Aragon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

sarah_romanin@moncourrier.com

 

 

 

Monsieur Guitry,

Louis Aragon a écrit un magnifique roman d'amour intitulé Aurélien. Son héros éponyme dit quelque part «Les femmes avec lesquelles on couche, ce n'est pas grave. Le chiendent, ce sont celles avec lesquelles on ne couche pas.»

Que pensez-vous de ce fragment d'un de vos immédiats contemporains?

Sarah Romanin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sacha Guitry

 

 

 

Chère Madame,

Écoutez bien Madame, je lis avec plaisir votre courrier m'interrogeant sur un trait relatif aux femmes. Oui, on s'accorde à me considérer comme un spécialiste alors qu'il n'en est rien, je confesse que les femmes ont toujours été pour moi une énigme et que je n'ai jamais cessé de chercher à la résoudre mais ce que trompe le monde c'est que j'épousais, oui, j'épousais les femmes que je désirais mais combien en ont connu plus que moi mais, refusant de leur donner leur nom, n'ont pas acquis cette aura que l'on me prête. La citation que vous soumettez à ma réflexion pose que les femmes avec lesquelles on couche ce n'est pas grave là, je ne peux y souscrire en effet mon expérience, limitée comme je viens de vous le dire, me permet d'affirmer que certaines femmes avec lesquelles on couche c'est au contraire très grave, voire gravissime quelles partent ou qu'elles restent certaines sont malheureusement porteuse d'un gène de gravité, pas tellement dans leur attitude mais dans leurs effets secondaires. Quant à celles avec lesquelles on ne couche pas... cela dépend encore de si l'on veut ou pas coucher avec, puis certaines ont le charme de l'inaccessible, du potentiel impossible et elles pourraient devenir, si elles nous succombaient, des représentantes émérites de la première catégorie, celles des poisons violents, des maladies horizontalement transmissible si vous voulez bien me pardonner ce mot qui sous-entend que faire l'amour n'est possible qu'allongé mais cela fait pendant aux femmes avec lesquelles on couche n'est-ce pas?

En espérant avoir répondu à votre question et que l'auteur de cette citation, si je le croise ne m'en voudra pas trop mais notre vécu est sûrement très différent vis-à-vis des femmes.