| Jacques Offenbach | ||
| Votre jugement (question de Jacques Offenbach) | ||
| Paris, le 4 février 1866, Cher ami, J'ai entendu dire par des amis que vous me prêtez la faculté de porter malheur et la particularité d'avoir le mauvais œil. Il est vrai que vous semblez me fuir. Je brûle d'en connaître les raisons. Eh quoi! N'ai-je pas mis en musique les vers de votre Barcarolle et d'une autre de vos charmantes poésies dans mes «Voix Mystérieuses» en 51? Je suis, cher monsieur Gauthier, votre humble serviteur. Vôtre, Jacques Offenbach Cher ami, Que puis-je dire sinon que vos amis se trompent et vous trompent! Ne confondez pas, je vous prie, mon conte «Jettatura» (et son thème qui tourne autour de la malédiction) avec la réalité bien plus prosaïque de notre existence. Je ne crois rien de tel à votre sujet et vous assure de mon amitié. Toutefois, pour vous dire la vérité, il me semble que mon ami Flaubert a effectivement jeté quelques mots sur cette réputation de mauvais œil dans un texte qu'il prépare. Mais je suis certain qu'il ne fait ce travail que pour s'amuser à relever les idées reçues de cette foule moderne que nous exécrons tous deux. Quoi qu'il en soit, ma maison vous est ouverte et je serai heureux de vous recevoir pour dissiper ce malentendu. Amicalement, Théophile Gautier Cher ami, Combien je suis heureux de vous entendre dire ces mots! Moi qui vous estimais tant, je vous estime encore davantage! J'accepte de fait votre invitation avec une joie immense: pouvons-nous nous voir demain mardi? Je vous invite à souper, chez Tortoni. Tout à vous. Jacques Offenbach |
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