Vos rapports avec Van Gogh
       
       
         
         

andre.pelletier2@sympatico.ca

      Monsieur Gauguin,

Vous êtes rempli de contradictions! Issu de l'impressionnisme, vous réagissez en peignant par larges aplats de couleurs... Vous passez de Pont-Aven à Arles avec votre ami Van Gogh, puis vous partez en Polynésie, l'abandonnant à ses démons. Il avait besoin de votre équilibre. N'avez-vous jamais pensé à le faire venir vous retrouver? Son frère Théo aurait pu financer le voyage et peut-être l'auriez-vous protégé contre lui-même en le rassurant sur votre amitié d'abord, et en lui fournissant de nouveaux sujets d'inspiration en même temps qu'une vie plus facile...

Vous avez sûrement vos raisons, expliquez-moi.

André Pelletier

 

       
         

Paul Gauguin

      Monsieur Pelletier

Je ne crois pas que mes déchirements intérieurs et la fidélité douloureuse à mon destin méritent l'appellation de contradiction. Il faut d'abord s'assumer. Voilà pourquoi, au nom de ma destinée, j'ai osé laisser ma famille. À plus forte raison quand il s'agit d'amis aussi paradoxaux que Vincent. Votre attachement à Vincent passe par son art. L'assumer dans le quotidien tenait du masochisme à l'époque. Vous affirmez que Vincent aurait eu une vie plus facile avec moi en Polynésie? Je n'y ai pourtant connu que des misères matérielles entre mes ravissements sensuels et mes recherches d'expression. Vous me reprochez de passer d'un lieu à un autre, d'une recherche artistique à une autre, d'une amitié à d'autres. La vie est changement. Quand on veut figer le vivant une fois pour toute on embaume, monsieur...

Paul Gauguin