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Loic
Le Mesnil
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Monsieur
Sacha Guitry,
Ma question, crue et incisive, doit faire l'objet d'un bref préambule. Qu'un
quiproquo en naisse serait pour moi affliction et déconvenue. J'en serais
fort marri (une âme comme la vôtre goûtera ici le calembour subtil). En
effet, je vous admire. Vous avez érigé le Boulevardier de la Belle Époque en
colosse archétypique. Le matériau de base étant fort friable, il en découle
que cet exploit sculptural ne fut pas mince. Et votre mérite n'en est conséquemment
que plus ample. Tant et bien que la présente missive est une missive amie.
Voici donc cette perfidie du commun que je voudrais que vous et moi, hommes
de bonne futaie, pourfendions de concert:
Que faites-vous de l'idée reçue selon laquelle vous êtes un fat?
Quadrillement vôtre,
Loic Le Mesnil
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Sacha
Guitry
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Monsieur
Loic Le Mesnil,
Pour répondre d'un mot à votre question je pourrais dire que si ceux qui
disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux ils en
diraient sûrement beaucoup plus mais je ne chercherai pas de faux fuyant et
je m'interrogerai sur ce mot, "fat". Le "fat" est
vaniteux mais, la vanité, c'est l'orgueil des autres alors si on me dit
orgueilleux, je m'en flatte. Le "fat" est aussi satisfait de lui-même
mais quand on voit le monde on se dit que la seule chose dont on peut se
satisfaire c'est bien encore de soi quand on en vaut la peine et je pense
sans fatuité aucune valoir au moins ma propre estime. J'ai bien noté vos
protestations d'admiration, Monsieur, aussi si je m'y laissais prendre je
pourrais presque voir en vous un homme de goût. Mais je ne peux que vous
conseiller de ne jamais avoir d'idole car le piédestal où on les pose est si
fragile que je préfère rester à hauteur d'homme ce qui, pour moi, vue ma
stature n'est pas un supplice.
En espérant avoir pu vous répondre selon vos voeux, en ce qui me concerne,
j'ai répondu selon les miens.
Sacha Guitry
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