Sylvie
écrit à

   


Théophile Gautier

     
   

«Gisèle»

    Bonsoir monsieur Théophile Gautier,

Avant toute chose, je vous remercie pour vos écrits. Avec une certaine franchise, je n'ai pas tout apprécié, mais votre talent et votre diversité vous m'ont permis de vous retrouver parmi vos fervents lecteurs ou détracteurs sur Dialogus.

J'apprécie la poésie et les ballets, et j'aimerais savoir si vous aviez pensé à quelqu'un de particulier lorsque vous avez écrit «Gisèle». Où avez-vous lu d'autres livres qui vous ont inspiré ce ballet? Je suis un peu jalouse, car vous avez eu la joie et le grand honneur de rencontrer deux grands hommes totalement différents et que j'apprécie grandement, Victor Hugo et Charles Baudelaire. Je voulais vous demander: si vous avez la possibilité de converser avec monsieur Dumontais, pourriez-vous innocemment lui suggérer d'inviter messieurs Hugo et Baudelaire? Veuillez accepter mes excuses, c'est fort impoli ce que je viens de faire, je vous écris et je vous parle d'autres personnes!

Je suis vraiment peinée que votre fille n'ait pas connu la renommée qu'elle méritait, mais il est si dur d'être la fille ou le fils «de», et d'autant plus si on est une femme!

Avec toute ma reconnaissance et mon respect.


Chère Madame,

Un ballet tel que Giselle est évidemment inspiré par l'amour. C'est l'incomparable Carlotta Grisi qui fut ma muse et la première représentation du ballet lui doit beaucoup de son succès.

En ce qui concerne le livret, l'idée originale provient du livre de Heine, De l'Allemagne, et de sa mention de la légende des fées dangereuses. Avec l'aide d'Henri Vernois de Saint-Georges, j'ai adapté cette légende pour en faire le livret d'un ballet d'inspiration fantastique.

Vous avez raison d'aimer Hugo et Baudelaire et je vais transmettre votre requête à monsieur Dumontais. Toutefois, je crains qu'il ne puisse que lancer une invitation, telle une bouteille à la mer, sans avoir l'assurance d'une réponse.

Très respectueusement,

Théophile Gautier