| sylvie
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| Bref instant |
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| Bonsoir Monsieur Carlo Gesualdo, Vous allez me trouver assez inculte, mais avant Dialogus je n'avais jamais entendu parler de vous. Donc, j'ai essayé de combler mes lacunes auprès de notre banque de donnée «WEB». Les gens de Dialogus vous expliqueront bien mieux que moi et avec des mots beaucoup plus justes. Ce que j'y ai lu, pour vous parler vrai, ne m'a guère interpellée et pour être tout à fait honnête, ne m'a pas du tout donné l'envie d'en connaître plus sur votre personne. Mais, étant curieuse de nature et à la lecture de vos réponses, vous m'avez fait penser à ce petit oiseau qui est tombé du nid et qui a tellement besoin de réconfort et de chaleur... De ce que vous avez fait à votre première épouse et à son amant, je pense que vous souffrez tellement que je ne vais sûrement pas rajouter ma pierre à l'édifice... Je voulais seulement vous connaître un peu mieux et vous apporter un peu de chaleur humaine, et vous étant mis à nu dans votre lettre d'acceptation, j'ai trouvé cela courageux de dire directement, voilà qui je suis, voilà ce que j'ai fait, et là vous êtes comme ce pauvre taureau dans l'arène, donc je ne serai pas un de ces toreros et je ne vous jugerai point, ce que vous avez fait pèse tellement sur votre conscience et dans votre chair... Je ne peux que verser une larme pour mettre du baume sur votre âme si torturée. J'espère que tout le monde vous traitera correctement. Amitié, Sylvie Madame, Votre sympathie me touche énormément. Vos larmes ne changeront rien à mon chagrin immense, mais vos mots me vont droit au cœur. Non, je ne suis pas aussi immonde que certains doivent le prétendre; je m'en veux, c'est tout. Mon chagrin et ma colère intérieure me sont propres, je n'ai rien à reprocher à personne, sinon à moi-même. Encore merci. Recevez mes amitiés les plus sincères, Carlo Gesualdo Bonsoir monsieur Carlo Gesualdo, J'accepte votre amitié, cher duc, et vous aussi vos paroles m'ont émue. En attendant votre réponse, je me suis un peu plus documentée sur vous. Je n'aborderai pas avec vous vos conflits intérieurs ou vos actes, à moins que vous ne désiriez m'en parler et là, vous aurez, monsieur, toute mon attention. Non, j'aimerais que vous puissiez parfaire mes connaissances musicales. J'ai lu que vous aviez été fort «prolifique» en madrigaux et -je vous prie de m'excuser, ma question va être des plus stupides- mais pourriez-vous m'expliquer ce que c'est un madrigal? Je suis mélomane, mais je ne pratique pas la musique. J'aime ce qu'elle peut me faire ressentir, mais je ne sais pas la lire et encore moins la jouer. Je voulais être honnête avec vous, voilà, c'est dit: vous avez maintenant une idée sur mes connaissances musicales. J'ai lu aussi que vous aviez composé un cycle sur «Repons de la semaine sainte» et tout particulièrement sur le «motet» du Jour de la Passion: «o vos omnes qui transitis per viam, attendite et videte si est dolor sicut meus». Et là, d'après eux, vous auriez écrit cela en vous «vous assimilant évidemment au Christ en croix». Pourriez-vous m'expliquer deux choses: qu'est ce qu'un «motet»? Pourrait-on le comparer à un requiem? Et pourriez-vous, si cela ne vous peine pas trop, m'expliquer ce que vous avez voulu exprimer par ces mots? Si vous me faites l'honneur de me répondre, pourrais-je d'ores et déjà émettre un souhait? Pourriez-vous, s'il vous plait, monsieur Gesualdo, m'expliquer les choses comme si vous aviez devant vous un petit enfant? Recevez, monsieur Gesualdo, mon respect et mes amitiés, Sylvie Madame, Tout d'abord, la langue française ne dit pas un madrigaux, mais un madrigal. Madrigaux est un pluriel de madrigal. Dans ma langue, nous dirons uno madrigale qui, au pluriel, donneront due madrigali, par exemple. À l'origine, le madrigal est un poème à la forme assez libre. Les compositeurs aiment à mettre ces poèmes en musique, aussi on nomme souvent madrigal une pièce poétique chantée à plusieurs voix. Je travaille très souvent sur des madrigaux de Torquato Tasso, un de mes poètes préférés. Je retrouve dans ses textes la passion qui m'anime. Dans les cours italiennes, nous faisons tourner nos compositions entre plusieurs mains, des groupes de chanteurs les essaient, et c'est seulement par le bouche à oreille que nous savons si nos compositions sont réputées ou si elles sont bonnes à être corrigées. Il m'est souvent arrivé dans ma jeunesse de signer mes compositions du nom d'un de mes serviteurs, afin de ne pas me couvrir de ridicule lorsque mes œuvres étaient jugées mauvaises. Quant aux répons de la Semaine Sainte, j'ai mis en musique les neuf répons des trois jours de l'Office des Ténèbres. Ce qui fait vingt-sept répons. C'est avant tout mon amour pour Dieu et l'envie d'expier mes péchés qui m'ont poussé à écrire ces œuvres. Toute ma souffrance s'y trouve, mais je n'ai pas particulièrement de préférence pour un répons. Le cinquième répons du Samedi Saint, «O Vos Omnes», dont vous me parlez, comporte quelques séquences de progressions mélodiques assez poussées, mais il n'est guère que le seul. Tous mes contemporains n'apprécient pas mon écriture, mais quelques amis proches m'ont confié que mes répons avaient un goût de madrigaux tellement ils étaient passionnés et brutaux. Le motet est une pièce vocale à plusieurs voix, dont le texte est en latin et d'origine variable. J'en ai fait compiler dans deux livres sous le titre de Sacrae Cantiones, ainsi que quatre motets spécialement écrits en l'honneur de la Santa Maria delle Grazie, pour qui j'ai fait ériger une chapelle après mon horrible crime. Le requiem est tout simplement une messe pour les morts. Très peu ont été mises en musique. On m'a rapporté que les maître Guillaume Dufay et Johanes Ockeighem avaient mis en musique un Requiem, mais le plus réputé et récent est celui de Giovanni Pierluigi da Palestrina. J'avoue ne jamais l'avoir entendu. Chiara Sylvie, j'espère avoir été très clair dans mes explications. Merci pour la tendresse que vous m'apportez, j'en ai bien besoin. Prenez soin de vous. Cordialement, Carlo GESUALDO Bonsoir Monsieur Carlo Gesualdo, Magnifique, vous m'avez comblé par vos explications, et vous m'avez donné envie de vous écouter, disons d'écouter votre œuvre; et j'abuserai encore de vou,s et ce afin que vous puissiez me guider dans le choix de votre œuvre. Je m'explique, car je pense ne pas avoir été très explicite. Si demain, je voulais écouter quelque chose de vous, que me conseilleriez-vous dans un premier temps? Je m'aperçois que je n'ai pas été très polie et je m'excuse. Bonsoir et comment allez-vous ce soir? Vous avez été très clair, mais avant de maîtriser votre œuvre dans sa globalité et sa diversité, il faudrait que je devienne votre élève et vous mon professeur pour faire de moi une spécialiste. Pour ma part, cette idée, je la trouve charmante et de votre côté, je pense que vous avez besoin de beaucoup de calme et de paix et non d'une novice qui vienne vous importuner toutes les minutes... Oh! Je suis très bavarde, j'essaie d'avoir une conversation «intelligente», mais je n'y arrive pas toujours. Votre âme ne vous torture-t-elle pas trop en ce moment, et est-ce qu'elle vous laisse quelque répit afin que vous puissiez vous reposer et composer? J'attends avec impatience et une certaine fébrilité votre future lettre et dans cette attente, recevez ma tendresse qui vous est déjà acquise, Sylvie Chiara Sylvie, mille excuses pour ce temps d'attente mais j'ai été très malade. Cloué au lit de nombreuses semaines à cause de grosses quintes de toux. Il faut dire que l'hiver m'épargne rarement. Si vous voulez écouter ma plus belle musique, je vous conseillerai certainement d'assister à un Office des Ténèbres où seraient chantés mes Responsoria pour les trois jours saints. Mais aurez-vous cette chance? Sinon, sachez que mon âme n'est jamais en paix. Je suis fatigué et accablé par la culpabilité, et je dois affronter ce poids immense tous les jours que Dieu fait. Je vous souhaite de beaux jours, chère madame. Recevez toute mon affection. Carlo Gesualdo da Venosa |
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