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robin@rol.fr
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Cher Maître,
Je viens tout juste d'achever la lecture de«4 ans d'occupation-1940-1944».
Y a-t-il eu depuis sa parution, en 1947, d'autres faits probants, ou
témoignages qui confirmeraient ou infirmeraient votre propre témoignage?
Quelles ont été les réactions des «ingrats» et des «oublieux»à la sortie de
l'ouvrage?
La citation d'un témoin, de vos «amis», rapporté par Janson dans un article
paru dans l'Intransigeant en Nov. 47, je crois, et parlant du racolage que
vous faisiez en 42-43 pour des«soirées de l'ambassadeur»(d'Allemagne), que
vous qualifiez à l'époque de «nos amis», est tellement ridicule dans les
propos rapportés (vous y appâtiez le chaland avec la promesse du chocolat, de
la véritable crème, et du caviar que l'on trouve dans ces soirées...il ne
manquait que les Ferrero Roche d'or!), et vous ressemble si peu que l'on est
étonné que ce JANSON n'ait pas eu, une fois de plus, l'esprit plus critique.
Or donc, Cher Maître, cet homme semblait ne pas vous porter dans son coeur,
sauriez me dire pourquoi, quelle pouvait être l'origine de cette médiocre
haine?
Merci Cher Maître de votre prochaine réponse,
Admirativement vôtre,
Patrick Robin
Editeur
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Sacha
Guitry
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Cher Monsieur,
Comme vous le savez sans doute (ayant lu «Quatre ans d'occupation»), j'avais
comme projet de faire une suite, mais, lassé de remuer un passé nauséabond,
j'ai préféré abandonner. Mais comme vous me parlez d'un individu qui reste
pour moi représentatif de la bassesse humaine, je vais restituer un peu cette
époque noire de notre histoire de France. On m'a reproché d'être resté à
Paris pendant l'Occupation et d'y avoir travaillé, beaucoup.
Était-il plus facile de fuir l'Occupation ou de la subir? Était-il plus
louable de faire le jeu de l'Allemagne en lui abandonnant les leviers de
notre culture ou de continuer à produire des úuvres françaises? Devait-on se
laisser diviser pour qu'ils puissent mieux régner? Était-il plus noble
d'attendre en Provence la fin de la guerre et de revenir en donneur de leçon
ou de subir une injuste occupation en travaillant jour et nuit pour alléger
la peine du public parisien? Était-il plus efficace de se terrer dans une
cave ou de profiter d'un compliment d'officier dans sa loge pour obtenir la
libération de Juifs ou de soldats?
J'ai choisi de résister sur place, d'obtenir des conditions de vie plus
décentes pour des femmes et des hommes admirables ou inconnus. Mais ce que
Jeanson ne dit pas, c'est comment Lucachevitch et Jouvet m'ont prié
d'intervenir en sa faveur pour le faire libérer de la prison où il avait été
enfermé après avoir refusé de s'engager à défendre son pays. Ce qu'il oublie
de dire, c'est que c'est pendant l'Occupation qu'il est passé d'infâme
gratte-papier à directeur de journal. Pendant ce temps-là, je refusais des
sommes conséquentes en interdisant la représentation de la moindre de mes
pièces en Allemagne sauf dans une prison et ce, au seul bénéfice des
prisonniers. Lors de mes représentations à Paris, ce n'était pas le gotha de
l'armée allemande qui applaudissait, je me suis amusé à ressortir les
chiffres des recettes et c'est en moyenne cinq Allemands pour 795 Français
qui assistaient à mes pièces.
Non, cette médiocre haine n'est pas sans motivation, elle naît et est
entretenue par cette petitesse du moustique qui harcèle le lion, il n'est pas
brave, il est stupide et n'a rien à perdre, c'est la revanche des médiocres
cristallisée en un seul être. Si Jeanson avait été aussi efficace pour la
France, pendant la guerre, que je l'ai été, nous ne parlerions pas de lui
aujourd'hui. Il n'a pu être courageux, audacieux ou simplement utile, il a
donc choisi la posture du censeur. De l'inaction et de la bêtise, faisons un
nom propre, Jeanson me paraît la meilleure proposition.
Sacha Guitry
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