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Votre Altesse,
Premièrement, je me présente: Monya, musicienne de 13
ans, qui n'a jamais écrit à un prince, et qui vous admire
beaucoup. Donc, si je fais des fautes impardonnables, excusez-moi,
c'est la 1ère fois que je le fais.
D'abord, j'aimerais vous dire qu'en tant que cantatrice, j'aime
beaucoup vos madrigaux, mais, en tant qu'instrumentiste, je vous
demanderai de me dire si vous avez écrit des oeuves
instrumentales?
Secundo, je compatis infiniment à votre peine concernant votre
épouse. Mais ressaisissez-vous! Il vous reste certainement
tellement à offrir aux gens comme moi, comme mes amies, comme
mes collègues musiciens, comme au grand public du 21ème
siècle!
Maintenant, je vous dirai simplement: «au plaisir de vous lire».
Monya
Très chère Monya,
Vos compliments et votre soutien me vont droit au coeur. Je vous
remercie de m'envoyer de si gentils mots, mais la maladie prend de plus
en plus le pas sur moi, je suis de plus en plus fatigué et peu
motivé pour continuer à écrire... Ma Maria me
manque terriblement et je regrette de plus en plus mes actes
meurtriers.
Pour vous répondre, j'ai composé énormément
d'oeuvres instrumentales, surtout des petites pièces
destinées au luth. Malheureusement, je ne les ai jamais
présentées à aucun éditeur,
préférant faire reconnaître mes madrigaux, mes
motets et les répons de l'office des ténèbres.
Il reste peut-être une gaillarde que j'avais égarée
chez mon éditeur, peut-être l'a-t-il imprimée?
Merci pour vos compliments qui me permettent de voir que ma musique est
jouée au 21ème siècle, c'est ce à quoi
j'aspirais en faisant éditer mes madrigaux.
En ôtant la vie de ma bien-aimée, je me suis condamné à attendre la mort avec dégoût.
Cordialement,
Carlo Gesualdo |