Enfin...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

clenormand@numericable.fr

 

 

 

...enfin je vous rencontre!

Depuis que j'ai fait votre connaissance, je désespérais de pouvoir vous contacter un jour. Quel bonheur de se sentir ainsi vivante après avoir imaginé le pire, ne jamais vous rencontrer.

Je vous ai joint la «Lettre à mon fils» sur laquelle il fallait bien que je tombe un jour, pour que plus tard, elle m'aide à me relever. Elle et le Travail, votre passion et la mienne désormais, qui nous a, vous comme moi, permis de survivre face aux affreux. Dois-je vous raconter que toute petite déjà, j'écoutais votre voix et regardais vos gestes avec bonheur, tant m'apparaissait déjà la joie que vous aviez à faire vos métiers.
Que j'ai aimé grâce à vous la peinture, la littérature, la musique et le chant, les couleurs, les formes, les sons, le faste nécessaire, le superflu indispensable et les Grands Hommes. La Vie tout simplement me direz vous peut-être, mais celle que l'on se fait n'est-ce pas?

Pas un seul instant je ne vous ai trouvé «suffisant», comme s'était plu à le dire cette vilaine femme devant la Comédie Française je crois, cédant comme beaucoup d'imbéciles à la facilité à vous juger sur votre apparence... Alors que vous souffriez d'une rage de dents. Comme j'ai envié vos femmes et vos amis Sacha, d'avoir eu la chance de croiser votre existence!

Permettez-moi je vous en supplie de prononcer votre prénom comme si j'en avais le droit. Je l'ai donné à mon deuxième fils comme second patronyme il y a quelques années après vous avoir redécouvert et relu; il m'appartient depuis, je ne voulais pas vous oublier.

François Truffaud que vous auriez adoré connaître et qui vous paraphrasait parfois, avait fait dire à l'un de ses comédiens dans deux de ses films «C'est une joie et une souffrance à la fois». Alors comme il semble que je sois autorisée à vous poser une question, je voulais vous demander: C'est bien ça n'est-ce pas, «écrire»?

Cathy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Madame,

Vous me dites, «enfin, je vous rencontre», mais j'ai l'impression que vous m'avez déjà découvert depuis longtemps...

Lorsque l'on me demande pourquoi je n'ai pas eu d'enfant, je me dis qu'il y avait déjà deux Guitry, et je ne voulais pas accabler le monde par l'irruption d'un troisième. Je n'ai pas eu d'enfant mais j'aime les enfants chez les autres... Et n'ayant pas eu d'enfant, je me suis contenté d'être un fils.

Vous avez donné mon prénom à votre fils mais c'est un surnom que vous lui avez donné, ce surnom me vient de ma jeunesse et je le dois à une comtesse et à une réflexion de mon père qui trouvait que mon prénom, multiple qui plus est, était décidément trop long... C'est donc un prénom qui a une histoire, pour moi du moins, et il est, je le crois, normal, que vous en soyez informée...

Si je vous ai donné le goût des arts, j'ai néanmoins un regret, c'est de pas vous avoir connue plus tôt, pour avoir le plaisir de vous faire visiter cette maison qui a été celle de mon père et la mienne, cette maison qui a abrité une collection où les oeuvres d'art côtoyaient les objets intimes des grands hommes, j'aurais aimé vous décrire par le menu la profondeur d'une esquisse, le mouvement qui se laisse voir dans un croquis préparatoire à une danseuse qui effleure le parquet de sa pointe...

Vous avez envié mes femmes dites vous ? Combien d'entre elles vous auraient volontiers cédé la place...

Pour finir je vous laisse sur ce qui pour moi résume le mieux cette relation qui vous semble exister entre nous: «Rien n'est éternel, sauf peut-être le souvenir qu'on laisse.»

Sacha Guitry