| | | Comme je vous l’écris, je cherche à joindre Van Gogh. Où est-il?
Nous
avons besoin de lui!
Vouloir joindre Vincent, c'est vouloir forcer les paravents de l'isolement.
Vous savez que j'ai bien connu Vincent. Il ne voulait pas se marginaliser avec les autres dont je faisais partie.
Il avait déjà voulu rejoindre les autres mais il ne
parlait alors qu'au nom d'un Dieu qu'il considérait comme le
seul Être qui méritait sa consécration
filiale. En tout, Vincent ne dépassait pas la
dépendance pour rejoindre la relation.
La seule façon de rejoindre Vincent, c'est accepter de franchir
le mur d'une marginalité sans retour. Pas une marginalité
destinée à réfléchir pour changer les
atavismes inutiles mais l'enfermement de la folie. Je ne suis pas
certain que vous ayez vraiment besoin de Vincent. Vous avez sans
doute besoin surtout de ses oeuvres. Voilà le seul chemin
qui mène à Van Gogh.
Paul Gauguin
Cher Paul Gauguin,
Merci d'avoir pris le temps de répondre. Vous avez
raison, le besoin de votre ami est quelque chose de métaphysique et la façon de
le rencontrer est bien celle que vous préconisez: aller au-devant de ses oeuvres
pour le retrouver. La force qui émane de tout ce que j'ai pu lire sur votre ami
est sans doute le reflet d'une profonde solitude qu'il aurait aimé remplir de
….
Un esprit aussi foisonnant et tourmenté est sans doute difficile à
supporter. Vous en avez fait les frais lors de votre séjour en Arles. Néanmoins,
je vous envie un peu d'avoir pu le côtoyer, le toucher de votre regard
d'artiste. Je dois d'ailleurs vous dire que c'est un grand bonheur d'avoir reçu
votre message.
Mon père était un fervent admirateur de vos toiles. Bonne
route Monsieur Gauguin et peut-être à une autre fois à travers ces courriers
intemporels.
Françoise.
Aux plaisirs naïfs donc vrais, Françoise.
Paul |