La question qui me tracasse...
       
       
         
         

stephanie_coeurjoly@videotron.ca

      Monsieur Théophile Gautier,

Je suis heureuse d'avoir la chance de vous parler. L'année passée, j'ai fait un travail de recherche sur vous. J'ai donc lu quelques-unes unes de vos oeuvres et il y a une question qui s'est mise à me tracasser et sur laquelle aucun ouvrage ne pouvait me renseigner. Dans vos écrits vous revenez principalement vers deux thèmes: les femmes et la mort. Et donc j'en suis venue à me demander si vous étiez nécrophile.
Merci d'avance pour la réponse,

Stephanie

 

       
         

Théophile Gautier

      Chère Madame,

Voilà une question singulière par sa brutale franchise! N'est-ce pas plutôt au lycanthrope Petrus Borel qu'elle devrait s'adresser?

Pour ce qui me concerne il existe, je le reconnais, un soubassement fantasmatique liant les femmes, la beauté et la mort dans certains de mes contes fantastiques et de mes poèmes.

Mais qu'est-ce que le fantastique sinon la licence de tout dire de ses désirs impossibles? L'un des miens est le désir de Pygmalion. Celui d'animer la parfaite statue, de réveiller la morte et de posséder l'inaccessible. Qu'il s'agisse de «La Cafetière», «Un nid de rossignols», «Omphale», «La morte amoureuse» et de bien d'autres contes et vers c'est toujours du désir et de la mort dont il s'agit.

Pour moi l'absolue beauté cache le néant et l'absolu plaisir est toujours voisin du tombeau. Un conte ou un poème est un moyen de lier dans l'esprit du lecteur ces notions de beauté et de mort. Je vous avoue que je trouve même un certain réconfort dans l'existence de ce lien paradoxal:

Console-toi. - la mort donne la vie. - éclose
A l'ombre d'une croix, l'églantine est plus rose
Et le gazon plus vert.
La racine des fleurs plongera sous tes côtes;
A la place où tu dors les herbes seront hautes;
Aux mains de Dieu tout sert!

Votre dévoué,

Théophile Gautier