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Cher Sacha,
Veuillez m'accorder cette familiarité si vous le voulez bien;
en cette année 2007 nous célébrons le cinquantième anniversaire de votre
disparition et pourtant, à notre plus grande joie, vous n'avez jamais été aussi
présent. En ce qui me concerne, né le 31 juillet 1957, très jeune j'ai été
interpellé par les pré-génériques de vos films, puis plus tard à l'âge adulte,
j'ai commencé à lire vos pièces et également divers témoignages et biographies
écrites par vous-même ainsi que par certaines de vos épouses et divers amis,
sans oublier le fabuleux travail de monsieur Jacques Lorcey (celui-ci étant, à
mon humble avis, une référence à votre sujet).
Ma fierté réside en la
possession d'une édition originale de "Quatre ans d'occupation" dédicacée par
vos soins ainsi qu'une multitude d'éditions originales de certaines de vos
oeuvres. Je viens d'acquérir en dvd une belle édition de trois de vos films,
"Ils étaient neuf célibataires", "Donne-moi tes yeux" et "Tôa"; avec des bonus
commentés par messieurs Jacques Lorcey et Francis Huster... Ce dernier, dont
j'ai à moitié apprécié l'adaptation au théâtre du "Roman d'un tricheur", raconte
que lors de ses entrevues avec madame Arletty elle aurait prétendu que vous
étiez juif! Je vous assure que cela m'importe absolument aucunement, et là
j'insiste; mais cela n'a jamais été confirmé par vous, il me semble! Qu'en
est-il?
Puissiez-vous encore longtemps nous donner autant de bonheur et
plaisir à vous voir et à vous lire.
Cher Monsieur,
Vous vous savez familier et vous en abusez, je ne vous en
tiendrai pas rigueur pour une seule raison: vous avez prononcé le nom d'une
femme que j'adore… Arletty. Vous me dites que vous avez tout lu de moi, tout vu
de moi, remarquez comme je ne tombe pas dans le Môa, et j'en suis heureux pour
vous mais vous n'avez pas la réponse à cette question qui taraudait chacun:
«Guitry était-il juif?».
Alors si mon certificat de non-juif accordé par
le Grand Rabbin ne vous suffit pas, que dire? Si vous croyez qu'Arletty, cette
femme admirable que j'adorais et que j'adore aurait pu, pour quelque raison que
ce soit, mentir sur ce point, c'est que vous ne la connaissez pas. Si vous
pensez que la politique a été mon amie, sachez que j'ai été un homme affranchi
de toute idée, politique s'entend. Je n'ai pu être Pétainiste, ayant vu Pétain
trois fois dans ma vie et ne pouvant me résoudre à accorder ma confiance à un
gouvernement qui interdisait le divorce: comme fils de divorcé et pratiquant
moi-même, je ne pus y consentir. Ma plus grande peur dans cette guerre ne fut
jamais pour moi mais justement pour mes amis. Les bruits qui coururent sur les
mutilations infligées à Arletty m'ont été intolérables.
Comme vous le
voyez, Monsieur, mes réponses sont courtes, je n'ai que trop parlé pour défendre
devant des bourreaux de pacotille ma façon de voir l'Occupation: un immense
espoir dans le lendemain.
Sacha Guitry
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