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Laurence |
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Et Dieu dans tout ça? |
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Bonjour Maître, On m'a récemment offert une réédition de «Si j'ai bonne mémoire» datée de 1954, avec vos dessins. Je me suis donc empressée de me replonger dans votre ouvrage, avec autant de plaisir d'ailleurs qu'il y a quinze ans à la première lecture. Une phrase m'a frappée.Vous parlez beaucoup de votre enfance et notamment de l'éducation religieuse qui vous a été transmise dans les pensionnats. Or vous écrivez que ce ne sont pas vos précepteurs qui vous ont fait croire en Dieu, mais des non-croyants. C'est étonnant, mais votre rapport à la religion est une chose qui doit vous être très personnelle car vous ne la mettez jamais en scène -à moins que je ne me trompe- car je n'ai pas encore lu toutes vos pièces, mais j'en ai lu beaucoup. Comme beaucoup de femmes diriez-vous, je suis peut-être extrêmement curieuse, mais j'aimerais savoir comment vous vous situez par rapport à Dieu et à la religion. Je sais que vous avez fait deux mariages civils et deux mariages religieux -un catholique et un orthodoxe: le mariage religieux avait-il une signification pour vous? Pourquoi la religion n'a-t-elle aucune place dans vos pièces? Avec mes sentiments respectueux, Laurence Madame, Votre question sur la religion est pour moi très dérangeante. Vous l'avez remarqué, je n'en parle pas. C'est un fait, de mes ouvrages, je n'ai pas mis le Divin bien que certains aient pu les trouver divins. En effet, le rapport à la religion est pour moi personnel. Et je vous rappelle que je suis comédien et que les comédiens, depuis Molière, ont beaucoup de mal avec la religion. Rappelez-vous Le Roman d'un tricheur, le personnage est vivant, peut-être parce qu'il a volé. Ce rapport ambigu à la religion, j'en conviens, pourrait choquer. Mais vous le savez, ce qui ne me passionne pas m'ennuie, aussi la religion n'étant pas une passion… Et puis la religion est faite pour les malheureux. Elle apporte le soutien, la consolation. J'ai été un homme formidablement heureux, aussi n'ai-je pas eu à m'interroger sur le quelconque soutien de Dieu alors que la vie, déjà me comblait. C'est pour cela que, sincèrement, votre question est dérangeante: n'ai-je pas été trop heureux dans la vie pour être un vrai croyant? En espérant que ces quelques lignes auront éclairé mon silence qui est pourtant une discipline dans laquelle Dieu excelle. Sacha Guitry |
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