondre) pour vous dire que ce n'est pas parce que certaines femmes sont plus opprimées que d'autres que ces dernières doivent cesser de faire valoir leurs droits.

 

Sachez que même en «Occident», il existe des femmes battues, violées, victimes d'inceste et cetera. Et même sans être de celles-ci, il est tout de même très raisonnable pour nous, les femmes, de déployer toutes nos énergies pour nous sortir du carcan infantilisant et stéréotypé dans lequel nous sommes enfermées. Ce n'est certes pas sous prétexte que certains hommes sont torturés pour la liberté d'expression dans d'autres pays que vous supporteriez sans rien dire qu'on ne fasse que vous casser un pied pour la même cause dans le vôtre.

 

Concernant nos «devoirs», j'aurais bien aimé savoir ce que vous entendez par là.

 

Quant à vos spéculations sur ce qui m'a poussée à vous interroger, vous cherchez trop loin. La réponse était: le divertissement. Rien de plus.

 

Pour conclure, je veux bien admettre que je ne retiens que ce que je veux pourvu que vous avouiez me faire dire bien des choses que je n'ai jamais dites.

 

Michèle Tremblay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Chère Madame,

 

Vous ne cesserez de me ravir, Madame, je découvre sous votre plume que je vous insulte! Mais je crois n'avoir fait que vous répondre, et si ne vous céder un pouce de terrain c'est vous insulter, alors oui, Madame, je l'avoue, je vous ai insultée. Oh, bien entendu, j'aurais beau jeu de vous dire que vos propos n'ont pas été empreints de tout le respect que je suis en droit d'attendre, mais je n'en ferai rien. Oh, bien entendu, je ne vous ferai pas remarquer que je n'ai jamais insulté une femme et que je ne vois pas pourquoi je devrais commencer avec vous, et que si j'avais à y passer, Yvonne Printemps serait plus indiquée. Mais non, je n'en ferai rien, vous trouveriez encore quelque chose à me reprocher, j'en suis persuadé… Quand je dis que vous ne cessez de me ravir, c'est que votre constance est admirable: vous me jetez au visage ce que vous appelez mon «argumentation ad personam», en bonne féministe que vous n'êtes pas, vous n'avez pas pu écrire que mon argumentation pouvait être «ad hominem»!

 

Vous parlez de «carcan infantilisant», mais ne savez-vous, Madame, que la femme la plus habile est celle qui sait jouer de ce caractère enfantin. Oh, je sais, c'est pour les femmes mûres que vous vous battez, elles ne peuvent en jouer sans être ridicule, c'est une sorte de reclassement de la femme qui semble vous effrayer. Mais n'oubliez pas que les femmes s'adaptent et c'est là leur principale qualité. Que ne vous adaptez-vous pas, Madame? Pourquoi reprocher les stéréotypes qui semblent vous coller à la peau, Mesdames, alors que vous, Madame, me chargez de tout ce que les rancoeurs féminines ont produit de plus vil?

 

Les devoirs des femmes? Mais, Madame, me croyez-vous assez fou pour vous fournir les verges, excusez-moi du mot, avec lesquelles vous me flagellerez? Les femmes ont des devoirs, elles les connaissent, et certaines, fortes de leurs droits à revendiquer, s'en affranchissent.

 

Vous arguez du divertissement pour m'assaillir de perfidies, je savais les femmes joueuses, mais vous les battez toutes et de loin!

 

Et enfin, vous voulez me faire avouer que je vous fais dire des choses que vous ne dites pas. Et bien, je vous donne le choix: soit vous êtes consciente de penser plus que vous ne dites, et vous connaissez le filigrane de vos propos et dans ce cas, je suis innocent, soit vous êtes inconsciente de la contrebande intellectuelle qui est la vôtre, et je vous ai surestimée, Madame.

 

Sacha Guitry